vendredi, 16 novembre 2018
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Comment imaginer une souveraineté alimentaire sans souveraineté semencière ? Aujourd’hui, seulement 2 % des légumes cultivés en Suisse proviennent d’une semence cultivée dans le pays. Qui connaît encore le métier paysan de la graine à la casserole? La forme d’agriculture qui s’impose sur l’ensemble de la planète est en train de faire disparaître à grande vitesse les savoirs dont chaque ferme pratiquant l’agriculture paysanne est une expression unique et en constante évolution.

En 2003, la Via Campesina a lancé la campagne « Semences, patrimoine des peuples au service de l’humanité »1, qui a amené différentes organisations paysannes à s’emparer de la problématique de la privatisation des semences, et à alerter l’opinion publique sur le danger d’une perte de contrôle des populations sur leur alimentation. Concrètement, cette campagne a pris différentes formes : lutte pour la liberté d’échanger nos semences, sauvegarde d’expériences locales de sélection paysanne, luttes contre les OGM, ou encore échange de savoirs et de semences dans les foires paysannes. Pour donner une nouvelle dimension à cette campagne, en 2017, le Mouvement des petits agriculteurs (MPA) du Brésil et l’Association des femmes paysannes de Corée (KWPA) ont proposé l’action « Adoptons une semence », pour que toutes les familles paysannes membres de la Via Campesina relèvent le défi d’adopter une semence paysanne.

Les semences ont toujours été au centre des préoccupations de l’Association des femmes paysannes de Corée. L’idée d’adopter une semence a surgi en 2008, en réaction à la hausse d’importation de maïs transgénique. Un mouvement de résistance s’est alors développé en lien avec des organisations urbaines. Le KWPA a fait un grand travail pour répertorier les semences locales, avec leurs caractéristiques et leur historique, et pour promouvoir leur culture, notamment en organisant des cours de cuisine traditionnelle.

A l’invitation du MPA, une première rencontre mondiale « Adoptons une semence » a eu lieu du 29 août au 4 septembre 2018 au nord-est du Brésil, à laquelle a participé une délégation formée d’une représentante par continent.

Lancement de la campagne au Brésil

La délégation a parcouru 1700 kilomètres dans les États de Sergipe et de Bahia, où elle a visité six communautés paysannes organisées par le MPA, leurs parcelles et leurs Maisons de Semences Paysannes. Ces communautés mènent une lutte constante pour la terre, l’eau et la biodiversité dans le Sertão, une grande région semi-aride du Brésil. Avec l’expansion de l’agrobusiness dans la région et la sécheresse qui sévit depuis six ans, alors que l’eau disponible est allouée principalement aux grandes monocultures d’exportation et aux centres urbains, beaucoup de variétés de semences ont été perdues.

C’est donc dans des conditions particulièrement difficiles que ces communautés ont posé les premières pierres de cette action.

Le 30 août a eu lieu à Poço Redondo le lancement de la campagne « Chaque famille adopte une semence » dans l’État de Sergipe, au cours de laquelle, entre théâtre populaire et discours, des familles gardiennes de semences ont remis des variétés de maïs, de haricots ou de pois à de nouvelles familles paysannes.

« Nous savons que nos semences sont un grand trésor, qui signifie autonomie, culture et Souveraineté Alimentaire pour les paysannes et paysans. Par contre, pour l’agroindustrie et le capitalisme, elles ne signifient que profit. C’est pour cela que nous réaffirmons notre engagement avec la défense, la sauvegarde, la multiplication et la conservation des semences paysannes, en cherchant à augmenter la participation de chaque famille dans ce processus. » C’est ainsi que le Mouvement des Petits Agriculteurs invite ses membres à joindre leurs forces à la campagne internationale « adoptons une semence » lancée par la Via Campesina.

