jeudi, 06 décembre 2018
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Comme annoncé ce vendredi 30 novembre dans la presse, l’agro-alimentaire mondial vient de démontrer une fois de plus ses failles et ses dangers. Des aliments pour bétail, fabriqués à base de céréales et de soja, ont été additionnés d’un pré-mélange en provenance de Chine et qui contenait des OGM sous forme de bactéries résistantes aux antibiotiques.

N’a-t-on pas atteint le summum de l’absurde ? Des produits qui parcourent des kilomètres affolants, dont les origines sont diverses (Soja : Amérique du sud probablement ; céréales : peut-être Europe si on a de la chance ; pré-mélange : Chine), tout cela pour nourrir des bovins d’un aliment complémentaire dont ils n’ont pas fondamentalement besoin, pour produire un lait payé une misère au producteur qui ne compte pas ses heures. Et le plus navrant dans cette histoire ? une partie du lait produit finit souvent par être réexporté sous forme de poudre et de beurre, pour dégager les excédents…

A qui profite le crime ? Certainement pas aux ouvriers agricoles qui ont cultivé le soja. Pas non plus aux ouvriers de l’usine en Chine, dont on ne connait pas mieux les conditions de travail. Assurément pas à nos paysans qui ne couvrent pas leur frais de production. Et encore moins au client final, le consommateur, dont le choix pléthorique en magasin cache une bien triste réalité.

La réalité, c’est qu’on nous éloigne toujours plus de la vérité quant à notre nourriture. Et tant la sécurité que la Souveraineté alimentaire ne peuvent être garantis lorsqu’on laisse le marché mondial dicter ses lois. Certes, les lots contaminés par ces OGM ont été interceptés de justesse lors de leur arrivée en Suisse, et la Confédération veut se montrer rassurante en garantissant que nos vaches n’en ont pas mangé. Mais une fois de plus, on laisse l’argent, le profit, le commerce, jouer à la roulette russe avec notre santé.

Quand allons-nous stopper ce cycle infernal ?

vendredi, 30 novembre 2018

Les bonnes questions de Madame Etter posées au ministre en charge de l’Agriculture n’ont pas trouvé de réponses propres à alimenter l’optimisme sur le sort réservé aux familles paysannes.

En effet, Johann Schneider Amann, vous allez nous quitter en nous laissant bien seuls avec nos problèmes sans solutions ! Votre leitmotiv de la compétitivité nécessaire à la croissance économique est malheureusement pour nous un paradigme dépassé. L’état catastrophique de notre planète et les risques majeurs qui menacent sa population auraient dû être de nature à modifier radicalement votre vision de l’Economie. Un recentrage est devenu indispensable. Une Economie au service de l’Homme et non l’Homme au service de L’Economie.

Le credo d’un monde ouvert mais destructeur

Pourtant, vous semblez ne pas avoir pris conscience de l’urgence de cette remise en question. Vous semblez ne pas avoir encore compris que votre credo d’un monde ouvert à la concurrence planétaire est destructeur de notre environnement, et consacre toujours la loi du plus fort. Grandir pour survivre voilà votre recette. Bouffer son voisin et ses moyens de subsistances pour honorer cette vision économique, tout en restant solidaires bien sûr, mais de qui et de quoi au juste ? En menant cette argumentation à son extrême, pourquoi la Suisse, trop petit pays pour prétendre à des positions hégémoniques ne déciderait-elle pas de repousser un peu ses frontières pour gagner un peu en puissance et en influence ?

Se rapprocher du consommateur voilà encore une de vos solutions, comme si nous vous avions attendu pour entrer dans cette voie ! Désormais c’est avec lui que vous nous encouragez à négocier notre avenir. Peut-être y trouverons-nous plus de compassion, en tous les cas une meilleure écoute mais sûrement pas les moyens de gérer nos exploitations. La disparition des fermes, vous n’en dites mots, les suicides, vous les regrettez mais sans comprendre qu’ils découlent de votre politique. Le message que vous nous délivrez à nous paysans : « vous voulez assurer votre revenu, alors optimisez, rationalisez, stimulez votre esprit entrepreneurial, croyez au marché, adaptez-vous, mais sachez qu’il n’y a pas de miracle… » ! Il ne nous manque plus que le courage pour aller de l’avant… mais où le trouver et pour aller où ?

L’agriculture sacrifiée

Le message en filigrane que vous nous délivrez, c’est que le sacrifice de l’agriculture est malheureusement nécessaire pour pouvoir donner un emploi à chaque habitant de ce pays ! Eh bien c’est dit, Monsieur le Ministre, on en prend acte, on n’a plus, dès lors, qu’à vous souhaiter une bonne retraite dans la quiétude du service rendu au pays. Nous, promis, on fera de notre mieux pour être encore là l’an prochain en espérant, toutefois, trouver chez votre successeur -e un peu plus d’écoute, de compréhension, de reconnaissance et de respect, dans la prise en compte de notre droit d’exister décemment comme paysans, au service du bien-être de nos concitoyens.

Alexis Corthay, 1252 Meinier

mardi, 27 novembre 2018
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Article du journal Uniterre Novembre 2018 - Vanessa Renfer, paysanne et secrétaire à Uniterre


Produire des porcs en Suisse, ce n’est pas une sinécure, et cela depuis de trop nombreuses années. Nombre d’éleveurs se retrouvent à un tournant, car leurs écuries ne sont plus aux normes, et les prix sont au plancher. Quel avenir pour ce secteur, face aux bas prix et aux attentes sociétales ?

