lundi, 03 mai 2021
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La pétition "De meilleures conditions de travail pour les salarié.e.s dans l’agriculture" a été lancée lors de la fête des travailleuses et travailleurs du 1er mai. L'idée de cette pétition est venue d'un groupe de militant.e.s qui ont participé aux assises "Résistance au plat du jour" à Berne en février 2020.

Vous souvenez-vous du débat médiatique qui a eu lieu il y a environ un an, lorsqu'au début de la saison des asperges, on ne savait soudain plus si suffisamment de travailleurs saisonniers pouvaient venir dans les champs suisses en raison des restrictions de voyage imposées à la suite de la pandémie de COVID-19 ? Soudain, le travail agricole a été considéré comme systémique et, pendant un court moment, il a semblé que les conditions de travail précaires des travailleurs agricoles pouvaient enfin trouver plus de publicité.

Malheureusement, les conditions scandaleuses dans lesquelles de nombreux travailleurs et travailleuses agricoles, principalement migrant.e.s, doivent accomplir leur travail n'ont guère changé depuis lors. Nombreux sont celles et ceux qui continuent à travailler dur pendant de longues heures pour un salaire dérisoire, sans bénéficier d'une protection juridique suffisante.

Par conséquent, avec cette pétition, qui est adressée aux gouvernements cantonaux de Berne et de Zurich, ils souhaitent initier une amélioration des conditions de vie et de travail des travailleurs et travailleuse agricoles, principalement migrant.e.s, et contribuer en même temps à un débat social plus large pour une transformation socio-écologique de notre production alimentaire.

Ils demandent que les contrats-types de travail cantonaux (ctt) des cantons de Berne et de Zurich soient adaptés aux conditions de travail habituelles en Suisse :

  1. Semaine de 45 heures en moyenne annuelle (précédemment : 55) avec une limitation des heures supplémentaires

    2. Introduction d'un salaire minimum obligatoire de 4 000 francs suisses bruts par mois.


Rdv ici pour signer la pétition :https://mailchi.mp/0597975e29d7/wir-bleiben-dran-m...

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mercredi, 14 avril 2021
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Uniterre s’est à nouveau penché sur les initiatives en lien avec l’agriculture qui seront en votation le 13 juin 2021. Voici les points essentiels qui en ressortent :

Liberté de vote pour « l’Initiative pour une Suisse sans pesticides de synthèse »

Vouloir se passer totalement de pesticides de synthèse est tout à fait louable et c’est ce vers quoi notre société doit tendre si nous voulons à l’avenir disposer de sols vivants et cultivables, et donc pouvoir nous nourrir. MAIS pour en arriver là, nous devons garantir aux paysan.ne.s notamment des prix équitables, un accompagnement dans la transition, et un engagement concret de la part des consommateur.trice.s : retrouvez toutes nos revendications ci-après dans l‘annexe 1.

Au delà des conflits pro ou anti phytosanitaires, nous voulons à Uniterre nous recentrer sur la vraie et lancinante problématique des prix ainsi que sur la remise en question totale d’un système qui ne fait que dégrader et détruire le monde paysan : un marché toujours plus dérégulé et une diminution de la souveraineté alimentaire au profit d’un libre-échange accru. C’est tout ce système qu’il faut remettre à plat !

C’est aux consommateur.trice.s de choisir le 13 juin 2021 de quelle alimentation ils.elles souhaitent disposer à l’avenir. Et si tel est leur souhait de se passer de pesticides de synthèse, alors nous nous battrons pour poser un cadre fort sur lequel s'appuyer pour bâtir nos revendications.

Non pour « l’Initiative pour une eau potable propre et une alimentation saine »

Il s’agit d’un projet punitif qui désigne les familles paysannes comme seules coupables des pollutions observables dans nos cours d’eau. Nous estimons que ce texte offre une très mauvaise solution au problème en présence. De plus, le point le plus grave concerne les importations. En omettant volontairement ce chapitre, l’initiative fait la promotion d’une agriculture suisse bien propre en ordre, sans se soucier de ce qu’il se passe chez nos voisin.e.s, ou à l’autre bout du monde. Ne serait-ce pas là la mise en place d’un système à deux vitesses ? Retrouvez notre argumentaire complet ci-après dans l‘annexe 2.

La campagne du 2 fois NON est contre-productive

Nous déplorons certains des arguments mis en avant dans le cadre de la campagne contre ces initiatives : dire que le prix de la nourriture exploserait, est-ce bien judicieux ? Alors que nous devons nous battre pour des prix plus justes payés aux paysan.ne.s ! Des emplois disparaitront peut-être ? Mais au contraire, une agriculture qui se passe de pesticides de synthèse nécessite une main d’œuvre plus importante ! Enfin, mettre dans le même panier ces deux initiatives est totalement contre-productif.