« La stratégie est que chaque famille assume l’engagement d’adopter une nouvelle semence de son choix » ajoute l’appel du MPA. « Celle qui éveille en nous le plus d’intérêt, pour notre identité, pour notre territoire, comme affirmation de notre mode de vie paysan. La famille doit devenir la gardienne de cette semence, garantissant sa propagation. Après l’adoption, la famille doit organiser la reproduction et la distribution de cette semence. L’idée est de créer un grand réseau de semences paysannes, de récupérer celles qui se font rares et d’en augmenter la production. (…) Comme résultat de cette campagne, nous aurons des milliers de familles renforçant la biodiversité, sauvegardant des variétés menacées, garantissant notre souveraineté et capacité productive. C’est une action directe pour empêcher que les multinationales s’approprient des semences paysannes, détruisant ainsi notre autonomie et la biodiversité. Sans les semences paysannes, l’agriculture paysanne est otage des multinationales. (…) Les semences sont l’un des maillons de l’agriculture paysanne et de la production d’aliments sains. Nous n’atteindrons la Souveraineté Alimentaire que si les semences paysannes sont à nouveau sous la protection des paysannes et paysans. »

Le MPA de Sergipe a fixé comme objectif que 200 nouvelles familles paysannes par an adoptent une semence. Dans l’Etat de Bahia, qui a lancé sa campagne au mois de février, l’objectif est de 500 familles par année. En juillet, elles étaient déjà plus de 250 à avoir pris cet engagement. Dans chaque micro région, déterminée par une unité climatique et l’organisation autour d’une même Maison des semences paysannes, il est préconisé que chaque variété soit reproduite par au moins trois familles. Les variétés les plus rares sont de plus suivies de près non seulement par les Maisons de semences communautaires, mais aussi par la Maison « mère », située dans l’Unité de production paysanne gérée par le MPA régional.

Et ici ?

Cette action, pour prendre tout son sens, doit s’étendre à toutes les régions du monde, lancer une dynamique de souveraineté semencière dans chaque région. Que chaque région redevienne capable de produire ses semences, et de se passer de l’agroindustrie.

Une population ne peut pas choisir son alimentation si elle dépend de la production de semences planifiée en d’autres lieux. Il devrait être possible tant pour les paysans que pour les jardiniers amateurs de semer des semences sélectionnées et multipliées localement, dans une dynamique participative. Choisir le goût de nos aliments. Choisir la manière de les produire, de les transformer, de les distribuer. La souveraineté alimentaire n’implique pas seulement une production locale, mais une conception de la nourriture comme bien commun d’une population. Et un bien n’est commun que si l’ensemble du groupe concerné s’en soucie.

Il y a quelques jours, le 16 octobre dernier, dans différentes régions du monde, des organisations paysannes membres de la Via Campesina ont organisé des activités autour de la campagne « Adoptons une semence». J’invite les membres et sympathisantes d’Uniterre à réfléchir à la manière de se joindre à cette campagne, dont la force est de proposer un engagement sur le long terme, permettant de réunir dans une pratique commune et complémentaire toutes les paysannes de la Via Campesina à travers le monde.

La production de semences paysannes a de tout temps été, d’une façon ou d’une autre, planifiée collectivement, comme dans les Maisons des semences paysannes qui se multiplient actuellement en France. Dans certaines de ces dernières, la mise en commun de la production de semence permet de couvrir jusqu’à 80% de leurs besoins. Nous ferions bien d’en prendre de la graine !

Concrètement, je propose des séances d’information et de discussion sur la campagne « Adoptons une semence » dans chaque section d’Uniterre. A terme, construire notre souveraineté alimentaire ne pourra pas faire l’impasse sur les semences, et l’une des briques de cette construction pourrait être de mettre en place une Maison des Semences paysannes dans chaque région, outil commun des paysannes d’Uniterre, et point de rencontre avec les autres initiatives locales de sauvegarde de la biodiversité.