En Suisse, on dénombre actuellement près de 6400 fermes impliquées dans la production porcine. Le plus souvent, les différentes étapes de l’élevage sont morcelées entre les fermes, certains ne s’occupant que de la mise-bas, d’autres que de l’engraissement des porcelets après le sevrage. La moitié des porcs sont détenus dans des exploitations de plus de 200 animaux. 3 % des fermes travaillent en production biologique. Cette production indigène couvre plus de 95% de la consommation en Suisse, et la viande de porc représente le 44% de la viande consommée en Suisse. Une part non négligeable de la production est située aux abords directs des fromageries, puisque le petit-lait peut être facilement valorisé de la sorte. Ce modèle tend toutefois à disparaître car ce sont précisément ces bâtiments qui nécessitent aujourd’hui une rénovation. Or les sociétés de fromagerie ne sont plus motivées à assumer les frais qui en découleraient, alors que les prix de vente ne couvrent pas les coûts de production. Quatre cantons détiennent en Suisse la plus forte concentration de porcheries : Lucerne, Berne, Thurgovie et St-Gall. En Romandie, ce sont surtout les cantons de Vaud et de Fribourg qui comptent un nombre élevé de porcheries.

Il y a très peu d’importations dans notre pays. Les carcasses supportent mal le voyage, même si le trajet est court, et de toute façon, la production indigène est quasiment suffisante. La viande importée l’est surtout sous forme de produits prêts à la consommation.

Selon les données fournies par la faîtière SuissePorcs, l’affouragement des porcs est à 90% indigène.

Prix à la production

A côté d’un prix de base effondré, qui tourne actuellement à 3.60 frs par kg de poids mort en prix de base, (hors label), les producteurs suisses sont régulièrement confrontés au refus de chargement de la part de leurs acheteurs. Parce que l’écoulement est momentanément ralenti en magasin, les grands centres d’abattage refusent la prise en charge des porcs arrivés au poids exigé. Malheureusement, on ne peut pas mettre la croissance des animaux sur pause, et les porcs, une ou deux semaines plus tard, se retrouvent trop gras, et cela entraîne des déductions massives. Il vaudrait peut-être la peine de se poser la question de la race utilisée en engraissement. Ce sont des animaux très performants, mais exigeants, et leur engraissement est si intensif qu’une ou deux semaines de plus font une différence énorme sur la balance, et partant, sur le prix. Il pourrait dès lors être intéressant de se tourner vers des races plus rustiques, ce qui rendrait la production plus résiliente face aux besoins des acheteurs, en plus de tous les autres avantages que l’on peut y voir (moins de maladies, besoins en fourrage plus simples, moins de concentrés, croissance plus lente qui permettrait la formation d’une viande de meilleure qualité).

Ecuries en fin de vie

Les deux producteurs qui ont témoigné ont fait la même réponse : leurs écuries sont aux normes, mais si cela n’était pas le cas, aucun ne souhaiterait rénover ou construire un nouveau bâtiment, la faute à un prix insuffisant pour se mettre une telle charge sur le dos. En pays de Vaud, où l’on dénombre de nombreux engraisseurs, la diminution des unités de production a été vertigineuse, autant sinon pire que dans la production laitière. Au niveau suisse, si l’on comptait encore près de 10'000 éleveurs et engraisseurs il y a dix ans, leur nombre a diminué d’un gros tiers.

Pression sociale

Les porcheries sont régulièrement la cible de violation de domicile par des organisations de défense des animaux, qui diffusent ensuite des montages vidéo desquels il est difficile de tirer des informations objectives, mais qui exacerbent la sensibilité des consommateurs. Paysannes et paysans sont victimes de dangereux raccourcis et amalgames, alors qu’ils ne sont qu’un maillon de la chaîne et que c’est l’entier du système qui mérite une réflexion en profondeur. La viande porcine reste la plus consommée en Suisse, probablement grâce à son bas prix, mais aussi grâce aux traditions qui entourent la consommation de cette viande (célébrations de la St-Martin au Jura, diverses spécialités de saucissons d’un canton à l’autre). Comme dans d’autres domaines, il devient difficile, voire impossible, de combler les attentes légitimes des consommateurs si l’on n’agit pas maintenant pour revaloriser le travail des paysans. Rappelons à cet effet que le prix payé en 2008 était encore de 5.- frs par kilo de poids mort, contre seulement 3.60 frs actuellement. Une perte de près de 30% en 10 ans. Naturellement, il est illusoire d’escompter la même baisse en magasin ! Une fois de plus, les intermédiaires ont très bien su tirer leur épingle du jeu.

Témoignages de deux producteurs

Jonas et Martina Strähl travaillent sur leur ferme d’une trentaine d’hectares dans le canton de Soleure, à Matzendorf. Ils sont en reconversion à la culture biologique, et en parallèle de la production laitière, ils engraissent annuellement environ 150 cochons, dont une partie est vendue à une boucherie locale, et le reste à un grand distributeur, en l’occurrence la Coop, par l’intermédiaire de son entreprise Bell. Dans un cas comme dans l’autre, ce ne sont pas les Strähl qui fixent leur prix de vente. Ils se plient à la décision de leur acheteur, ce dernier se basant sur les tabelles publiées de façon hebdomadaire par Proviande. Le prix est actuellement insuffisant, en particulier avec Bell. Ils n’ont pas été pénalisés par des refus de chargement et des déductions pour poids excessif, car ils passent par un marchand qui a toujours pu écouler leurs bêtes. Il est cependant probable qu’en production biologique, le risque de voir le marché saturé soit moins élevé. Leur bâtiment correspond aux normes actuelles en matière de détention ; cependant, si cela ne devait plus être le cas, ils n’envisageraient pas la construction d’un nouveau bâtiment.

