mardi, 28 avril 2020
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Protection

Parlons du libre-échange. Il ne s'agit jamais de libre-échange sur un pied d'égalité ou de relations commerciales égalitaires, mais bien de faire prévaloir les énormes intérêts des multinationales et des investisseurs. Dans le cas des droits sur la propriété intellectuelle ou dans celui des semences, par exemple, ils sont très protectionnistes ; l'accord économique avec l'Indonésie ne fait pas exception. La sociologue allemande Maria Mies analyse avec justesse le contexte : "Cette inégalité croissante entre les pays et au sein de ceux-ci n'est toutefois pas fortuite, mais constitue un élément structurel nécessaire à la mondialisation néolibérale. Pour les multinationales, cette inégalité constitue un "avantage comparatif" dans leur lutte pour obtenir la main-d'œuvre la moins chère et les conditions environnementales les plus laxistes." Selon le critique de la mondialisation Noam Chomsky, contrairement au Premier Monde, le Tiers Monde est contraint de se libéraliser. Avec des conséquences dévastatrices pour les humains et l'environnement.
Une autre particularité du libre-échange est que, dans la mesure du possible, tous les processus décisionnels démocratiques sont contournés. Le libre-échange ne doit pas passer l'écueil du peuple et les négociations sont totalement opaques. Ce fut notamment le cas dans le cadre de l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT, adhésion en 1966) et également pour l'Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1995. L'accord (Suisse-Indonésie) met en avant la durabilité et le nouvel article constitutionnel (art. 104 d) met l'accent sur des "relations commerciales transfrontalières qui contribuent au développement durable de l’agriculture et du secteur agroalimentaire". Pour la première fois, les valeurs fondamentales des Nations Unies en matière de développement durable sont inscrites dans le préambule de l'accord économique, ainsi que des dispositions sur les questions environnementales, les normes de travail et la gestion durable du secteur des huiles végétales, pour n'en citer que quelques-unes. Que de belles paroles ! Il manque des moyens pratiques de contrôle et de sanction. Nous préférons protéger notre agriculture indigène et, dans la mesure du possible, nous passer de l'huile de palme, qui détruit l'environnement en Indonésie et dont les risques pour la santé sont connus. Le comité d'Uniterre a décidé le 14 janvier 2020 de soutenir le référendum contre l'accord de libre-échange avec l'Indonésie, qui a été approuvé par le parlement le 20 décembre 2019. C'est la première fois en Suisse qu'un référendum est lancé contre un accord de libre-échange. Il ne nous reste cependant pas beaucoup de temps : le délai pour le dépôt des signature est fixé au 9 avril 2020. Signez maintenant la feuille de signature ci-jointe et renvoyez-la immédiatement.

Mathias Stalder, Uniterre Sekretär


mardi, 28 avril 2020
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Le vent tourne…


Le 23 septembre 2019, la Coopérative du Lait équitable célébrait la mise sur le marché de la brique de lait équitable Faireswiss, ainsi que cinq fromages à pâte molle, chez Manor. Un an plus tôt, jour pour jour, nous votions sur l’initiative pour la Souveraineté alimentaire. Même si nous avons perdu la bataille en 2018, le succès immédiat du lait équitable Faireswiss – une superbe application de la souveraineté alimentaire – nous montre que les lignes sont en train de bouger !

Le 11 octobre 2019, Willy Cretigny – président de l’Association Suisse des Vignerons-Encaveurs Indépendants et membre d’Uniterre – entamait une grève de la faim pour dénoncer l’incohérence de la politique agricole qui profite essentiellement à l’importation, au détriment de la production locale dans la filière vinicole. Et ce n’est pas la seule branche de production concernée : la filière céréalière, et principalement les producteur.trice.s de blé panifiable, vit également un sale moment. L’article « Qui se fait du blé sur le pain ? » vous en dévoilera la complexité.

L’appel au secours de Willy Cretigny a débouché sur la rédaction d’un manifeste à destination des politiques, pour lequel nous avons besoin de vous ! Tout est expliqué en page X.

Le 20 octobre 2019, on assiste à la montée historique des Verts et des femmes à Berne lors des élections fédérales. Même si ce bouleversement peut effrayer ou décourager certain.ne.s d’entre nous, paysan.ne.s, nous pouvons faire en sorte que cela soit positif pour notre cause. Et nous arriverons à trouver des solutions qui nous permettront de concilier écologie, équité et production.