Joël Mützenberg, membre d'Uniterre

1. Lire à ce sujet la brochure Nos semences, notre futur.

viacampesina.org/fr/les-semences-notre-futur/


Plus d'informations sur l'action "adopte une semence"

https://viacampesina.org/fr/16-octobre-la-via-camp...

vendredi, 16 novembre 2018
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La coopérative Faireswiss a pris acte de la mise sur le marché, ce jeudi 1er novembre 2018, des produits portant le label Fair, un concept qui est né du même souhait, celui de voir les paysannes et paysans rémunérés équitablement pour la production laitière. Ce programme met différents critères en avant, notamment en ce qui concerne le bien-être animal, et entend octroyer 75 centimes par kilo de lait au producteur, soit une augmentation de près de 25 centimes par rapport à la moyenne actuelle dans le secteur du lait de consommation.

Les membres de Faireswiss se réjouissent de toute initiative visant à améliorer les conditions de vie et le revenu des familles paysannes. Les prix actuellement payés à la production, soit tout juste 50 centimes en moyenne, sont une insulte en regard de tout le travail fourni et des exigences toujours plus importantes. Ils regrettent cependant que le terme « équitable » utilisé ici ne corresponde pas à la réalité. En effet, les coûts de production d’un litre de lait se montent à 1.- frs, les 75 centimes proposés par le label Fair sont donc insuffisants. Rappelons encore ici que les paiements directs ne sont pas destinés à compenser un prix du marché insuffisant, mais bien à rétribuer un certain nombre de prestations, écologiques notamment, fournies par les paysannes et paysans. N’oublions pas non plus que la production laitière de montagne, abondante dans notre pays, nécessite une rémunération de 20 à 40% supérieure à ce qui est admissible en plaine.

La coopérative Faireswiss entend poursuivre ses efforts pour proposer au plus vite un lait 100% équitable, qui garantira aux paysannes et paysans un revenu décent, tout en offrant aux consommatrices et consommateurs la certitude que leur acte d’achat profitera réellement aux producteurs.

Vous trouverez plus d’informations sur la coopérative Faireswiss à l’adresse ci-dessous : www.faireswiss.ch

Calcul des coûts en production laitière :

http://www.agridea.ch/fileadmin/thematic/production_animale/9.6.1-7_couts_de_production_du_lait_2016.pdf

Lausanne, le 6 novembre 2018

Contacts presse :

Claude Demierre, président : 076 347 90 60 (fr)

Anne Chenevard, secrétaire : 079 924 51 84 (fr)

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vendredi, 16 novembre 2018
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Aux médias

L’organisation paysanne Uniterre s’est penchée sur le contenu de l’initiative populaire pour la dignité des animaux de rente (initiative dite des vaches à cornes) et a décidé de laisser la liberté de vote.

Soumis au vote populaire le 25 novembre prochain, le texte entend encourager les détentrices et détenteurs d’animaux de rente à ne plus enlever les cornes à leurs animaux, et pour se faire, il est proposé qu’une nouvelle prime, dont le montant reste à définir, soit attribuée pour chaque animal de plus de 2 ans encore pourvu de ses cornes.

Les membres d’Uniterre ne sont pas opposés à ce que l’on encourage le maintien des cornes, pas plus qu’ils ne s’opposeraient à l’écornage. Ils estiment néanmoins :

  • Que seul le/la détenteur.trice de bétail est à même de décider comment il veut travailler avec ses animaux ;
  • Que des exigences supplémentaires en termes de bien-être animal doivent être rétribuées par le biais des prix à la production, non par des paiements directs prélevés dans l’enveloppe globale dédiée à l’agriculture ;
  • Que la Constitution fédérale n’est pas l’outil adéquat pour définir de telles exigences.

De plus, Uniterre rappelle que si le bien-être animal est important, le bien-être des familles paysannes l’est encore plus, et qu’il est des problèmes plus urgents à résoudre que la présence ou l’absence de cornes au sein des troupeaux. Les instances politiques et économiques sont encouragées à trouver urgemment des solutions et des réponses au mal-être des familles paysannes.