Martin Häberli, de Rosshäusern dans le canton de Berne, engraisse quant à lui 650 à 750 cochons pour la grande distribution. Parce que son bâtiment date de 2003 et qu’il a fini de le payer, il estime que ses frais de production sont intégralement couverts, d’une part par le prix de vente, d’autre part par les paiements directs. Comme il travaille selon le cahier des charges IP Suisse, il reçoit une prime de quelques 30 centimes/kilo, en plus du prix annoncé par Proviande. Son bâtiment est aux normes, mais nécessite tout de même un entretien régulier et quelques réparations. A la même question de savoir s’il se lancerait dans la construction d’une nouvelle écurie si cela était nécessaire, il répond qu’au vu du marché actuel, il se poserait vraiment la question. Il a vécu cette année des périodes où ses cochons n’ont pas été pris en charge, et a dû subir les déductions qui s’en sont suivies, pour une situation dont il n’est absolument pas responsable.

Le marché du porc en Suisse est à l’image de toutes les productions industrielles. Il fonctionne selon un modèle dépassé qui montre toutes ses failles. Les prix insuffisants ne permettent pas aux familles paysannes d’investir dans des bâtiments qui répondraient mieux aux attentes des consommateurs. Les prix sont fixés semaine après semaine par un accord entre Suisseporcs, Proviande et les acheteurs (un marché dominé à plus de 80% par Bell et Micarna, autrement dit Coop et Migros). Comment dès lors planifier son travail et ses investissements ? De même que dans le lait, un effort doit être consenti en faveur des producteurs. Pour que nous puissions durablement consommer de la viande de porc suisse à l’avenir, les familles paysannes doivent pouvoir travailler dans des conditions dignes, avec un revenu équitable.

Et si on faisait autrement ?

Il existe de nombreux exemples de paysannes et paysans qui ont fait le choix de n’élever que quelques porcs, souvent avec des races plus rustiques, et de les commercialiser en vente directe. C’est une alternative qui mérite vraiment d’être valorisée. Voici donc le témoignage d’un troisième producteur, qui a décidé de ne fonctionner qu’avec la vente directe :

Joan et Joana Studer sont agriculteurs en Ajoie à la ferme de Mont-Lucelle. Leur ferme est bien diversifiée et propose en vente directe de la viande de porcs basques. Jusqu’à l’année passée, ils élevaient annuellement une petite centaine de têtes dans un espace totalement libre. Les bêtes avaient la possibilité de vaquer constamment à leurs occupations sur de vastes terrains offrant une grande variété de structures (pâturages, haies et bosquets, vergers…). Cette variété offrait non seulement beaucoup d’espace à chaque porc, mais favorisait aussi une alimentation variée et produite presque exclusivement sur la ferme, une alimentation qui correspond parfaitement à l’omnivorisme de ces animaux. Le couple a dû néanmoins fortement réduire son troupeau et changer un peu sa façon de travailler, puisqu’il détenait jusque-là des porcs portant une boucle nasale, et que cela est interdit par la Loi sur la protection des animaux. Les Studer notent toutefois que la demande pour de la viande issue de leur production est très très bonne, et que cela leur permet de fixer des prix justes à la fois pour eux et pour leur clientèle. A l’exception de la problématique de la boucle nasale, leur système de détention offre aux porcs un cadre de vie qui est largement supérieur aux normes requises par l’OPAn.

Plus globalement, les Studer remarquent que les porcs sont largement oubliés dans l’évolution vers des conditions de détentions plus éthiques. En Suisse, ils restent des animaux destinés à l’élevage industriel, comme l’explique Joan : « Il est parfaitement affligeant de savoir qu’en Suisse on a tout à fait le droit de détenir plus de 1.1 tonnes de porc sur 10 mètres carrés de béton dans un bâtiment sans accès direct aux rayons du soleil, en bafouant complètement leur régime alimentaire et en ayant un âge d’abattage entre 5 et 6 mois et que dans le même temps, il soit interdit de mettre une boucle nasale sous anesthésie à des porcs de races rustiques en échange d’une vie longue de plus de 18 mois en véritable plein air, ayant une multitude d’activité et de milieux naturels à disposition, le tout sans n’être jamais malade et donc sans avoir besoin d’avoir recours à des antibiotiques ! ».

Le lecteur désireux d’en savoir plus pourra visiter le site web consacré au combat des Studer pour leur élevage et leur manière de travailler : www.porclibre.ch.

Sources :

Office fédéral de la statistique : https://www.bfs.admin.ch/bfs/fr/home.html

Union suisse des paysans : www.usp-sbv.ch

Faitière Suisseporcs : www.suisseporcs.ch

24 Heures, article du 17.09.2016, Pascale Burnier :

https://www.24heures.ch/vaud-regions/filiere-cochon-industriel/story/19351554

mardi, 27 novembre 2018
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(25 novembre 2018, Negombo, Srilanka)

Nous, paysannes de La Via Campesina, paysannes d'Amérique, d'Afrique, d'Europe et d'Asie, réunies ici à Negombo, Srilanka, cette semaine, pour la Rencontre mondiale de l'articulation des femmes, condamnons à l'unanimité toutes les formes de violence et de discrimination contre les femmes et les jeunes filles partout.