Ces initiatives auraient pu être l’occasion d’entamer un vrai DEBAT sur le système alimentaire que nous voulons pour le futur et auraient pu donner la possibilité de revaloriser le noble travail que font chaque jour nos paysan.ne.s, à savoir nous nourrir ! Au lieu de cela, nous assistons à une guerre stérile, qui est en train de diviser le monde paysan, ce que nous déplorons vivement. « Diviser, pour mieux régner ! », nous y revenons encore et encore…

Uniterre continuera la lutte pour des prix rémunérateurs et assurera son travail de défense professionnelle.

Contacts presse :

Rudi Berli, 078 707 78 83 (D/F)

Vanessa Renfer, 078 821 24 83 (F)

Annexe 1 : Argumentaire initiative pour une Suisse sans pesticides de synthèse

L’initiative « Pour une Suisse libre de pesticides de Synthèse », dite également Future 3.0, demande, dans un délai de 10 ans, l’interdiction de l’utilisation des produits phytosanitaires de synthèse en agriculture mais également pour l’entretien des paysages, espaces verts et espaces publics. Elle demande également à ce que les produits importés – pour l’alimentation humaine et animale – soient exempts de ces substances.

On ne peut nier les faits suivants :

  • La pression des consommateur.trice.s pour des produits exempts de pesticides de synthèse est de plus en plus forte.
  • Nous assistons à un effondrement de la biodiversité ; à une dégradation de la qualité des sols et de l’eau, dont l’agriculture est en partie responsable.
  • La recherche tire la sonnette d’alarme sur les conséquences dramatiques des produits phytosanitaires de synthèse sur la santé et avant tout sur celle des paysan.ne.s.

MAIS AUSSI que :

  • Nous assistons à la disparition du monde paysan : passage de 19% d’actifs agricoles en 1955 à 2% en 2005 ; à la disparition des fermes et des terres agricoles.
  • Les paysan.ne.s ont de moins en moins de marge de manœuvre ; on leur impose de plus en plus de contraintes environnementales et sur le bien-être animal ALORS QUE la pression sur les prix payés à la production s’intensifie: les paysan.ne.s ne sont pas rémunérés à hauteur du travail fourni et des exigences demandées.
  • Les paysan.ne.s sont de plus en plus endetté.e.s.

Vouloir se passer totalement de pesticides de synthèse est tout à fait louable et c’est ce vers quoi notre société doit tendre si nous voulons à l’avenir disposer de sols vivants et cultivables, et donc pouvoir nous nourrir.

MAIS pour en arriver là, nous devons garantir aux paysan.ne.s :

  • Des prix équitables, c’est-à-dire des prix qui couvrent les coûts de production, ce qui sous-entend :
    • Un engagement fort des consommateur.trice.s de consommer local et d’accepter que se nourrir a un coût : est-ce normal que la part actuelle de notre budget allouée à l’alimentation ne représente que 7% ? Il faudra toutefois trouver une solution pour aider les familles avec de très bas revenus, car une alimentation saine est un droit, pas un luxe.
    • Une prise de conscience de la grande distribution de sa responsabilité sociale, environnementale et économique qu’impactent directement ses stratégies commerciales (pression sur les prix, marges élevées, importations, etc.)
    • La mise sur pied par la Confédération d’un cadre assurant aux producteur.trice.s une information claire et transparente sur les marchés, sur les marges réalisées à toutes les étapes de la chaîne de valeur et surtout la participation pleine et éclairée des producteur.trice.s aux décisions sans distorsion de pouvoir. Cela conformément aux articles 2.3, 11 et 16 de la Déclaration sur les droits des paysan.ne.s.[1]
    • La Suisse doit également veiller à ce que les entreprises commerciales situées sur son territoire respectent et renforcent les droits des paysan.ne.s (art. 2.5).


--> Si demain, une production agricole sans pesticides de synthèse devient la norme, nous devons garantir que les prix à la production soient ajustés à la hausse et non nivelés vers le bas.

Si l’initiative venait à passer, nous exigeons :