En ce sens, après des débats animés au sein du comité d’Uniterre, nous avons finalement pris position face aux initiatives « Pour une Suisse sans pesticides de synthèse » et « Pour une eau potable propre et une alimentation saine ».Je ne dévoilerai rien ici. Retrouvez nos arguments en page 6.

2019 arrive à sa fin. 2020 nous réserve de grands défis : la suite des discussions sur la Politique Agricole 22+, les accords de libre-échange en cours de signature, la mise en place du nouveau parlement, la votation sur les deux initiatives citées ci-dessus, pour n’en évoquer que quelques-uns.

En attendant, même s’il est encore un peu tôt pour vous le souhaiter, passez de belles fêtes de fin d’année auprès de vos familles, amis et voisins ! Nous restons à vos côtés en 2020 pour de nouvelles aventures !

Berthe Darras

mardi, 28 avril 2020
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Que de mensonges


Qui aurait cru, il y a dix ans, que la Suisse, notre « château d’eau » serait mis à l’épreuve face aux changements climatiques, en particulier l’agriculture ? Les vagues de chaleur et les conditions climatiques changeantes exercent une forte pression sur nos paysan.ne.s. Raison de plus pour qu’Uniterre s’engage en faveur d’une agriculture durable et respectueuse du climat. C’est pourquoi nous soutenons l’alliance pour une agriculture d’avenir qui fait le pont avec le mouvement pour le climat.

Le 1er juillet 2019, les pingres de la Migros ont coupé l’herbe sous les pieds des productrices et producteurs de lait en imposant une baisse de 2,5 centimes sur le prix de base. Emmi a également suivi avec une réduction de 0,4 centime. Le 16 juillet 2019, nous avons manifesté avec d’autres organisations paysannes de base contre ces baisses devant Shoppyland Schönbühl. Werner Locher, membre d’Uniterre et porte-parole de BIG-M, écrit dans une lettre à l’adresse de la Migros : « Vous voulez montrer à vos consommateurs que vous défendez leur patrie et distribuez gratuitement des casquettes portant l’inscription « Heimatliebe » (amour de la patrie). Mais quel est l’intérêt ? Ce n’est pas de l’amour si Migros ruine précisément ceux qui jouent un rôle majeur dans la culture et le paysage de cette patrie. »

Ça me donne le vertige lorsque Balz Strasser, directeur général de Bio Suisse, dit dans un entretien avec le Bieler Tagblatt, que : « les employé.e.s des exploitations certifiées biologiques ne travaillent pas pour des salaires de misère ». Selon lui, les 2000 entreprises étrangères certifiées seraient soumises aux exigences sociales strictes de Bio Suisse. Toutefois, la réalité est différente – le salaire minimal n’est pas respecté et la représentation syndicale est muselée, comme le dénonce le syndicat de base espagnol SOC-SAT à propos de « Bio Sabor » à Almeria. Néanmoins, « Bio Sabor » ne perd pas le bourgeon. Sur le plan du commerce équitable, l’association Bio Suisse parvient également à faire des contorsions invraisemblables en imposant une réduction des prix du seigle, du blé et de l’épeautre. En dépit d’une demande croissante, la baisse des prix serait sensée sécuriser la demande. Visiblement, la stratégie d’améliorer les marges au détriment des paysan.ne.s gagne également du terrain en agriculture biologique. À l’étalage, les produits biologiques sont mis en concurrence directe avec les produits conventionnels.

Les burgers végétaliens de Beyound Meat et Impossible Foods assurent des retours de rêve à l’industrie de la viande et de l’alimentation. Ils prennent d’assaut les chaînes de supermarchés et restaurants. Les burgers à base de protéines végétales sont commercialisés comme étant propres, respectueux de l’environnement et sains.

Il ne fait aucun doute que l'industrie de la viande est en partie responsable du réchauffement climatique, mais l'élevage durable d'animaux, basé sur les herbages, est judicieux car il permet de produire de l'humus, contribue à la biodiversité et assure les revenus des exploitations en Suisse.

Mathias Stalder

mercredi, 18 septembre 2019
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Les années qui passent sont censées apporter le progrès. Dans son sens sociétal, le progrès est une évolution de la civilisation vers un idéal. Est-ce bien ce que nous vivons actuellement ?