Nous disons cela tout en réalisant qu'il reste beaucoup à faire pour que la violence qui s'est produite et qui se produit encore aujourd'hui, dans nos pays, dans nos foyers, dans nos organisations, enracinée dans le patriarcat, la violence sous forme du viol et de la marchandisation des femmes soit effacée de notre société, nos territoires, nos corps et nos vies.

En ce 25 novembre et tous les jours, les paysannes et paysans de La Via Campesina disent :

Mettons fin à de violence contre les femmes, rompons le silence, résistons et affrontons le patriarcat et le capitalisme. Nous sommes contre tous les types de violence qui affectent encore de nombreuses femmes dans les campagnes et dans les villes. Nous devons vaincre la barbarie, le fascisme et le manque de respect des droits les plus fondamentaux, aujourd'hui et chaque jour en tant que femmes travailleuses. Nous comprenons que le capitalisme est la principale source d'inégalité et que de ces inégalités jaillissent de nombreuses formes de violence. C'est pourquoi cette lutte est une aussi lutte de classe.

Notre proposition et nos outils de transformation proviennent de la terre dans laquelle nous, les femmes, nous sommes ancrées, de la terre cultivée en agroécologie pour atteindre la souveraineté alimentaire. Nous sommes inspirées par la recherche collective pour la construction de l'égalité dans nos espaces d'actions et d'études, ainsi que par toutes les marches et les luttes auxquelles les femmes participent pour construire la FEMME NOUVELLE ET l'HOMME NOUVEAU qui bâtiront la société de demain. Il est clair pour nous que la seule façon de mettre fin au machisme est d'affronter l'oppression et l'exploitation. Seuls les femmes et les hommes organisés dans les mouvements populaires, paysans, urbains, mouvements des pêcheurs et des peuples des forêts peuvent mener à bien cette lutte pour la construction de l'égalité.

Nous, paysannes et paysans du monde de la Via Campesina, présent.e.s des 81 pays du monde nous disons OUI à l'égalité, et FIN à la violence contre les femmes. Nous voulons et nous nous engageons quotidiennement à construire une vie sans violence, sans discrimination et sans exploitation envers les femmes.

La société que nous voulons est sans violence contre les femmes !

Via-info-fr@viacampesina.org
http://viacampesina.org/Via-info-fr/
https://mail.viacampesina.org/lists/listinfo/Via-info-fr
mercredi, 21 novembre 2018
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Communiqué de presse d'ECVC


Mercredi 21 novembre 2018, New York, [NEW YORK-BRUXELLES]

La Troisième Commission (questions sociales, humanitaires et culturelles) de l'Assemblée générale des Nations Unies a voté en faveur d'une Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysans et autres personnes travaillant dans les zones rurales, via la Résolution A/C.3/73/L.30.

La résolution a été approuvée lundi par 119 voix pour, 7 voix contre et 49 abstentions. C'est un immense pas en avant pour une campagne menée par La Via Campesina – le plus grand mouvement paysan mondial – et soutenue par de nombreuses organisations autour du globe, dont FIAN et le CETIM.

La Déclaration des Nations Unies vise à mieux protéger les droits de toutes les populations rurales, comme les paysans, les pêcheurs, les personnes transhumantes et nomades, les ouvriers agricoles et les peuples autochtones et à améliorer leurs conditions de vie tout en renforçant la souveraineté́ alimentaire, la lutte contre le changement climatique et la conservation de la biodiversité. L'approbation de cette Déclaration est également une importante contribution à l'effort de la communauté internationale pour promouvoir l'agriculture familiale et paysanne.

La Bolivie, qui présidait le processus, a insisté sur l'importance d'une telle déclaration pour parvenir à des sociétés humaines plus résilientes, durables et inclusives:

"Nous pensons qu'il s'agit d'un pas important vers des politiques publiques qui reconnaissent non seulement les droits et les besoins des paysans, mais aussi leur contribution au bien-être et à la qualité de vie des sociétés qu'ils nourrissent quotidiennement par leur travail. Nous sommes convaincus que cet instrument jouera un rôle central dans le domaine des droits de la personne ainsi que dans l'éradication de la faim et de la pauvreté, conformément à l'Agenda 2030 pour le développement durable et à la Décennie pour l'agriculture familiale, sans laisser personne derrière."

Depuis son adoption par le Conseil des droits de l'homme à Genève fin septembre, La Via Campesina et ses alliés ont redoublé d'efforts pour que cette Déclaration des Nations Unies soit adoptée par l'Assemblée générale des Nations Unies. Les déléguées et délégués de La Via Campesina présents à New York depuis le début de la session de la Troisième Commission ont exprimé leur joie à l'issue du vote.

"En ce moment historique, où le capital financier et les sociétés multinationales renforcent leur offensive pour monopoliser la nourriture, accaparer la terre et privatiser les biens naturels, au prix de notre vie, l'adoption de la Déclaration des droits des paysans à la Troisième Commission de l'Assemblée générale des Nations Unies est une victoire stratégique, non seulement pour les paysans mais aussi pour les peuples du monde entier. Nous allons continuer sur ce long chemin de lutte et d'unité, pour les droits et la justice sociale, convaincus que la pleine démocratie n'est possible que par la réforme agraire, la fonction sociale de la terre et la pleine jouissance des droits des paysans" a affirmé Diego Monton de La Via Campesina Amerique Latine (CLOC)

L'approbation de la déclaration par la Commission a été ponctuée de quelques débats mais a bénéficié du soutien conséquent des régions de l'Afrique, de l'Asie et de l'Amérique latine. Quelques réactions négatives sont survenues de la part de l'Europe et autre régions, avec la délégation des USA rejetant le texte en raison de préoccupations de longue date au sujet de la Déclaration, qui chercherait à étendre des droits existants, en distinguant les droits humains des paysans de ceux d'autres groupes, ainsi que concernant les droits collectifs stipulés dans le contenu. Les pays européens se sont également montrés divisés dans leur réponse.