  • Des mesures concrètes de la Confédération :
    • Les produits importés répondent aux mêmes obligations de production que la production indigène, sinon, ils sont interdits.
    • Une prise en charge garantie et prioritaire des produits indigènes.
    • Les importations ne viennent combler que les manques dans la production indigène.
  • D’investir massivement dans la recherche publique : dans certains cas, traiter ses cultures est indispensable, nous devons pour cela permettre de trouver des alternatives qui ne mettent en danger ni la santé humaine, ni animale, et qui préservent la santé des sols et la qualité des eaux. Il faut également intensifier la recherche de variétés résistantes aux maladies et aux aléas climatiques.
  • Favoriser les pratiques agro-écologiques : méthodes culturales, lutte intégrée, prévention des maladies, etc.
  • Accompagner les paysan.ne.s pour la phase de transition :
    • Revaloriser les salaires agricoles pour augmenter le nombre d’actifs travaillant dans l’agriculture
    • Adapter la formation initiale et complémentaire aux nouveaux défis
    • Renforcer la vulgarisation agricole par la formation de formateur.trice.s et la diffusion large de formations aux paysan.ne.s
  • Prendre des mesures concrètes pour stopper le gaspillage alimentaire : 2’600’000 tonnes d’aliments sont perdus chaque année en Suisse. Ce qui permettrait notamment de compenser les baisses de rendement, pouvant aller de 10 à 40% selon les cultures.
  • Sortir les produits agricoles des accords de libre-échange : ce sont bien les accords de libre-échange actuels qui mettent en danger l’approvisionnement local. Il suffit de regarder les dégâts que cela a provoqué dans le secteur viticole ! Libre-marché et plus de durabilité sont incompatibles !
  • Investir dans la sensibilisation et information des consommateur.trice.s.

--> Tout ce que nous demandons ici n’est rien d’autre que la Souveraineté Alimentaire, pour laquelle Uniterre se bat depuis des décennies au côté de La Via Campesina ! Et elle peut devenir réalité par la mise en œuvre de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des paysan.ne.s et des autres personnes travaillant dans les zones rurales dans les politiques intérieures et extérieures de la Suisse.

Si l’initiative venait à passer, il s’agit d’un projet de société où toutes et tous, nous sommes concerné.e.s. Nous ne pouvons demander aux paysan.ne.s d’assumer seuls ce tournant. Ce serait un changement radical de paradigme qui serait demandé et un vrai partenariat entre les consommateur.trice.s et les producteur.trice.s !


Annexe 2 : Argumentaire initiative pour une eau potable propre et une alimentation saine

L’initiative pour une eau potable propre et une alimentation saine souhaite conditionner l’obtention des paiements directs à plusieurs nouvelles règles, qui sont le renoncement aux pesticides de synthèse, le renoncement à l’utilisation de l’antibiothérapie prophylactique dans les troupeaux, et la détention d’animaux uniquement si leur fourrage peut être produit à 100% sur la ferme. Contrairement au premier texte, elle ne dit rien quant à la problématique des importations, et ne demande d’efforts qu’aux familles paysannes.

Un même but louable donc, mais un levier bien différent. Il s’agit d’un projet punitif qui désigne les familles paysannes comme seules coupables des pollutions observables dans nos cours d’eau. Dans leur argumentaire, le comité d’initiative a même l’audace d’affirmer que la population suisse paie les paysan.ne.s, via ses impôts et les paiements directs, pour polluer.

Nous estimons que ce texte offre une très mauvaise solution au problème en présence. S’il est bien clair que la majorité des exploitations n’auraient d’autre choix que de se soumettre aux nouvelles conditions d’obtention des paiements directs, l’initiative n’interdit de fait pas l’utilisation des produits phytosanitaires sur le territoire helvétique. Dans certaines branches de production, telles que la viticulture ou l’arboriculture, il n’est pas insensé de concevoir que des producteurs feraient le choix de poursuivre leur travail avec les substances en question.

Le point le plus grave concerne cependant les importations. En omettant volontairement ce chapitre, l’initiative fait la promotion d’une agriculture suisse bien propre en ordre, sans se soucier de ce qu’il se passe chez nos voisins, ou à l’autre bout du monde. Ne serait-ce pas là la mise en place d’un système à deux vitesses ? Or, Uniterre a toujours fait la promotion d’une alimentation saine, basée sur un système de production familial, paysan, le plus respectueux possible, et cela pour toutes les couches de la population.

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[1] La Suisse a l’obligation de tout mettre en œuvre pour renforcer la position des paysan.ne.s lors des négociations (art. 9.3), en tenant compte des déséquilibres de pouvoir existant entre les différentes parties et en garantissant leur participation active, libre, effective et éclairée (art 2.3). L’accès à l’information étant un point déterminant pour pouvoir négocier, les paysan.ne.s ont le droit de recevoir des informations concernant les facteurs susceptibles d’influer sur la production, la transformation, la commercialisation et la distribution de leurs produits (art 11.1).

jeudi, 17 décembre 2020
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Deux ans après l'adoption de la Déclaration des Nations unies sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales (UNDROP), il reste encore beaucoup à faire pour mettre en œuvre et garantir les droits qu'elle énonce. Le Pacte Vert, la stratégie "De la Ferme à la Table" (F2F) et les plans stratégiques de la PAC sont le point de départ.

Uniterre travaille avec une coalition suisse d’ONG pour que la UNDROP soit mise en oeuvre dans les politiques suisses dont la politique agricole 22+.