Ces dernières années, pour les familles paysannes, le progrès a pris un goût bien amer. La prétendue nécessité d’augmenter la taille des fermes et des troupeaux a conduit nombre d’exploitant.e.s à cesser leur activité au profit du voisin, qui, lui, s’est mis sur le dos une charge de travail encore plus lourde. Pour celles et ceux qui pensaient arriver sereinement à leur retraite, les nouvelles dispositions en matière de fiscalité agricole ont eu tôt fait de les plonger dans l’angoisse. La situation des producteurs de lait s’enlise dans un marasme savamment orchestré par ceux qui détiennent le pouvoir, à savoir les grands groupes commerciaux, et cela avec la complicité de nos dirigeants qui refusent d’intervenir, prétextant que le marché doit se réguler tout seul, à l’interne.

Pendant ce temps, les nouvelles sur le climat, la biodiversité et l’état de nos cours d’eau ont de quoi nous rendre tous prématurément gris. Tout le monde ou presque s’accorde à penser que nous devons agir, mais qui est réellement prêt à faire le premier pas ? En matière de production alimentaire, les solutions se dessinent peu à peu, et certaines options ne demandent qu’à être remises sur le devant de la scène. A cet égard, la sacro-sainte digitalisation de l’agriculture semble prête à nous offrir sur un plateau les réponses aux défis de demain. C’est en partie vrai, pour certains aspects, lorsque cela ouvre la porte à plus de précisions dans les interventions mécaniques ou chimiques. Ça ne l’est plus du tout, lorsque l’on sait que cette masse de données agricoles sera transmise à des entreprises de l’agro-alimentaire, de l’agrochimie à de grands distributeurs. Ces consortiums qui ont déjà tant de pouvoir, et qui sont également grandement responsables de la pollution à l’échelle planétaire… Ce n’est pas judicieux et c’est même dangeureux.

Il ressort surtout de ces informations que la réflexion quant à notre avenir n’est pas menée de façon globale. Elle ne prend pas suffisamment en compte les multiples liens tissés au sein de ce système complexe. Elle peut aussi mener à des raccourcis fort simplistes. L’exemple des méga-serres projetées par la Migros en Valais est très parlant : est-ce la solution idéale ? Il est vite fait d’applaudir la production locale de poivrons. Mais qu’en est-il de ce travail qui échappe aux mains paysannes pour passer dans celles qui détiennent déjà l’essentiel du marché ? Et comment appréhender les déséquilibres que cela causera dans les pays où la production de poivrons est parfaitement adaptée au climat ?

Dans ce contexte, il est crucial de garder à l’esprit ce que la Souveraineté alimentaire et la déclarations des Nations Unies sur les droits paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales peuvent nous offrir : la garantie d’une alimentation saine qui préservera nos ressources, nos animaux, et nos familles paysannes. Avec entrain, nous continuerons d’œuvrer en ce sens.

samedi, 25 mai 2019
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Le bas de laine


Le nombre d'éleveuses et éleveurs d'ovins ne cesse de diminuer. La viande d’agneau est très populaire, mais environ la moitié de la consommation est importée. Au premier semestre 2016, ce chiffre atteignait 4035 tonnes. 60 pour cent des importations proviennent de Nouvelle-Zélande ou d'Australie. Ce sont surtout les morceaux nobles que l'on mange en Suisse. La production indigène, en revanche, est en baisse ; en 2015, elle représentait 4 415 tonnes. En Suisse, l'agneau est surtout consommé au printemps et en automne après l'alpage. Beaucoup de gens ne savent pas que la viande a aussi une saison.

Les contributions de la Confédération à la transformation de la laine, ces dernières années, ont au moins empêché que la laine ne devienne un déchet en Suisse. Aujourd'hui, ces contributions sur le recyclage font à nouveau l'objet d'un débat. Une mauvaise idée et une mauvaise nouvelle pour les nombreuses initiatives, petites et grandes, qui ont essayé avec créativité de rendre la laine populaire en tant que produit naturel suisse.

Non, les moutons ne sont pas bêtes. En troupeau, les moutons valorisent de manière idéale nos Alpes et de nombreuses petites "parcelles marginales". Ce sont des animaux attachants qui ont un lien étroit avec leur progéniture et leurs congénères.