"Le vote d’hier n’était pas symbolique, c’était le pas nécessaire pour donner suite à la décision prise par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies en septembre dernier. Au sein de la Troisième Commission, à laquelle participent tous les pays de l'ONU, nous avons assisté à une grande diversité de positions de l'Europe orientale et occidentale. Nous remercions vivement ceux qui nous ont soutenus. Vos votes en faveur de la déclaration mettent des valeurs humaines dans les droits de l'homme et donnent de l'espoir à des millions de paysans, hommes et femmes, à travers le continent. A ceux qui se sont abstenus ou ont voté contre, nous tenons à vous dire que les paysans et les petites familles paysannes de vos pays ne peuvent être laissés pour compte", a rappelé Ramona Duminicioiu de La Coordination Européenne de la Via Campesina (ECVC)

"Après l’approbation de l’Assemblée générale des Nations Unies en décembre, nous commencerons un nouveau chapitre des Droits des paysans et nous demandons à tous les pays de l’ONU de s’engager à appliquer la Déclaration. Nous sommes déterminés à contribuer à une société meilleure, à la lutte contre le changement climatique, pour l'élimination de la faim, pour fournir unalimentation diverse, nutritive et saine pour tous et toutes. En reconnaissant nos droits, ce nouvel instrument international nous permettra de faire exactement cela ", a-t-elle ajouté.

Zainal Arifin Fuat, de La Via Campesina Asie a dit de cette déclaration qu'elle marquait un tournant historique dans l'histoire des luttes paysannes.

"La Déclaration reconnaît le rôle de premier plan que jouent les paysans dans la résolution des multiples crises auxquelles nous sommes confrontés aujourd'hui - alimentaires, environnementales, sociales et économiques. Les paysans ont un rôle essentiel pour la sécurité et la souveraineté alimentaires et pour la réalisation du droit à l'alimentation, en particulier dans les pays en développement, où ils fournissent jusqu'à 80% de la nourriture consommée localement. Cette Déclaration des Nations Unies contribuera également aux efforts de l'humanité pour mettre fin à la pauvreté, à la faim et pour atteindre nos objectifs de développement durable. En Asie, nous pensons que si nos droits sont reconnus et mieux protégés, les populations pourront développer les zones rurales et éviter l'exode rural, cause de problèmes insolubles" a-t-il ajouté.

"La ruée sur les ressources qui se poursuit sur le continent africain comme ailleurs a mis les paysans dans une position d'extrême vulnérabilité. L'attaque en cours contre les systèmes semenciers paysans a des répercussions bien au-delà de ceux qui produisent la nourriture. Elle touche tout le monde. Depuis 17 ans, nous faisons patiemment campagne pour un instrument international qui puisse protéger nos droits en tant que paysans et empêcher que nos systèmes alimentaires ne soient démantelés au profit d'une poignée d'individus. C'est un moment de fierté aujourd'hui pour les millions de paysans du monde entier, qui n'abandonnent jamais face à l'adversité." a affirmé Elizabeth Mpofu, coordinatrice générale de La Via Campesina

"La force du mouvement paysan se fait sentir au plus haut niveau de la gouvernance internationale: pour cela, nous devons rendre compte du travail acharné et de la passion de tant de paysans du monde entier. La solidarité des paysans, à l'échelle internationale, témoigne du lien étroit qui nous unit et lie nos enjeux, peu importe où nous vivons. Cependant, aujourd'hui n'est qu'une étape sur le long chemin de la justice en matière de droits humains pour les populations rurales. Nous devons poursuivre sur cette lancée et mettre la déclaration en action à tous les niveaux de la société." a déclaré Jessie MacInnis, La Via Campesina Amérique du Nord.

La Déclaration des Nations Unies sera formellement ratifiée par l'Assemblée générale des Nations Unies en décembre 2019, à la suite de la décision prise par la Troisième Commission lundi.

Pour aller plus loin:

Une note d'information sur la Déclaration des Nations Unies peut être téléchargée ici. Le texte complet de la Résolution et de la Déclaration est disponible ici.
Pour plus d'information merci de visiter www.viacampesina.org

Pdf

vendredi, 16 novembre 2018
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Comment imaginer une souveraineté alimentaire sans souveraineté semencière ? Aujourd’hui, seulement 2 % des légumes cultivés en Suisse proviennent d’une semence cultivée dans le pays. Qui connaît encore le métier paysan de la graine à la casserole? La forme d’agriculture qui s’impose sur l’ensemble de la planète est en train de faire disparaître à grande vitesse les savoirs dont chaque ferme pratiquant l’agriculture paysanne est une expression unique et en constante évolution.

En 2003, la Via Campesina a lancé la campagne « Semences, patrimoine des peuples au service de l’humanité »1, qui a amené différentes organisations paysannes à s’emparer de la problématique de la privatisation des semences, et à alerter l’opinion publique sur le danger d’une perte de contrôle des populations sur leur alimentation. Concrètement, cette campagne a pris différentes formes : lutte pour la liberté d’échanger nos semences, sauvegarde d’expériences locales de sélection paysanne, luttes contre les OGM, ou encore échange de savoirs et de semences dans les foires paysannes. Pour donner une nouvelle dimension à cette campagne, en 2017, le Mouvement des petits agriculteurs (MPA) du Brésil et l’Association des femmes paysannes de Corée (KWPA) ont proposé l’action « Adoptons une semence », pour que toutes les familles paysannes membres de la Via Campesina relèvent le défi d’adopter une semence paysanne.