Lausanne, le 13 novembre 2018

Contacts presse :

Rudi Berli : 078 707 78 83 (de/fr)

Vanessa Renfer : 078 821 24 83 (fr)

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vendredi, 02 novembre 2018

J’ai lu la prise de position favorable de Monsieur Jacques Bourgeois parue dans le journal genevois Le Courrier du 18 octobre 2018 relative à la libéralisation totale du marché de l’électricité et je m’en étonne. Comment peut-on prendre ainsi parti favorablement sur un sujet dont les enjeux sont aussi déterminants pour le maintien de la production des énergies renouvelables en Suisse que pour la survie de notre agriculture en cas de libéralisation du marché agricole.

Il faut aussi mettre en évidence que l’utilisation des ressources forestières, la production de biogaz par un recyclage intelligent des déchets de toutes sortes, la valorisation énergétique des surfaces de toitures…concernent directement l’agriculture et doivent être encouragées et défendues prioritairement par ceux qui ont charge de la défense professionnelle et Monsieur Bourgeois en particulier . Elles devraient en toute logique entrer dans l’appréciation de l’utilité d’ouvrir les marchés de l’électricité en favorisant d’abord toutes les énergies renouvelables potentielles, d’autant plus après la décision du Conseil Fédéral de sortir du nucléaire. On sait par ailleurs que l’électricité que l’on aimerait importer à bas coût a des origines douteuses, nucléaire, charbon, gaz de schistes et autres carburants fossiles…

Monsieur Jacques Bourgeois a été très discret sur sa prise de position en faveur de la libéralisation totale du marché de l’électricité. Après sa fébrile montée au front contre les intentions de libéralisation des marchés agricoles envisagées par Johann Schneider Ammann, il doit être bien en peine d’en assumer aujourd’hui la contradiction et sa justification, nous donnant plutôt l’impression d’être rentré discrètement dans le rang, en se ralliant sagement aux idées que défendent ses amis politiques. Un grand écart qui démontre l’ambiguïté de la politique à ce niveau et qui conduit à ce genre d’incohérence.

La libéralisation totale du marché de l’électricité met en péril la production d’énergies renouvelables locales. L’USP se doit de la refuser clairement et fermement. Elle est en tous les cas un très mauvais signal qui risque d’en freiner l’évolution. Cette fuite en avant évite aussi le débat, lié à l’urgence climatique, sur le type de développement souhaitable pour l’avenir de notre société et de la Planète, question qu’il devient chaque jour plus urgent de se poser.

Alexis Corthay

jeudi, 01 novembre 2018

Berne, le 29 octobre 2018. La Suisse est en train de négocier un accord de libre-échange avec les États du Mercosur. Présentée lors de la conférence de presse qui s’est tenue aujourd'hui, la coalition sur le Mercosur1 dit oui à cet accord, mais pas à tout prix. Elle exige que des critères contraignants de durabilité y figurent pour ne pas compromettre les produits agricoles sensibles ni la protection des consommateurs.

Depuis juin 2017, la Suisse négocie un accord de libre-échange avec les États du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay) dans le cadre de l’AELE. L’économie suisse d’exportation espère obtenir ainsi un meilleur accès aux marchés sud-américains. Cependant, cet accord aura aussi des répercussions sur les familles paysannes et l’environnement dans les États du Mercosur d’une part, et sur l'agriculture suisse, les emplois dans l'industrie alimentaire et les consommateurs suisses d’autre part. La coalition sur le Mercosur nouvellement formée souhaite que la politique et la société débattent de ces répercussions et proposent des solutions raisonnables.