Mais attention, il faut veiller à distinguer le vrai mouton du loup déguisé en agneau! Au risque de se mettre en péril.

L’ex-conseiller fédéral, M. Schneider-Ammann fait partie de la deuxième catégorie. Sous son apparence affable, il a néanmoins défendu une politique libérale très dure privilégiant les intérêts des compagnies suisses, reléguant l'éthique et la morale à un rang secondaire – et mêmes les voix critiques ont relevé qu’il a su redonner le sourire à l'économie suisse. Au cours de son mandat de ministre de l'Économie, M. Schneider-Ammann a conclu des accords de libre-échange avec 11 pays, dont le plus récent avec l'Indonésie. Les problèmes liés à la déforestation des forêts tropicales ont, une fois de plus, été occultés par les intérêts des entreprises (notamment agro-alimentaires, agro-chimiques). Pour M. Schneider-Amman et les lobbyistes, ces accords permettront de développer des affaires très lucratives pour la Suisse. Reste à voir aussi comment ces buts économiques pourront être conciliés avec les objectifs climatiques.

M. Guy Parmelin a repris le dossier économique à la suite de M. Schneider-Amman. Un successeur à la tête de l'Office fédéral de l'agriculture est également recherché, pour remplacer le directeur actuel, M. Lehmann. On peut changer les têtes, mais il faut plus que cela pour mettre la politique agricole sur une nouvelle voie. •

mardi, 10 juillet 2018
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Une vision d'avenir !

Plus de 60 ans d'histoire et de combats, et le constat n'a guère évolué. Le nombre des actifs dans l'agriculture rétrécit comme peau de chagrin, des fermes sont abandonnées, des terres agglutinées à des domaines de plus en plus grands où le paysan se retrouve toujours plus isolé. Pas très réjouissant. Pourtant quelques lueurs d'espoir scintillent ici et là : le développement de la vente directe, des marchés à la ferme, des associations de producteurs et de consommateurs qui œuvrent côte à côte pour la promotion de l'agriculture contractuelle de proximité. Et puis des paysannes et paysans, jeunes et moins jeunes, qui osent le défi d'une branche de production originale, innovante, hors des sillons traditionnels, des sillons que l'agro-industrie et le libéralisme ont labourés si profondément qu'il n'y reste que de la poussière et des cailloux.

Conformément à la philosophie de la souveraineté alimentaire, osons emprunter désormais des voies nouvelles, aussi au sein de la défense professionnelle paysanne, et avec d'autres organisations. Pour défendre nos collègues paysannes et paysans, mais aussi pour prendre en compte les attentes légitimes des consommatrices et consommateurs, c'est main dans la main avec toute la population que nous devons avancer.
Petit tour d'horizon, non exhaustif, de notre projet de travail à l'horizon 2021 :

  • Faire d’Uniterre un mouvement vivant, diversifié et actif. un lieu de débats et de rapprochements.
  • Continuer le combat pour une rémunération juste aux producteur-trice-s notamment avec le projet du "lait équitable", première étape qui ouvrira, nous l'espérons, la voie à d'autres projets équitables.
  • Poursuivre notre développement outre-Sarine, où de jeunes paysan-ne-s commencent à s'impliquer avec enthousiasme.
  • Combattre l'isolement et renouer avec tous nos collègues dans les régions, en animant des Cafés paysans grâce aux sections cantonales d'Uniterre.
  • Oser se rapprocher d'ONG et d'associations avec lesquelles le contact n'a pas toujours été facile, le dialogue est une richesse à promouvoir.

La Souveraineté alimentaire porte les semences que nous souhaitons voir germer pour la naissance d'une nouvelle société. Une société plus juste, qui place l'être humain au cœur des préoccupations, qui permet d'harmoniser son développement avec celui des animaux et de son environnement.

L'humanité a connu de grands sauts dans son évolution, la découverte du feu, la découverte de l'écriture, les premiers voyages intercontinentaux, l'ère industrielle, la révolution sexuelle, l'ère digitale, pour n'en citer que quelques-uns. Et si la Souveraineté alimentaire était la nouvelle grande évolution de nos sociétés ? L'agriculture en est un pilier majeur, central, alors pourquoi ne pas commencer par là, et nous acheminer vers ce qui hier semblait impossible ?