Pour la Coordination Européenne Via Campesina (ECVC), les objectifs de la stratégie "De la Ferme à la Table" et du "Pacte Vert" européen ne peuvent être atteints qu'en intégrant des mesures claires pour mettre en œuvre l'UNDROP, y compris dans les plans stratégiques nationaux de la PAC. Les méthodes agroécologiques paysannes et l'agriculture familiale offrent des solutions toutes faites et éprouvées aux problèmes de climat et de biodiversité. De plus, une réorientation claire de la politique européenne en faveur de ces pratiques contribuerait à éviter les violations des droits de l’homme, ainsi que les difficultés économiques et sociales auxquelles font face les petites exploitantes agricoles, les travailleurseuses agricoles et migrantes, beaucoup de ces difficultés ayant été mises en évidence et exacerbés par la pandémie COVID19.

L'UNDROP représente une opportunité de transformer les systèmes alimentaires de manière holistique, avec la vision à long terme nécessaire pour lutter contre le changement climatique. Les droits présentés dans cette déclaration, s'ils sont respectés et utilisés comme cadre, permettraient à l'UE d'atteindre les objectifs du Pacte Vert. Pour ne citer que quelques exemples, la mise en œuvre correcte de l'article 14, visant à garantir des conditions de travail saines aux paysanes et aux travailleurseuses migrantes, aurait pu éviter les conditions de travail dangereuses des travailleurseuses des abattoirs et d'autres secteurs agroalimentaires en Europe lors de la récente pandémie.[i] D'autres sous-sections de l'article 14, relatives à l'utilisation et à la manipulation de produits chimiques toxiques et nocifs, ainsi que le droit aux semences paysannes traditionnelles souligné à l'article 19, sont essentielles pour atteindre les objectifs de l'UE en matière de réduction des pesticides et de prévention de la pollution des zones naturelles. [ii]Si les droits énoncés à l'article 17, relatifs à l'accès aux terres, à leur utilisation et à leur contrôle, étaient protégés, l'accaparement et la concentration des terres qui contribuent à des pertes importantes de biodiversité pourraient être combattus et l'UE pourrait se concentrer davantage sur l'agriculture de prochaine génération (un sujet clé de la conférence sur les perspectives agricoles, qui se déroule aujourd'hui). [iii]

Les parallèles évidents qui peuvent être établis entre les résultats de la bonne mise en œuvre de l'UNDROP et les objectifs du Pacte Vert et de la stratégie F2F soulignent le rôle important que les paysanes, véritable épine dorsale de l'agriculture européenne, doivent jouer dans la transition agricole urgente.

Cet outil juridique propose une feuille de route législative toute prête pour les institutions de l'UE et les États membres, afin de garantir que les objectifs fixés pour l'avenir de l'agriculture européenne puissent être atteints d'une manière efficace et démocratique, en ne laissant vraiment "personne pour compte". En outre, tant au niveau européen que national, les nombreuses organisations qui se battent depuis des décennies pour mettre en œuvre et garantir ces droits, telles qu'ECVC, ses organisations membres et ses alliées, peuvent offrir leur expertise sur les propositions politiques en vue d'un changement de paradigme et d'un véritable changement pour nos systèmes alimentaires et, par conséquent, pour la société et la planète. Le fait de se concentrer sur des solutions techniques et numériques purement orientées vers le profit favorise une plus grande intensification de l’agriculture (élevage intensif et monocultures), et permet à l'industrie alimentaire à grande échelle de maintenir le statu quo et de faire payer aux générations futures les coûts des impacts à long terme de ces modèles de production. Au contraire, il est maintenant temps de mettre en place des politiques alimentaires et agricoles équitables favorisant des économies saines et un modèle de production et de distribution équitable, qui garantissent le droit à une alimentation de qualité pour tous les citoyens.

L'UE doit veiller à ce que la stratégie "De la Ferme à la Table" soit conforme à la déclaration de l'UNDROP et utiliser ces outils, ressources et connaissances pour agir maintenant, avant qu'il ne soit trop tard.