La coalition sur le Mercosur ne s’oppose pas à un accord de libre-échange en soi, mais demande que des critères concrets et contraignants de durabilité y soient inscrits. Lors de la conférence de presse, les organisations associées, toutes actives dans la protection des consommateurs, des animaux ou dans l’aide au développement, ainsi que des fédérations paysannes, ont fait part de leurs craintes ainsi que de leurs exigences quant à un accord durable. Les organisations présentes dans les États du Mercosur partagent ces revendications, comme l'a expliqué Natalia Carrau, membre du groupe uruguayen de l'organisation Les Amis de la Terre. Natalia Carrau a souligné : « Déjà aujourd’hui, l’agriculture industrielle, qui est entre les mains des multinationales, met sous pression les exploitations agricoles familiales en Amérique du Sud. Avec les accords de libre-échange avec l’Europe et l’augmentation de l’exportation des produits agricoles qu’ils entraînent, cette pression va augmenter encore. »

Pour identifier les risques avant la conclusion de l’accord, la coalition sur le Mercosur demande au Conseil fédéral d’effectuer au préalable une analyse indépendante sur la durabilité. Les résultats, qui serviront de base pour les négociations, seront communiqués de manière transparente et impartiale. La coalition sur le Mercosur demande en outre que l'accord prévoie un chapitre sur la durabilité, avec des objectifs ambitieux et mesurables, ainsi que des mécanismes contraignants de sanction. La mise en oeuvre de l’Agenda 2030, ou plutôt des objectifs de développement durable fixés par l'ONU, le respect des traités internationaux applicables dans le cas présent et de l’art. 104a, let. d., Cst. sur la sécurité alimentaire et le commerce durable devront figurer dans ce chapitre, de même que des aspects sur la protection des animaux et la mise en oeuvre de l’accord de Paris sur le climat.

Les concessions faites en matière d'importation de produits agricoles sensibles devront impérativement être limitées aux contingents de l’OMC. De plus, la viande importée des pays du Mercosur ne devra présenter aucun stimulateur de performance et de croissance, et devra avoir été produite dans le respect de standards élevés en matière de protection des animaux et de sécurité alimentaire. Par ailleurs, la Suisse continuera de n’acheter que du soja exempt d'OGM. Pour ne pas miner la protection des consommateurs, les contrôles et l’indication de la provenance des produits importés devront être améliorés, et les lacunes comblées.


1. Membres : SWISSAID, Alliance Sud, Union suisse des paysans, Fédération romande des consommateurs, Protection suisse des animaux, Public Eye, Pain pour le prochain et Uniterre

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vendredi, 26 octobre 2018
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Par souci de cohérence, les gouvernements de l'UE doivent voter en sa faveur

Bruxelles - Jeudi 25 octobre 2018 – Aujourd'hui la «Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysans et autres personnes travaillant en zone rurale» va être présentée devant l’Assemblée générale de Nations unies à New York*. Enfin ! Peuvent dirent les millions de paysans et paysannes de La Vía Campesina, qui avec des organisations d’éleveurs pastoraux, de pêcheurs artisanaux, de travailleurs agricoles et de peuples indigènes et l’appui de plusieurs ONG, mènent une action inlassable depuis près de deux décennies pour que les droits des populations rurales soient mieux reconnus et protégés.

En effet, les paysans souffrent de façon disproportionnée de la faim et de la pauvreté**. On estime que sur les 821 millions de personnes qui souffrent de la faim dans le monde (chiffre ONU 2018) 80 % vivent dans les zones rurales. Ils sont particulièrement vulnérables et discriminés, souffrant d’expulsions forcées, et de manque d’accès aux ressources indispensables; terre, semences, crédit, éducation, justice et services de base. Pourtant, les petits producteurs d’aliments contribuent pour 70 % en moyenne à l’alimentation du monde, ce chiffre atteignant plus de 80 % dans les pays dits en développement, et leur rôle déterminant dans la lutte sur le changement climatique et sur la conservation de la biodiversité est largement reconnu.

Le soutien des citoyens est largement acquis au niveau international, ainsi qu’au niveau Européen. Le Comité économique et social européen a soutenu la Déclaration et le Parlement a voté une résolution avec laquelle demandait le soutien des États membres européens au projet.