Vous venez avec nous ? •︎


Vanessa Renfer, paysanne et secrétaire d'Uniterre


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lundi, 07 mai 2018
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L'union fait la force

Un vent de protestation souffle sur la Suisse. Alors que le contre-projet sur la sécurité alimentaire du 24 septembre 2017, plébiscité à 78 % par le peuple suisse, était un message clair – semble-t-il – des citoyennes et citoyens pour maintenir et soutenir l’agriculture suisse, voici que le Conseil Fédéral sort sa "Vue d’ensemble sur la politique agricole 2022+" qui vient bafouer cette votation et renforcer l’idée que l’agriculture suisse n’est aux yeux de nos politiques qu’une monnaie d’échange. Cela se voit clairement dans sa précipitation à vouloir signer des accords de libre-échange avec le MERCOSUR et la Malaisie par exemple.

Justement, une nouvelle fois, des voix citoyennes s’élèvent de la base pour contester le sacrifice annoncé de l’huile de colza suisse, ainsi que l’ignorance volontaire des conditions déplorables – environnementales et sociales - de production d’huile de palme en Malaisie dans le cadre de l’accord de libre-échange avec ce pays. Même le Conseil National s’en inquiète : en effet, 140 parlementaires ont voté en février dernier pour que la Suisse interrompe les négociations de libre-échange avec la Malaisie ! Ce que regrette très fortement M. Schneider-Ammann.

Mais que se passe-t-il ? Il semblerait que le peuple suisse ne soit pas très en accord avec les velléités de ses dirigeants ou plutôt l’inverse. Nous assistons aujourd’hui à la naissance d’un véritable fossé entre la volonté de nos politiques et celle du peuple… Qui l’emportera ? Jusqu’où cela ira ?

D’ailleurs, en réponse à cela, on voit se créer beaucoup de mouvements citoyens et paysans : Mouvement pour la Paysannerie Citoyenne à Genève, mouvement "Allmende" en Suisse-Alémanique et bien d’autres… Tous ces mouvements sont une chance pour nous - peuple suisse - de montrer que nous ne sommes pas d’accord avec la direction que prend notre Confédération, qui continue à suivre une idéologie du "on va droit dans le mur" et "on verra plus tard les conséquences"… On n’arrête pas de nous répéter que si nous ne signons pas ces accords de libre-échange, ce seront des places de travail de perdues. Mais, n’est-ce pas l’inverse ? Encore plus de places de travail seront perdues dans l’agriculture.

L’Union fait la force, comme le dit si bien l’adage. Alors, soyons ingénieux, créatifs et coopératifs ! Rassemblons nos forces et synergisons-nous afin d’éviter de nous éparpiller. Et surtout, c’est en mutualisant nos forces que nous prendrons de plus en plus de poids pour renverser la tendance ! Nous avons en plus une très belle opportunité cette année pour mener ce combat commun : faire enfin passer en votation populaire la souveraineté alimentaire du peuple, plutôt que de continuer dans cette course sans fin au profit et à l’exploitation, qui ne réussit qu’à certains… au travers de l’initiative pour la Souveraineté alimentaire d’Uniterre et de l’initiative Fairfood des Verts.

Alors, maintenant, qu’est-ce qu’on attend ? •

Berthe Darras, secrétaire D’UNITERRE


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lundi, 12 mars 2018
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Uniterre, c'est vous !

Samedi 7 avril, l’assemblée générale d’Uniterre aura lieu à Yverdon-les-Bains. Nous comptons sur votre présence, chers membres et chers sympathisant-e-s.

Une assemblée générale n’est pas qu’une formalité, mais un moment pour vous exprimer, faire part de vos besoins. C’est une occasion de mieux se connaître, de mieux se comprendre, de créer des liens et une appartenance commune.

Pour le Président et le bureau, c’est une opportunité non seulement de vous présenter ce qui a été réalisé mais aussi de vous exposer les projets à court, moyen et long terme et d’en parler avec vous, d’entendre vos avis, de débattre sur les objectifs et la stratégie d’Uniterre.

Et aussi sur les moyens d’atteindre ces objectifs. Un des moyens est l’argent. Uniterre vit en grande partie grâce à vos cotisations, mais ça ne suffit pas. Il faut qu’Uniterre ait plus de membres et sur ce point vous pouvez nous aider. Parlez aux paysan-ne-s de votre région, convainquez-les de s’affilier. Parlez à vos ami-e-s, à vos client-e-s sur les marchés, pour qu’ils deviennent membres sympathisants d’Uniterre.