Les semences ont toujours été au centre des préoccupations de l’Association des femmes paysannes de Corée. L’idée d’adopter une semence a surgi en 2008, en réaction à la hausse d’importation de maïs transgénique. Un mouvement de résistance s’est alors développé en lien avec des organisations urbaines. Le KWPA a fait un grand travail pour répertorier les semences locales, avec leurs caractéristiques et leur historique, et pour promouvoir leur culture, notamment en organisant des cours de cuisine traditionnelle.

A l’invitation du MPA, une première rencontre mondiale « Adoptons une semence » a eu lieu du 29 août au 4 septembre 2018 au nord-est du Brésil, à laquelle a participé une délégation formée d’une représentante par continent.

Lancement de la campagne au Brésil

La délégation a parcouru 1700 kilomètres dans les États de Sergipe et de Bahia, où elle a visité six communautés paysannes organisées par le MPA, leurs parcelles et leurs Maisons de Semences Paysannes. Ces communautés mènent une lutte constante pour la terre, l’eau et la biodiversité dans le Sertão, une grande région semi-aride du Brésil. Avec l’expansion de l’agrobusiness dans la région et la sécheresse qui sévit depuis six ans, alors que l’eau disponible est allouée principalement aux grandes monocultures d’exportation et aux centres urbains, beaucoup de variétés de semences ont été perdues.

C’est donc dans des conditions particulièrement difficiles que ces communautés ont posé les premières pierres de cette action.

Le 30 août a eu lieu à Poço Redondo le lancement de la campagne « Chaque famille adopte une semence » dans l’État de Sergipe, au cours de laquelle, entre théâtre populaire et discours, des familles gardiennes de semences ont remis des variétés de maïs, de haricots ou de pois à de nouvelles familles paysannes.

« Nous savons que nos semences sont un grand trésor, qui signifie autonomie, culture et Souveraineté Alimentaire pour les paysannes et paysans. Par contre, pour l’agroindustrie et le capitalisme, elles ne signifient que profit. C’est pour cela que nous réaffirmons notre engagement avec la défense, la sauvegarde, la multiplication et la conservation des semences paysannes, en cherchant à augmenter la participation de chaque famille dans ce processus. » C’est ainsi que le Mouvement des Petits Agriculteurs invite ses membres à joindre leurs forces à la campagne internationale « adoptons une semence » lancée par la Via Campesina.

« La stratégie est que chaque famille assume l’engagement d’adopter une nouvelle semence de son choix » ajoute l’appel du MPA. « Celle qui éveille en nous le plus d’intérêt, pour notre identité, pour notre territoire, comme affirmation de notre mode de vie paysan. La famille doit devenir la gardienne de cette semence, garantissant sa propagation. Après l’adoption, la famille doit organiser la reproduction et la distribution de cette semence. L’idée est de créer un grand réseau de semences paysannes, de récupérer celles qui se font rares et d’en augmenter la production. (…) Comme résultat de cette campagne, nous aurons des milliers de familles renforçant la biodiversité, sauvegardant des variétés menacées, garantissant notre souveraineté et capacité productive. C’est une action directe pour empêcher que les multinationales s’approprient des semences paysannes, détruisant ainsi notre autonomie et la biodiversité. Sans les semences paysannes, l’agriculture paysanne est otage des multinationales. (…) Les semences sont l’un des maillons de l’agriculture paysanne et de la production d’aliments sains. Nous n’atteindrons la Souveraineté Alimentaire que si les semences paysannes sont à nouveau sous la protection des paysannes et paysans. »

Le MPA de Sergipe a fixé comme objectif que 200 nouvelles familles paysannes par an adoptent une semence. Dans l’Etat de Bahia, qui a lancé sa campagne au mois de février, l’objectif est de 500 familles par année. En juillet, elles étaient déjà plus de 250 à avoir pris cet engagement. Dans chaque micro région, déterminée par une unité climatique et l’organisation autour d’une même Maison des semences paysannes, il est préconisé que chaque variété soit reproduite par au moins trois familles. Les variétés les plus rares sont de plus suivies de près non seulement par les Maisons de semences communautaires, mais aussi par la Maison « mère », située dans l’Unité de production paysanne gérée par le MPA régional.

Et ici ?

Cette action, pour prendre tout son sens, doit s’étendre à toutes les régions du monde, lancer une dynamique de souveraineté semencière dans chaque région. Que chaque région redevienne capable de produire ses semences, et de se passer de l’agroindustrie.

Une population ne peut pas choisir son alimentation si elle dépend de la production de semences planifiée en d’autres lieux. Il devrait être possible tant pour les paysans que pour les jardiniers amateurs de semer des semences sélectionnées et multipliées localement, dans une dynamique participative. Choisir le goût de nos aliments. Choisir la manière de les produire, de les transformer, de les distribuer. La souveraineté alimentaire n’implique pas seulement une production locale, mais une conception de la nourriture comme bien commun d’une population. Et un bien n’est commun que si l’ensemble du groupe concerné s’en soucie.

Il y a quelques jours, le 16 octobre dernier, dans différentes régions du monde, des organisations paysannes membres de la Via Campesina ont organisé des activités autour de la campagne « Adoptons une semence». J’invite les membres et sympathisantes d’Uniterre à réfléchir à la manière de se joindre à cette campagne, dont la force est de proposer un engagement sur le long terme, permettant de réunir dans une pratique commune et complémentaire toutes les paysannes de la Via Campesina à travers le monde.