En France, dans un avis du 2 octobre, la Commission nationale consultative des Droits de l’Homme a appelé le gouvernement Français à donner son appui au texte. La FAO, ainsi que l’ancien rapporteur au droit à l’alimentation Olivier de Schutter et Hilal Elver, qui lui a succédé, ont apporté leur soutien à la déclaration.

Cependant, la plupart des gouvernements d’Europe se sont jusqu’à présent abstenus dans le processus onusien.


Gageons que dans un soucis de cohérence avec les accords de Paris pour le climat, l’engagement pour les Objectifs de développement durable 2030 - notamment l’objectif 2 d’éradiquer la faim - et les engagements annoncés par la diplomatie européenne pour un monde plus juste et plus stable, nos gouvernements oseront prendre la bonne décision et voter clairement et unanimement en faveur de la Déclaration.

Et rappelons que si les déclarations n’ont pas de valeur contraignante, l’existence d’un tel instrument, voulu et porté par les personnes concernées, serait un grand signe de reconnaissance envers les paysans et paysannes européens, qui travaillent dur pour gagner leur vie et nourrir les gens, et d’encouragement pour les populations rurales.

Contact:

  • Ramona Duminicioiu – Comité de Coordination d’ECVC: +40 264 599 204 (RO FR EN ES)
  • Genevieve Savigny – Groupe droits des paysans ECVC: +33 625 551 687 (FR EN ES)

ECVC = European Coordination Via Campesina

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Note pour éditeurs:

*La «Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysans et autres personnes travaillant en zone rurale» va être présentée devant la troisième commission de l’Assemblée générales de Nations unies qui traite des droits de l’homme. Après un dernier groupe de travail intergouvernemental en avril 2018 et un vote largement positif au Conseil des droits de l’homme le 28 septembre dernier, le président-rapporteur M. Ruddy José Flores Monterrey de la Mission de Bolivie à Genève va exposer la résolution en faveur de ce nouvel instrument destiné à rassembler – préciser – exposer les droits des paysans et autres travailleurs ruraux, hommes et femmes.

** Étude préliminaire du Comité consultatif des droits de l’homme (2012).

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mardi, 23 octobre 2018
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Nous cherchons une famille qui désire rejoindre l’équipe à plein temps dès le 01/01/2019 ou à convenir.

Inclut l’habitation sur place, impliquant un engagement dans la communauté à moyen terme, voire à long terme.

De l’expérience dans le domaine de l’agriculture serait souhaitée.

Vous trouverez plus d'informations sur la ferme sur notre site: www.cernievillers.ch.

En cas d'intérêt, merci de nous contacter au 032 952 19 19.

mercredi, 17 octobre 2018
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A l'occasion de la journée internationale d'actions pour la souveraineté alimentaire des peuples et contre les multinationales, La Via Campesina relance la « Campagne mondiale pour les semences, un héritage des peuples au service de l'humanité »

(Harare, le 16 octobre 2018)

Les semences paysannes sont un patrimoine des peuples au service de l'humanité. Elles sont la base de la production alimentaire mondiale et permettent aux paysannes et paysans de produire et aux consommateurs et citoyens de trouver une alimentation saine et diversifiée. Elles nous permettent de résister, maintenir nos cultures ancestrales et défendre notre identité paysanne.

Or, ces graines de vie sont menacées par les politiques semencières des pays riches, les accords de libre-échange et l'agribusiness. Sous prétexte "d'améliorer" la productivité des semences, l'agribusiness a créé un système semencier néolibéral qui a homogénéisé, appauvri et monopolisé les semences, provoquant la perte des trois quarts de la diversité semencière et annihilant une diversité que les peuples – grâce aux travail des paysannes et paysans – avaient mis 10000 ans à générer.