Le 7 avril, nous vous présenterons, entre autres, nos activités et nos projets de recherche de fonds à court et moyen terme. La recherche de fonds doit s’appuyer sur des projets concrets qui doivent être réalisés et l’idéal serait qu’ils permettent d’atteindre les objectifs fixés ou validés par les membres. Et qu’ils répondent à leurs priorités.

A propos de priorités, 2018 est l’année de la votation1 sur l’initiative "Pour la souveraineté alimentaire. L’agriculture nous concerne toutes et tous". C’est un enjeu de taille. Imaginez, si cette initiative est acceptée : alors toutes vos luttes pour les prix, pour la transparence, pour la traçabilité, pour l’équité, pour l’accès à la terre ; toutes vos luttes durant lesquelles les décideurs vous renvoient à votre exploitation et en guise de réponse vous assènent, avec condescendance, des manques d’efficacité, d’efficience, la nécessité de mieux vous organiser, les lois du marché, l’Europe, le Monde, etc. ; et bien si l’initiative est acceptée, toutes vos luttes seront des revendications légitimes car légales ! Vous serez des partenaires de négociation à armes égales avec les autres acteurs du système. Ça vaut la peine de s’engager, non ?

Pour cela, et pour tout le travail réalisé et en court pour un prix du lait réellement équitable, mais aussi pour que les jeunes aient la place qui leur est due, il faut soutenir Uniterre.

Lectrices, lecteurs, si vous n’êtes pas encore membres d’Uniterre, devenez-le ! •︎


Michelle Zufferey
Secrétaire D'UNITERRE


1Le 16 mars, les chambres voteront définitivement au sujet de l’initiative et nous saurons ensuite si la votation populaire aura lieu en septembre ou en novembre 2018.


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mardi, 06 février 2018
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Uniterre, hier et demain

Le début d'une année est une période charnière. Au-devant d'une page blanche, avant de commencer l'écriture d'un nouveau chapitre, il est des questions à se poser et des réflexions à mener, en tant qu'être humain, en tant que membre de la société. Qu'ai-je accompli jusqu'à présent? De quoi suis-je fier? Ai-je des regrets, des déceptions? Quelles ont été mes plus belles réussites? Et maintenant, où est-ce que je veux aller? Et avec quelles forces, quels atouts? Il ne s'agit pas ici des fameuses bonnes résolutions que l'on prend le soir du Nouvel-An et que l'on oublie trois semaines plus tard. Voyons cela plutôt comme un passage dans un aéroport en attendant de prendre sa prochaine correspondance.

Une association comme Uniterre peut et se doit de passer par le même cheminement. Un coup d'œil dans le rétroviseur nous offre des images fortes, des journées de mobilisation intense, des actions coups de poings remarquables, et remarquées, des périodes en apparence plus calme, mais où les idées n'ont cessé de fleurir, et puis aussi des moments creux, de doute, d'échecs. Que chacun-e d'entre nous prenne maintenant quelques minutes et se remémore son aventure personnelle avec Uniterre, que son implication soit importante ou plus discrète: pourquoi suis-je devenu membre? Quels étaient mes rêves et mes espoirs? Comment y ai-je contribué?

Les paysannes et paysans ne prennent pas toujours le temps de cette réflexion. Il faut dire également que le contexte actuel ne leur en laisse guère le loisir. Prix trop bas et exigences élevées font de leurs journées un marathon continu. De là à penser que nos instances politiques font en sorte que cela ne change pas pour ne pas avoir à gérer trop de révoltes et de questionnements, il n'y a qu'un pas. Et pourtant, c'est bien lorsque l'on s'autorise une pause dans le flot incessant du quotidien que surgissent les idées les plus intéressantes, les plus novatrices, ou simplement celles qui vont nous amener là où nous le souhaitons.

