Par Eline Müller – Secrétaire politique en charge de l’accès à la terre

Terres en vue

Il y a pile quatre ans, je commençais à travailler chez Uniterre sur la thématique de l’accès à la terre. Mon embarcation à bord du vaisseau pour la souveraineté alimentaire se fit sous les meilleurs auspices : la brochure “La terre à celleux qui la cultivent” prête à partir à l’imprimerie après l’immense travail bénévole de la Commission jeunes, une promesse de financements sur trois ans et l’intérêt de plusieurs organisations, dont le MAPC, Longo Maï et l’Association des Petits Paysans, qui allait se formaliser peu après au sein de la Coalition Terre. Une aventure partagée avec enthousiasme par de nombreux·ses chercheur·ses, miltant·es, journalistes, traducteur·rices, juristes et élu·es. Et bien sûr de nombreux (néo)paysans et paysannes. Ils et elles ont participé à faire de notre organisation une voix incontournable sur l’épineuse problèmatique de l’accès à la terre, pour les personnes non-issues du monde agricole, les femmes, les personnes de la diversité de genre, et les collectifs. Et si nous n’avons résolu ni cette question ni celle – tout aussi urgente – du renouvellement générationnel, au moins nous avons réussi à rajeunir les rangs d’Uniterre. Maintenir un nombre de membres stable n’est pas une sinécure dans le paysage associatif actuel, pas plus que de garantir les fonds de fonctionnement nécessaires.

Hélas, si la brise nous est parfois favorable, les vents contraires restent violents. Malgré les inspirants exemples de l’étranger et notre bonne volonté, force est de constater que nous sommes encore loin de pouvoir créer un “Terre de Liens” suisse, comme l’espérait aussi notre bailleur de fonds, qui s’est retiré l’année passée. La révision de la LDFR ne va nullement souffler sur l’horizon déjà bouché des jeunes qui cherchent à s’installer en collectif, ou à régulariser leur structure. Les projets de politique agricole (dont la nouvelle est actuellement en constultation) et les trains d’ordonnances passent et se ressemblent, sans espoir du changement structurel nécessaire. Finalement, une opacité  plane toujours sur les commissions foncières, sur les crédits versés pour les améliorations foncières, sur “à qui appartiennent les terres agricoles” et sur “qui exploite les terres agricoles”.

Lassé·es de nous heurter aux prix déchainés du foncier, à l’incessante pression des industries, à la faible volonté des institutions, nous avons jeté l’ancre le temps de finaliser un argumentaire pour l’agriculture paysanne. Celui-ci repose en quelque sorte les bases de notre mouvement, et montre comment l’agriculture que nous préconisons constitue une alliée de la biodiversité et du climat. Il va nous servir à présent à aller chercher des soutiens auprès d’acteurs de meilleure volonté. Nos premiers hameçons seront lancés en direction des communes qui possèdent des terres agricoles, qui élaborent des plans climat, qui sont sensibles au discours sur le bien commun, ou sur les communs, mais qui n’ont peut-être pas encore réfléchi à l’attribution de leurs terres… Celles-ci constituent cependant un véritable levier pour l’avenir ! Le présent numéro de votre journal paysan – insubmersiblement indépendant – aborde ainsi la vaste question des terres agricoles publiques, afin qu’ensemble nous continuions à les défendre fermement !