La production de semences paysannes a de tout temps été, d’une façon ou d’une autre, planifiée collectivement, comme dans les Maisons des semences paysannes qui se multiplient actuellement en France. Dans certaines de ces dernières, la mise en commun de la production de semence permet de couvrir jusqu’à 80% de leurs besoins. Nous ferions bien d’en prendre de la graine !

Concrètement, je propose des séances d’information et de discussion sur la campagne « Adoptons une semence » dans chaque section d’Uniterre. A terme, construire notre souveraineté alimentaire ne pourra pas faire l’impasse sur les semences, et l’une des briques de cette construction pourrait être de mettre en place une Maison des Semences paysannes dans chaque région, outil commun des paysannes d’Uniterre, et point de rencontre avec les autres initiatives locales de sauvegarde de la biodiversité.

Joël Mützenberg, membre d'Uniterre

1. Lire à ce sujet la brochure Nos semences, notre futur.

viacampesina.org/fr/les-semences-notre-futur/


Plus d'informations sur l'action "adopte une semence"

https://viacampesina.org/fr/16-octobre-la-via-camp...

vendredi, 16 novembre 2018
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La coopérative Faireswiss a pris acte de la mise sur le marché, ce jeudi 1er novembre 2018, des produits portant le label Fair, un concept qui est né du même souhait, celui de voir les paysannes et paysans rémunérés équitablement pour la production laitière. Ce programme met différents critères en avant, notamment en ce qui concerne le bien-être animal, et entend octroyer 75 centimes par kilo de lait au producteur, soit une augmentation de près de 25 centimes par rapport à la moyenne actuelle dans le secteur du lait de consommation.

Les membres de Faireswiss se réjouissent de toute initiative visant à améliorer les conditions de vie et le revenu des familles paysannes. Les prix actuellement payés à la production, soit tout juste 50 centimes en moyenne, sont une insulte en regard de tout le travail fourni et des exigences toujours plus importantes. Ils regrettent cependant que le terme « équitable » utilisé ici ne corresponde pas à la réalité. En effet, les coûts de production d’un litre de lait se montent à 1.- frs, les 75 centimes proposés par le label Fair sont donc insuffisants. Rappelons encore ici que les paiements directs ne sont pas destinés à compenser un prix du marché insuffisant, mais bien à rétribuer un certain nombre de prestations, écologiques notamment, fournies par les paysannes et paysans. N’oublions pas non plus que la production laitière de montagne, abondante dans notre pays, nécessite une rémunération de 20 à 40% supérieure à ce qui est admissible en plaine.

La coopérative Faireswiss entend poursuivre ses efforts pour proposer au plus vite un lait 100% équitable, qui garantira aux paysannes et paysans un revenu décent, tout en offrant aux consommatrices et consommateurs la certitude que leur acte d’achat profitera réellement aux producteurs.

Vous trouverez plus d’informations sur la coopérative Faireswiss à l’adresse ci-dessous : www.faireswiss.ch

Calcul des coûts en production laitière :

http://www.agridea.ch/fileadmin/thematic/production_animale/9.6.1-7_couts_de_production_du_lait_2016.pdf

Lausanne, le 6 novembre 2018

Contacts presse :

Claude Demierre, président : 076 347 90 60 (fr)

Anne Chenevard, secrétaire : 079 924 51 84 (fr)

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vendredi, 16 novembre 2018
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Aux médias

L’organisation paysanne Uniterre s’est penchée sur le contenu de l’initiative populaire pour la dignité des animaux de rente (initiative dite des vaches à cornes) et a décidé de laisser la liberté de vote.

Soumis au vote populaire le 25 novembre prochain, le texte entend encourager les détentrices et détenteurs d’animaux de rente à ne plus enlever les cornes à leurs animaux, et pour se faire, il est proposé qu’une nouvelle prime, dont le montant reste à définir, soit attribuée pour chaque animal de plus de 2 ans encore pourvu de ses cornes.

Les membres d’Uniterre ne sont pas opposés à ce que l’on encourage le maintien des cornes, pas plus qu’ils ne s’opposeraient à l’écornage. Ils estiment néanmoins :

  • Que seul le/la détenteur.trice de bétail est à même de décider comment il veut travailler avec ses animaux ;
  • Que des exigences supplémentaires en termes de bien-être animal doivent être rétribuées par le biais des prix à la production, non par des paiements directs prélevés dans l’enveloppe globale dédiée à l’agriculture ;
  • Que la Constitution fédérale n’est pas l’outil adéquat pour définir de telles exigences.

De plus, Uniterre rappelle que si le bien-être animal est important, le bien-être des familles paysannes l’est encore plus, et qu’il est des problèmes plus urgents à résoudre que la présence ou l’absence de cornes au sein des troupeaux. Les instances politiques et économiques sont encouragées à trouver urgemment des solutions et des réponses au mal-être des familles paysannes.

Lausanne, le 13 novembre 2018

Contacts presse :

Rudi Berli : 078 707 78 83 (de/fr)

Vanessa Renfer : 078 821 24 83 (fr)

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vendredi, 02 novembre 2018

J’ai lu la prise de position favorable de Monsieur Jacques Bourgeois parue dans le journal genevois Le Courrier du 18 octobre 2018 relative à la libéralisation totale du marché de l’électricité et je m’en étonne. Comment peut-on prendre ainsi parti favorablement sur un sujet dont les enjeux sont aussi déterminants pour le maintien de la production des énergies renouvelables en Suisse que pour la survie de notre agriculture en cas de libéralisation du marché agricole.