Une chose est certaine: 70 ans après les premières colères des membres fondateurs, Uniterre a changé de nom et bien sûr d'équipe, mais son esprit demeure vibrant et actif, avec les mêmes motivations. Et parce que 2018 s'annonce sous de passionnants auspices, avec plusieurs initiatives en cours de discussion, et bien sûr, un possible passage en votation populaire de l'initiative sur la Souveraineté alimentaire, cela méritait bien un petit coup de neuf ! Vous tenez entre vos mains le premier numéro du journal Uniterre dans sa nouvelle mouture. Plus aéré, plus agréable à lire, il reste un vecteur essentiel de la défense professionnelle agricole telle qu'elle est menée par le syndicat. Analyses, reportages, critiques, et portraits du monde paysan continueront d'alimenter la flamme syndicale auprès des lectrices et lecteurs, pour que ce passionnant combat continue de porter ses fruits, au moins pour les 70 prochaines années.


Vanessa Renfer
Agricultrice et membre du Comité d'Uniterre (Section Neuchâtel)



Photo de couverture: Eric Roset



mercredi, 15 novembre 2017
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24 septembre 2017: et maintenant?

Sans surprise, le nouvel article constitutionnel sur la Sécurité alimentaire a passé haut la main l’épreuve du vote populaire, avec des résultats proches des records nationaux. L’on peut sans autre se réjouir que le peuple helvétique ait dans son ensemble clairement manifesté son soutien à notre agriculture, en ayant à cœur de suivre le mot d’ordre donné par les constructions bucoliques en paille à proximité des fermes. Si l’agriculture est souvent critiquée pour diverses raisons, ce jour-là en tout cas les doutes ont été balayés et remplacés par une très belle preuve de confiance.

Reste qu’aujourd’hui, les défis sont nombreux. De l’avis même des initiants et de Johan Schneider-Amman, l’article constitutionnel en tant que tel ne va pas changer grand-chose à la situation. Et pourtant! Il n’est pas exagéré de dire qu’actuellement l’agriculture se trouve à la croisée des chemins, et toutes et tous nous braquons nos regards sur la façon dont elle va répondre à nos attentes. Quelles décisions vont être prises au sein du Conseil fédéral? Quels soutiens pour les familles paysannes? Quel type d’agriculture sera privilégié? Est-ce que ce vote assurera le maintien d’une agriculture portée par une grande diversité d’exploitations agricoles? Qu’est-ce qui sera concrètement mis en œuvre pour maintenir les fermes, voire en augmenter le nombre? Quels acteurs de la chaîne alimentaire seront prioritaires? Une première étape sera de faire le tri parmi les attentes, de déterminer lesquelles sont les plus fondamentales, et lesquelles il sera possible de satisfaire.

La tâche n’est pas aisée: les paysannes et les paysans de ce pays connaissent des quotidiens infiniment variés, que ce soit en termes de type de production, de taille d’exploitation, de contexte familial. L’agriculture n’est pas faite pour rentrer dans un moule! Il est pourtant un point essentiel sur lequel tout le monde peut s’accorder: en tant que branche économique, les personnes qui y travaillent doivent pouvoir en vivre dignement. Nous savons que ce n’est pas le cas actuellement. Nous sommes cependant persuadés que c’est possible.

Du point de vue du consommateur, ce n’est en tout cas pas plus simple. Les revendications de nos concitoyen-ne-s, quoique légitimes, sont légion. Répondre à leurs attentes en termes d’écologie, de goût, de prix, de proximité, de diversité, d’accessibilité, sera un exercice des plus périlleux, mais ce sont les promesses qui ont été faites tout au long de la campagne par les porteurs du contre-projet! Et y répondre, demandera du courage politique, et une volonté partagée d’aller vers un système alimentaire résilient.

L’initiative pour la Souveraineté alimentaire permettra des débats de fonds et l’émergence de systèmes novateurs et de projets-pilotes ouvrant la voie vers une société plus juste, respectueuse, diversifiée et responsable. Pour qui s’est amusé à se promener sur les réseaux sociaux au mois de septembre, il a été facile de constater que les souhaits des consommateurs dépassent de très loin les objectifs fixés par le contre-projet. Un ras-le-bol général suite aux trop nombreux scandales alimentaires; un soutien affectif profond aux paysannes et paysans qui sont leurs voisins; une volonté clairement exprimée de retourner faire ses achats directement chez le producteur; le refus quasi-unanime des fermes-usines qui n’offrent aucune sécurité; le rejet également très marqué des OGM; ce sont tous ces arguments que l’on retrouve tout simplement dans l’initiative lancée par Uniterre. C’est à se demander si au final, les votants n’ont pas déjà pris un peu d’avance sur le programme fédéral.


Vanessa Renfer et Michelle Zufferey