Trois entreprises, Monsanto-Bayer, Syngenta-ChemChina et Dupont-Dow, contrôlent plus de 50% des semences commerciales dans le monde – de plus en plus souvent des semences génétiquement modifiées afin de résister aux herbicides et produire des insecticides. Sous l'impulsion de l'OMC, de la banque mondiale et du FMI, et au travers des accords de libre-échange ainsi que des lois brevetant les semences et protégeant les droits des obtenteurs, comme les normes UPOV, ce système semencier n'autorise que la circulation de ses propres semences, criminalisant la sauvegarde, l'échange, le don et la vente des semences paysannes locales.

La situation est telle que les paysans et les paysannes ont perdu beaucoup de leurs semences locales, sont mis en prison pour la défense et l'échange de leur patrimoine semencier, et risquent les rafles et la saisie de leurs graines. La biodiversité est détruite par l'utilisation d'engrais chimiques, de semences hybrides et d'organismes génétiquement modifiés développés par les entreprises multinationales. Les citoyennes et citoyens ont difficilement accès à une alimentation saine, diversifiée et bonne pour leur santé.

La Via Campesina et ses alliés se battent pour changer la donne. Partout dans le monde, La Via Campesina et ses organisations membres multiplient les efforts de formation, d'éducation, de soutien mutuel et d'échange des semences. Nous nous battons pour que les lois nationales et les traités internationaux garantissent les droits des paysans de conserver, utiliser, échanger vendre et protéger leurs semences contre la biopiraterie et les contaminations génétiques, nous rédigeons des livres sur l'histoire des semences, réalisons des études et des cartographies. Nous fondons aussi des écoles d'agroécologie et organisons des foires d'échange de semences paysannes. Nous exerçons notre droit d'autodétermination pour sélectionner les variétés de semences que nous voulons planter et rejeter les variétés dangereuses économiquement, écologiquement et culturellement. Ce sont des droits affirmés par le Traité International sur les Ressources Phytogénétiques pour l'Alimentation et l'Agriculture et par la Déclaration des Nations unies sur les droits paysans qui vient d'être adoptée par le Conseil des Droits de l'Homme à Genève. C'est également le seul moyen de garantir une alimentation saine aux citoyens, la préservation de la biodiversité et l'atteinte de la souveraineté alimentaire.

C'est dans cet esprit que nous avons lancé en 2001 à Rome la Campagne Internationale des Semences Paysannes, patrimoine des peuples au service de l'humanité, dans l'objectif de promouvoir la récupération des systèmes traditionnels de conservation, d'entretien et d'échange des graines locales et les droits collectifs inaliénables des paysans sur leurs semences. En ce 16 octobre 2018, à l'occasion de la journée mondiale d'Action pour la souveraineté alimentaire des peuples et contre les multinationales, nous relançons cette campagne et l'action « Adoptez une semence ».

Nous appelons chaque agriculteur, famille paysanne ou communauté à s'engager dans l'adoption d'une variété de semences végétale ou animale, à devenir le gardien de cette semence, en assurant sa propagation, sa reproduction et sa distribution et s'engager dans la défense collective de ses droits de les utiliser, les échanger, les vendre et les protéger. Nous créerons ainsi un grand réseau de semences paysannes permettant de sauver celles qui sont devenues rares et d'étendre la production vers la souveraineté alimentaire des peuples.

En adoptant une semence, les familles paysannes préservent leur identité et leur territoire et affirment leur mode de vie paysan. Elles revendiquent la mémoire historique et la culture ancestrale de la gestion des semences, en promouvant une agriculture écologique urbaine et rurale qui reproduit le miracle des semences et des aliments plus nombreux et de meilleure qualité, goût et valeur nutritionnelle.

Aucune mesure gouvernementale ne peut limiter les droits collectifs des paysans d'utiliser d'échanger et de vendre leurs des semences. Le consentement libre entre paysannes et paysans devrait être appliqué sans restriction.

La Via Campesina

Sans semences, il n'y a pas d'agriculture ; sans agriculture, il n'y a pas de nourriture ; et sans nourriture, il n'y a pas de peuples.