Pour en savoir plus sur l'UNDROP et sur la manière dont sa mise en œuvre peut contribuer à atteindre les objectifs du Pacte Vert et de la stratégie "De la Ferme à la Table", vous pouvez consulter les ressources ci-dessous :

Lire l'UNDROP dans les différentes langues de l'ONU

Vidéo d’ECVC sur l'UNDROP

Webinaire d’ECVC sur la souveraineté alimentaire et la stratégie "De la Ferme à la Table" (Farm to Fork)

Les principales demandes d'ECVC pour la stratégie "De la Ferme à la Table" (Farm to Fork)


[i] Article 14 1. Les paysans et les autres personnes travaillant dans les zones rurales, qu'il s'agisse de travailleurs temporaires, saisonniers ou migrants, ont le droit de travailler dans des conditions de sécurité et d'hygiène, de participer à l'application et à l'examen des mesures de sécurité et d'hygiène, de choisir des représentants en matière de sécurité et d'hygiène et des représentants dans les comités de sécurité et d'hygiène, de mettre en oeuvre des mesures visant à prévenir, réduire et maîtriser les dangers et les risques, d'avoir accès à des vêtements et équipements de protection adéquats et appropriés ainsi qu'à une information et une formation adéquates sur la sécurité au travail, de travailler sans violence ni harcèlement, y compris le harcèlement sexuel, de signaler les conditions de travail dangereuses et insalubres et de se soustraire aux dangers résultant de leur activité professionnelle lorsqu'ils ont des raisons de croire qu'il existe un risque imminent et grave pour leur sécurité ou leur santé, sans subir de représailles liées au travail pour avoir exercé ces droits.

[ii] Article 14 4. (a)-(e) et article 19.1-19.8

[iii] Article 17.6 Le cas échéant, les Etats prennent les mesures appropriées pour mener des réformes agraires afin de faciliter un accès large et équitable à la terre et aux autres ressources naturelles nécessaires pour assurer aux paysans et aux autres personnes travaillant dans les zones rurales des conditions de vie adéquates, et pour limiter la concentration et le contrôle excessifs de la terre, compte tenu de sa fonction sociale. Les paysans sans terre, les jeunes, les petits pêcheurs et les autres travailleurs ruraux devraient être prioritaires dans l'attribution des terres publiques, des pêcheries et des forêts.


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Vidéos

Victoire massive alors que l’ONU adopte la Déclaration des droits des paysans !

https://vimeo.com/307418768

Quel est l’impact de COVID 19 sur les producteurs de denrées alimentaires ?

https://vimeo.com/405108346

lundi, 23 novembre 2020
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Des acteurs et actrices du commerce équitable à Genève appellent à résister aux sirènes du Black Friday et à soutenir le commerce de proximité équitable

Dans un contexte chamboulé par une fragilisation de nos systèmes économiques, notre consommation doit être fondamentalement revue. En réaction à la consommation frénétique du Black Friday, des acteurs et actrices du commerce équitable à Genève vous invitent à vous mobiliser pour favoriser une consommation qui replace l’humain et l’environnement au centre de nos achats.

Afin de rappeler la nécessité du respect des normes environnementales et sociales tout au long de la chaîne de création de valeur et celle de garantir un prix décent aux producteurs et productrices de nos biens de consommation, des acteurs et actrices du commerce équitable à Genève (voir contacts ci-dessous) avaient décidé d’organiser, du 21 au 28 novembre 2020, une semaine équitable, la Fair Week, en réaction à la consommation frénétique du Black Friday. Un programme riche était proposé qui a dû être annulé mais les acteurs et actrices du commerce équitable vous invitent à vous mobiliser pour favoriser une consommation qui replace l’humain et l’environnement au centre de nos achats.

Le Black Friday ou la frénésie des achats

En Suisse, le Black Friday est une tradition relativement récente qui s’est propagée à la vitesse d’un virus (patient zéro: Manor en 2014). Chaque année les chiffres dépassent ceux des années précédentes au point d’être devenu, même chez nous, le jour de shopping le plus importantde l’année.La plus grande partie des ventes se fait surtout en ligne au cours de la Cyber Week qui commence le lundi Cyber Monday avant le Black Friday, et dure 8 jours.

Mais ce sont les grosses structures qui gèrent des quantités énormes et peuvent bénéficier d’économies d’échelle qui sortent gagnantes de cette course aux bas prix en faisant pression auprès de tous les acteurs de la chaîne, pour qu’ils réduisent leurs coûts. Le prix à payer:l’exploitation des travailleuses et travailleurs et des productrices et producteurs tout le long de la chaîne de production, de transport et de distribution. Comme le dénonce l’ONG Zerowastefrance,«Les promotions n’existent pas, il y a toujours quelqu’un qui paye»!

Pour des enseignes de commerce équitable, mais aussi pour des magasins de produits locaux ou de produits artisanaux, cette course vers le bas prix est impossible à soutenir. Le mouvement du commerce équitable repose en effet sur le prix juste payé aux productrices et producteurs et la rémunération correcte de tous les salariés impliqués dans la chaîne. Tout le monde doit pouvoir avoir une vie digne grâce à son travail! La course au bas prix met déjà en difficulté nos magasins en temps normal; avec des évènements tels que le Black Friday, la pression devient insoutenable.

