Uniterre, en tant qu’organisation membre de La Via Campesina, s’oppose fermement à l’initiative xénophobe émanant des rangs de l’UDC qui ne résoudra en rien la destruction de l’agriculture paysanne.
Que veut cette initiative au fond? Elle veut contrer l’immigration dans le seul but de se protéger d’un fantasmé changement culturel. La première mesure qui serait ainsi adoptée en cas de dépassement de 9.5 millions d’habitant·e·s avant 2050 serait de supprimer le droit d’asile, alors que ces personnes les plus vulnérables sont protégées par le droit international et qu’elles ne représentent qu’un pourcentage minime des personnes arrivant sur le territoire. Parlant de l’initiative, le conseiller national Andreas Glarner (UDC, Argovie) argumentait ainsi dans les médias “qu’on se sent de plus en plus étranger dans notre propre pays”. Ou prenons encore comme exemple ce jeu vidéo créé par le Comité d’Egerkingen – en soutien à l’initiative – qui vise à empêcher des musulman·ne·s de traverser la frontière pour lutter contre une prétendue “islamisation”. La question se pose : une initiative de limitation de la population aurait-elle lancée si seule la population ayant le passeport à croix blanche était en forte croissance ? Nous en doutons.
L’utilisation du terme “durabilité” pose également problème. En effet, il ne s’agit en rien d’une initiative sur la protection de l’environnement. Les mesures qui pourraient réellement stopper la destruction de l’agriculture paysanne, contribuer à préserver les sols, protéger la biodiversité et lutter contre les changements climatiques sont systématiquement combattues par les initiants.
S’agissant du bétonnage du territoire, rappelons le soutien de ces mêmes personnes à l’extension des autoroutes en Suisse (lors de la votation en novembre 2024), alors même que des terres agricoles étaient en jeu et le seront encore plus à l’avenir (Cf. Communiqué de presse du 28.10.24). De plus, n’oublions pas que ce qui pose problème aujourd’hui, ce sont les grandes propriétés des personnes les plus aisées. Densifier sur les zones déjà construites constitue une solution à ce problème. Nous doutons toutefois qu’un Christoph Blocher accepte une densification de ses vastes propriétés.
S’agissant de l’agriculture, les partisans semblent oublier la forte dépendance de l’agriculture suisse et de l’entier du système alimentaire (transformation et distribution) envers la main d’œuvre (trop souvent mal payée) des pays européens et qu’en cas d’acceptation de ce texte, il sera particulièrement compliqué de trouver des personnes en Suisse pour faire ce travail à ces conditions (que nous déplorons, par ailleurs). Qui donc pour remplacer les plus de 35’000 travailleurs et travailleuses agricoles qui permettent à l’agriculture suisse de tourner ?
Uniterre revendique un développement des forces productives pour un système alimentaire plus durable qui donne la priorité à une agriculture indigène. Pour atteindre ce but, plus de mains seront nécessaires pour travailler la terre. S’attaquer à la main d’œuvre, en l’occurrence la main d’œuvre d’origine étrangère, n’est donc pas seulement xénophobe mais également contraire à la transition vers une agriculture durable.
De plus, il est mensonger de prétendre, comme le font les initiants, que la disparition des fermes est due uniquement à la bétonisation. Les fermes disparaissent à cause des structures économiques, de la mondialisation et du régime de concurrence généralisée, système libéral pourtant soutenu, dans d’autres contextes, par les initiants. Concernant l’agriculture et la disparition des fermes, ne nous trompons pas de cible !
Les conséquences d’une acceptation de ce texte pourraient être catastrophiques pour la Suisse et son agriculture, alors que l’Union européenne est notre premier partenaire économique et politique. Ne soyons pas dupes. L’UDC n’a jamais eu pour objectif la durabilité, mais vise explicitement les populations non suisses. Une réelle initiative sur la durabilité aurait remis en question notre consommation, notre production, nos échanges commerciaux, nos manières d’habiter le territoire et la répartition des richesses et non en premier lieu le nombre d’habitant·e·s.
Uniterre a la ferme conviction qu’il est possible de développer une agriculture paysanne, résiliente et durable, en respectant les limites planétaires, seule solution pour préserver l’environnement et pérenniser l’agriculture suisse. Ne rentrons pas dans ce piège aux relents xénophobes tendu par les initiants.
Contacts
Rudi Berli, membre du comité (DE/FR) : rudi.berli@parl.ch, 078 707 78 83
Karel Ziehli, secrétaire politique (FR/DE) : k.ziehli@uniterre.ch, 079 266 16 57