Il faut aussi mettre en évidence que l’utilisation des ressources forestières, la production de biogaz par un recyclage intelligent des déchets de toutes sortes, la valorisation énergétique des surfaces de toitures…concernent directement l’agriculture et doivent être encouragées et défendues prioritairement par ceux qui ont charge de la défense professionnelle et Monsieur Bourgeois en particulier . Elles devraient en toute logique entrer dans l’appréciation de l’utilité d’ouvrir les marchés de l’électricité en favorisant d’abord toutes les énergies renouvelables potentielles, d’autant plus après la décision du Conseil Fédéral de sortir du nucléaire. On sait par ailleurs que l’électricité que l’on aimerait importer à bas coût a des origines douteuses, nucléaire, charbon, gaz de schistes et autres carburants fossiles…

Monsieur Jacques Bourgeois a été très discret sur sa prise de position en faveur de la libéralisation totale du marché de l’électricité. Après sa fébrile montée au front contre les intentions de libéralisation des marchés agricoles envisagées par Johann Schneider Ammann, il doit être bien en peine d’en assumer aujourd’hui la contradiction et sa justification, nous donnant plutôt l’impression d’être rentré discrètement dans le rang, en se ralliant sagement aux idées que défendent ses amis politiques. Un grand écart qui démontre l’ambiguïté de la politique à ce niveau et qui conduit à ce genre d’incohérence.

La libéralisation totale du marché de l’électricité met en péril la production d’énergies renouvelables locales. L’USP se doit de la refuser clairement et fermement. Elle est en tous les cas un très mauvais signal qui risque d’en freiner l’évolution. Cette fuite en avant évite aussi le débat, lié à l’urgence climatique, sur le type de développement souhaitable pour l’avenir de notre société et de la Planète, question qu’il devient chaque jour plus urgent de se poser.

Alexis Corthay

jeudi, 01 novembre 2018

Berne, le 29 octobre 2018. La Suisse est en train de négocier un accord de libre-échange avec les États du Mercosur. Présentée lors de la conférence de presse qui s’est tenue aujourd'hui, la coalition sur le Mercosur1 dit oui à cet accord, mais pas à tout prix. Elle exige que des critères contraignants de durabilité y figurent pour ne pas compromettre les produits agricoles sensibles ni la protection des consommateurs.

Depuis juin 2017, la Suisse négocie un accord de libre-échange avec les États du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay) dans le cadre de l’AELE. L’économie suisse d’exportation espère obtenir ainsi un meilleur accès aux marchés sud-américains. Cependant, cet accord aura aussi des répercussions sur les familles paysannes et l’environnement dans les États du Mercosur d’une part, et sur l'agriculture suisse, les emplois dans l'industrie alimentaire et les consommateurs suisses d’autre part. La coalition sur le Mercosur nouvellement formée souhaite que la politique et la société débattent de ces répercussions et proposent des solutions raisonnables.

La coalition sur le Mercosur ne s’oppose pas à un accord de libre-échange en soi, mais demande que des critères concrets et contraignants de durabilité y soient inscrits. Lors de la conférence de presse, les organisations associées, toutes actives dans la protection des consommateurs, des animaux ou dans l’aide au développement, ainsi que des fédérations paysannes, ont fait part de leurs craintes ainsi que de leurs exigences quant à un accord durable. Les organisations présentes dans les États du Mercosur partagent ces revendications, comme l'a expliqué Natalia Carrau, membre du groupe uruguayen de l'organisation Les Amis de la Terre. Natalia Carrau a souligné : « Déjà aujourd’hui, l’agriculture industrielle, qui est entre les mains des multinationales, met sous pression les exploitations agricoles familiales en Amérique du Sud. Avec les accords de libre-échange avec l’Europe et l’augmentation de l’exportation des produits agricoles qu’ils entraînent, cette pression va augmenter encore. »

Pour identifier les risques avant la conclusion de l’accord, la coalition sur le Mercosur demande au Conseil fédéral d’effectuer au préalable une analyse indépendante sur la durabilité. Les résultats, qui serviront de base pour les négociations, seront communiqués de manière transparente et impartiale. La coalition sur le Mercosur demande en outre que l'accord prévoie un chapitre sur la durabilité, avec des objectifs ambitieux et mesurables, ainsi que des mécanismes contraignants de sanction. La mise en oeuvre de l’Agenda 2030, ou plutôt des objectifs de développement durable fixés par l'ONU, le respect des traités internationaux applicables dans le cas présent et de l’art. 104a, let. d., Cst. sur la sécurité alimentaire et le commerce durable devront figurer dans ce chapitre, de même que des aspects sur la protection des animaux et la mise en oeuvre de l’accord de Paris sur le climat.

Les concessions faites en matière d'importation de produits agricoles sensibles devront impérativement être limitées aux contingents de l’OMC. De plus, la viande importée des pays du Mercosur ne devra présenter aucun stimulateur de performance et de croissance, et devra avoir été produite dans le respect de standards élevés en matière de protection des animaux et de sécurité alimentaire. Par ailleurs, la Suisse continuera de n’acheter que du soja exempt d'OGM. Pour ne pas miner la protection des consommateurs, les contrôles et l’indication de la provenance des produits importés devront être améliorés, et les lacunes comblées.


1. Membres : SWISSAID, Alliance Sud, Union suisse des paysans, Fédération romande des consommateurs, Protection suisse des animaux, Public Eye, Pain pour le prochain et Uniterre

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