Notre appel: de proximité et équitable

La crise sanitaire du printemps 2020 a poussé les consommateurs et consommatrices à s’intéresser à ce qui se produisait près de chez eux. Malheureusement le retour à une situation plus «normale» a redimensionné cet intérêt et réactivé les comportements de consommation de masse orientés par le «plus et moins cher possible» et dirigés vers la grande distribution et les plateformes en ligne.

Nous,représentants du commerce équitable à Genève, prônons des relations commerciales aussi équitables et directes que possible -les fameux circuits courts. L’équité dans les échanges commerciaux ne se limite pas aux relations Nord/Sud. Les revendications de nos paysans et paysannes qui réclament également un prix plus juste et des conditions de travail décentes nous interpellent. Ainsi que la survie des petits commerces face à la concurrence des grandes plateformes de vente en ligne.

Nous lançons cet appel pour une remise en question durable de notre système de consommation et recommandons de privilégier les petits commerces de proximité; des structures et des biens qui garantissent des conditions de travail équitables et des biens produits en respectant les cycles de la nature, la biodiversité et un usage limité de produits nocifs pour l’environnement.

Le volet équitable est aujourd’hui d’autant plus important que les productrices et producteurs des pays du Sud, ainsi que leurs familles, sont touchés de plein fouet par la crise économique liée à la pandémie. Et ceci, souvent, dans des pays qui n’offrent aucun filet social et qui ne peuvent pas, à l’instar des pays plus riches, mettre en place des mesures de soutien extraordinaires.

Contacts :

•Claire Fischer, représentante Swiss Fair Trade pour la Suisse romande et le Tessin ; 079690 42 73, claire.fischer@swissfairtrade.ch

•Lara Baranzini, porte-parole de l’Association Romande des Magasins du Monde; 076 418 13 77, lbaranzini@mdm.ch

•Sophie de Rivaz, responsable du dossier «commerce équitable» à Action de Carême, membre du comité de Swiss Fair Trade; 078 708 42 99, derivaz@fastenopfer.ch

•Numéros de téléphone des structures qui participent à la Fair Week disponibles dans le flyer joint.

Communiqué de presse (pdf)

Dossier de presse

lundi, 16 novembre 2020
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Article du journal Uniterre de septembre 2020 - Rudi Berli, maraîcher et secrétaire d'Uniterre

Selon deux études qu'Agroscope et le World Trade Institute de l'Université de Berne ont présenté fin juin pour le compte du SECO et de l'OFAG, l'impact d'un accord de libre-échange (ALE) entre la Suisse et les Etats du Mercosur sur l'environnement et l'agriculture suisse est très faible.
Malgré une large résistance, cet ALE entre la Suisse et les États du Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay et Uruguay) doit être ratifié en 2021. Les résultats des études montrent à quel point le choix des questions influence une étude et dans quelle mesure nos instituts de recherche publics se laissent instrumentaliser par les commanditaires politiques. Les scénarios de l'étude font abstraction des conséquences sociales et économiques. Quels sont les gains de croissance dans les secteurs du commerce, de la finance, de l'industrie et des services en comparaison du modèle de calcul des importations agricoles ? Quel bilan écologique pour les importations massives d'aliments pour animaux et de viande qui existent déjà aujourd'hui ? Comment la protection juridique des peuples indigènes et des écosystèmes, qui est aujourd'hui massivement affaiblie et attaquée par les gouvernements des pays du Mercosur, est-elle prise en compte ? Dans les conflits commerciaux, la démocratie est mise hors-jeu par les tribunaux d'arbitrage, et les clauses de sauvegarde ne peuvent être activées que temporairement, voire pas du tout. Quelles en sont les conséquences pour l'économie et la démocratie ?

Le libre-échange met en danger la protection du climat.

Les scientifiques du Conseil national des sciences et technologies d'Argentine (CONICET, janvier 2020) écrivent que le projet d'accord de libre-échange entre l'UE et le Mercosur est en contradiction avec les objectifs de protection du climat de l'UE. Selon les chercheurs, l'accord augmenterait les émissions de gaz à effet de serre jusqu'à 30 %. En outre, l'importation de soja et de viande dans l'UE, pour la production desquels de vastes zones de forêt tropicale humide en Amazonie sont abattues, augmenterait également. Bien que cet accord, tout comme l'accord avec l’AELE, contienne un chapitre sur la durabilité, ses dispositions ne sont pas juridiquement contraignantes. Les concessions dans l'agriculture servent de monnaie d'échange pour ouvrir les marchés aux exportations de services et de produits industriels à forte valeur ajoutée. Tout nouvel accord au nom de la maximisation du profit à court terme exacerbera la crise sociale et écologique mondiale, menacera de manière irresponsable l'habitat des générations futures et détruira des structures économiques durables. Aujourd'hui, la Suisse exporte des marchandises pour une valeur d'environ 3,6 milliards de francs par an. Les métaux précieux, les pierres précieuses et semi-précieuses représentent de loin la part la plus importante des importations par la Suisse. Selon le SECO, l'ALE permet de réduire les droits de douane d'environ 180 millions de francs par an.