Nous nourrissons nos peuples et construisons le mouvement pour changer le monde !

mardi, 02 octobre 2018
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Cette année encore, les producteur.trice.s de lait ont vu, dans de très nombreux cas, leur récolte de fourrages fortement impactée par la sécheresse persistante. Les conséquences en sont désastreuses : la production laitière de l’été a été réduite, de nombreuses exploitations ont dû entamer leur réserve hivernale (réserve rendue bien maigre à cause des conditions climatiques), et pour beaucoup d’entre elles, l’envoi prématuré de bétail à l’abattoir s’est avéré être une double peine, car le prix du bétail de boucherie a subi la loi de l’offre et la demande, conduisant à son effondrement. Pendant ce temps, les importations de viande ont continué, au contraire de ce que nous dicte le bon sens.

Il est dès lors consternant d’apprendre que l’IP lait, au cours de deux séances qui se sont tenues à la fin de l’été, a refusé d’entrer en matière pour offrir une hausse du prix indicatif du lait d’industrie aux producteur.trice.s. Le prix du lait proposé est déjà insuffisant en temps normal, il est devenu honteux en l’état actuel des choses. Quelle que soit la direction où on regarde, le paysan.ne est puni.e.

Dans la série des tristes nouvelles, l’IP lait se targue d’avoir défini un cahier des charges pour la production de lait durable. Une liste de critères que les productrices et producteurs doivent respecter afin d’obtenir un supplément de prix. A la lecture de ces éléments, on ne sait si l’on doit rire ou pleurer. Plusieurs de ces points découlent du bon sens, mais certains sont à la limite de la farce :

  • il est interdit d’affourager de l’huile de palme. Bravo ! Mais on continuera de concurrencer le beurre et l’huile de colza par des importations massives pour l’alimentation humaine, au détriment de la santé, de l’écologie, et du revenu agricole suisse.
  • La vache doit porter un nom. Ou comment tenter de masquer la détresse de nos paysannes et paysans sous couvert du respect de l’animal.

Pour cela et pour 8 autres exigences, les producteur.trice.s peuvent espérer toucher 2 centimes de plus par kilo. Cette hausse dérisoire est grotesque. Elle n’empêchera pas la disparition et la restructuration de nos fermes laitières, et fera de ce lait durable une coquille vide de plus dans la jungle des labels. Nous le rappelons ici, un lait ne saurait être durable sans être équitable, et avec ce projet, nous en sommes très loin.

De plus, nous pouvons légitimement nous interroger sur les intentions de la Fédération Suisse des Producteurs de Lait (FPSL) ; la promotion du lait durable engendrera des recettes confortables pour la grande distribution, alors que les paysan.ne.s devront une fois de plus se contenter des miettes; à quand une répartition équitable de la plus-value dans la filière ? C’est là que se situe le véritable enjeu.

Nous saluons toutefois la récente décision du Conseil national d’examiner la possibilité d’un retour du contingentement laitier, qui permettrait, comme Uniterre l’affirme depuis son abandon en 2009, la régulation des quantités produites, et qui mettrait un terme aux surplus saisonniers exportés à vil prix. Nous suivrons ce dossier avec attention.

Lausanne, le 2 octobre 2018

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vendredi, 28 septembre 2018
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Le Conseil des droits de l’homme a voté en faveur de la déclaration sur les droits des paysans et autres personnes travaillant dans les zones rurales.

Cela après 6 années de négociation au sein du CDH menées avec beaucoup d’engagement de la part de la Mission de Bolivie à Genève, de La Via Campesina, du Cetim et de FIAN et Pain pour le prochain, l’EPER et Swissaid.

Nous saluons le soutien constant de la Suisse durant tout le processus de négociation et son vote positif aujourd’hui : le seul vote positif d’un pays européen !

Communiqué de presse commun Pain pour le Prochain, Swissaid, Uniterre, CETIM, etc

Communiqué de presse de la Coordination Européenne Via Campesina