Par Alberto Silva – Secrétaire d’Uniterre et maraîcher
Uniterre a fait de la souveraineté alimentaire le cœur de son travail politique et de son engagement. Une initiative populaire fédérale avait d’ailleurs été lancée sur laquelle la population disposant du droit de vote s’est prononcée en septembre 2018, refusée – sans surprise – à 68%, bien que trouvant le soutien de la plupart des cantons romands. Bien sûr, il y a différentes manières d’aborder ce concept politique, défini par le mouvement paysan La Via Campesina, et il est important de ne pas le confondre avec celui de la sécurité alimentaire. Cela va, en effet, bien au-delà de la « simple » production indigène.
Notre système agricole et alimentaire développe-t-il la souveraineté alimentaire ? Évidemment que non ! Pour preuve, entre autres : les fermes continuent de disparaître et de s’agrandir, les prix à la production de baisser, la concurrence généralisée est toujours plus violente et une alimentation saine et locale est de plus en plus réservée aux personnes avec un revenu plus élevé. Et ce n’est pas le « lobby paysan » qui va inverser la tendance, ou bien ?
Certaines nouvelles sont pourtant réjouissantes et vont dans le bon sens. La dernière en date est l’acceptation par le Grand Conseil vaudois d’inscrire le concept de souveraineté alimentaire dans la Constitution cantonale (projet qui sera prochainement soumis à votation populaire). Bien sûr, cela ne suffira pas, et nous attendons des résultats concrets sur le terrain, mais cela poussera peut-être les pouvoirs publics à prendre leurs responsabilités dans le développement de politiques publiques de l’alimentation, dans le but de protéger les agriculteur·rices et les mangeur·euses et de redistribuer équitablement les richesses. Car c’est aussi cela la souveraineté alimentaire !
Le développement de projets de caisses alimentaires est également positif : tout d’abord à Genève, qui vient de tirer le bilan des 6 premiers mois de fonctionnement. Des dynamiques similaires se créent de manière réjouissante du côté de Lausanne et de Zurich et des premiers contacts ont été pris à Yverdon et Fribourg. Ce sont des projets concrets de mise en œuvre du droit à l’alimentation sur le terrain, avec l’ambition de résoudre l’équation délicate entre prix équitables pour les paysan·nes et accessibilité à une alimentation saine pour l’ensemble de la population. Dans les discours – notamment dans le cadre de la future votation pour une alimentation sûre – les productions végétales et animales sont perçues de manière opposée. Dans les faits, cela ne se justifie pas. En effet, la souveraineté alimentaire passe inévitablement par la défense et le développement d’une agriculture paysanne, en polycultures-élevage, qui nourrit les populations locales. Bien qu’il faille questionner notre alimentation carnée, ce qui pose fondamentalement problème, c’est la libéralisation des marchés agricoles, au travers, notamment, de la spécialisation des fermes. L’agriculture du futur devra être diversifiée, résiliente, solidaire et rémunératrice. La souveraineté alimentaire est le seul projet politique concret et pertinent et il est plus qu’urgent de le développer. Le combat continue ! •