L'étrange conception du Conseil fédéral sur la durabilité.
Les annonces officielles parlent d'agriculture et d'alimentation durables, de protection du climat et d'utilisation durable des ressources forestières. Les pays du Mercosur exportent principalement de la viande, du soja, des céréales et du sucre. Il s'agit de monocultures industrielles qui entraînent des dommages climatiques, l'érosion des sols et l'accaparement des terres - l'exact opposé de la durabilité. Cette politique agricole alimente les grandes propriétés foncières et se fait au détriment de l'agriculture paysanne familiale et diversifiée qui fournit aujourd'hui la population en nourriture et qui est l'épine dorsale de la souveraineté et de la sécurité alimentaire.

Concrètement, pour la première fois, la Suisse accorde également des contingents bilatéraux en dehors des quotas prévus par les accords de l'OMC, en plus des importations existantes. Sur les quelque 320'000 tonnes d'aliments pour animaux importés d'outre-mer (22 %), environ 150 000 tonnes de soja et de tourteaux de soja proviennent du Brésil. Cela correspond à environ 50'000 ha, soit un cinquième du total des terres arables suisses. Ce soja dit durable provient souvent d'une utilisation secondaire après le bétail, les défrichements par brûlis et les déplacements violents des populations indigènes. Le réseau du soja, dont l'Union Suisse des Paysans est membre, défend ces importations massives. En plus des importations existantes de blé fourrager, 6 600 tonnes de maïs-grain s'ajouteront.
3'000 tonnes de boeuf, 1'000 tonnes de poulet et 200 tonnes de porc doivent être ajoutées aux importations significatives existantes. En 2018, la Suisse a importé un peu plus de 21'000 tonnes de viande des pays du Mercosur. Plus d'un cinquième des produits carnés importés en Suisse pour la consommation humaine l'année dernière proviennent désormais du Brésil. 3'700 tonnes de viande bovine proviennent principalement du Paraguay et de l'Uruguay. Les plus de 16'000 tonnes d’importations de volaille, qui représentent environ 40% des importations totales, proviennent pratiquement à 100% du Brésil. Le Brésil est le deuxième producteur mondial de viande de poulet. Les conditions de production sont en totale contradiction avec nos normes pour le bien-être des animaux. Ces normes sont également bafouées dans l'élevage en parc d'engraissement indépendant du sol et avec l'utilisation d'hormones et d'antibiotiques alimentaires pour favoriser l'engraissement, ce qui est interdit en Suisse. En clair, cela signifie que les normes suisses de protection des consommateurs sont sapées.

Une réduction douanière de 20 % est accordée pour 2'000 tonnes d'huile d'arachide et de soja. Celles-ci sont en concurrence directe avec l'huile de colza ou de tournesol suisse. Même sans réduction douanière supplémentaire, les États du Mercosur sont déjà responsables d'environ un tiers des importations d'huile d'arachide en Suisse, selon les statistiques d'importation de la Suisse pour 2018. Le contingent de l'OMC de 170 millions de litres pour le vin doit être adapté à la consommation suisse et réduit de 60 millions de litres au lieu d'être augmenté de 3,5 millions de litres supplémentaires. Bien que la Suisse produise suffisamment de céréales panifiables et que le contingent tarifaire de 70'000 tonnes soit déjà très élevé, 1'500 tonnes supplémentaires de blé panifiable peuvent être importées dans le cadre de l'accord.

Des relations commerciales équilibrées.

En lieu et place de l'ALE, nous voulons des relations et des contrats économiques fondés sur le partenariat, pour un bénéfice mutuel clairement défini. Les marchés et les cycles locaux, les structures économiques diverses à petite échelle et axées sur les besoins doivent être encouragés. Un système alimentaire démocratique, la protection de l'accès aux ressources publiques, telles que la terre, l'eau, les semences, le crédit, les marchés, doivent être promus et garantis. Les politiques commerciales responsables devraient réduire la pauvreté et les inégalités, renforcer les droits de l'homme et la démocratie et protéger le climat mondial et l'écologie locale. L'objectif est une production agricole écologiquement et socialement durable et un système alimentaire démocratique. C'est ce que défend Uniterre, qui est prêt à soutenir un référendum contre cet accord de libre-échange.

Source:
www.db.zs-intern.de/uploads/1579162016-2020StudyMercosurGreens.pdf

lundi, 21 septembre 2020
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Déclaration commune sur le Conseil du Commerce informel de l’UE, 20-21 septembre

Nous ne voulons pas simplement des amendements, nous en demandons une réorientation complète. Nous avons besoin d’une politique commerciale qui garantisse des prix justes, couvrant les coûts de production, qui protège l’environnement et respecte les droits de l’Homme.

Dans une déclaration signée conjointement par les paysannes européennes, 42 organisations paysannes dans 14 pays – Autriche, Belgique, Croatie, Danemark, Espagne, France, Allemagne, Italie, Lituanie, Luxembourg, Pays-Bas, Norvège, Portugal, Suisse – ainsi que les organisations fédératrices European Coordination Via Campesina (ECVC) et European Milk Board (EMB), nous demandons à nos gouvernements respectifs de rejeter l’accord EU-Mercosur.

Cet Accord de Libre Échange est remis en question dans plusieurs États Membres. Des critiques très claires ont été formulées en Autriche, au Pays-Bas, en France, en Irlande et en Belgique. L’Allemagne, qui est actuellement à la présidence du Conseil, a annoncé qu’elle souhaiterait avancer sur la ratification de l’accord EU-Mercosur, même si la Chancelière allemande Angela Merkel a récemment émit des doutes sur l’accord. Nous craignons que l’Allemagne essaye d’accommoder les pays critiques afin de les pousser à ratifier l’accord.

Les paysannes européennes demandent à leurs gouvernements de rejeter l’accord EU-Mercosur. Comme le dit Andoni García Arriola, membre du Comité de coordination de European Coordination Via Campesina (ECVC) :

« Avec l’accord EU-Mercosur, les importations de produits tels que la viande, le sucre et le soja des pays du Mercosur vont forcément augmenter, ce qui, en conséquence, poussera ces pays à adopter un modèle fortement tourné vers l’export, un modèle de production toujours plus industriel. La forêt Amazonienne, essentielle à la préservation du climat et de la biodiversité, doit être protégée de ce système. La violation des droits de l’Homme est un facteur que nous ne pouvons ignorer dans le contexte d’un tel développement. Parallèlement, les agriculteurs familiaux européens font face à des défis toujours plus grands afin de produire des denrées qui respectent des normes strictes sur l’environnement et le bien-être des animaux, ce qui augmente leurs coûts de production. L’augmentation des importations non équivalentes des pays du Mercosur exerce une pression sur les prix supplémentaire pour les petites exploitantes agricoles.Cette politique commerciale et ces productions, normes environnementales et sociales inégalées qui privilégient l’industrie agro-alimentaire ne font qu’accélérer la disparition des petites exploitations agricoles des deux côtés de l’Atlantique. »

Les paysannes demandent une politique agricole qui favorise des prix justes, couvrant les coûts de production dans le monde entier, qui favorise aussi la protection environnementale, la biodiversité et le bien-être animal, les droits de l’Homme, l’agriculture à petite échelle, les denrées régionales, la préservation et le développement de normes européennes ainsi que des conditions de travail justes.

Les organisations d’agriculteur.trice.s signataires


Associations européennes
European Coordination Via Campesina (ECVC)

European Milk Board (EMB)

Biodynamic Federation – Demeter International


Autriche
Bio-Verband Erde & Saat

Grüne Bäuerinnen und Bauern

IG-Milch

Land & Forst Betriebe Österreich

Land schafft Verbindung Österreich

Landwirtschaft verbindet Österreich

ÖBV-Via Campesina Austria

Perspektive Landwirtschaft

SPÖ Bäuerinnen und Bauern Unabhängiger Bauernverband (UBV)


Belgique
Entraide et Fraternité

Fédération Unie de Groupements d’Éleveurs et d’Agriculteurs (FUGEA)

Flemish Milk Board (FMB)

Milcherzeuger Interessengemeinschaft (MIG)

Mouvement d'Action Paysanne (MAP)


Croatie
Udruga OPGH Život (Association of Croatian family farms Life)

Udruga proizvođača agruma i povrća Neretvanska mladež


Danemark

Landsforeningen af Danske Mælkeproducenter (LDM)


Espagne

COAG-Coordinadora de Organizaciones de Agricultores y Ganaderos
EHNE Bizkaia (Euskal Herria/País Vasco)

SLG Sindicato Labrego Galego (Galizia)


France

Association des Producteurs de Lait Indépendants (APLI)

Confédération Paysanne

Coordination Rurale (CR)


Allemagne

Arbeitsgemeinschaft bäuerliche Landwirtschaft (AbL)

Demeter

Land schafft Verbindung Deutschland e.V. i.G.

MEG Milch Board


Italie

Centro Internazionale Crocevia


Lituanie

Lietuvos pieno gamintojų asociacija (LPGA)


Luxembourg

Luxembourg Dairy Board (LDB)


Pays-Bas

Agractie Nederland

Dutch Dairymen Board (DDB)

Nederlandse Akkerbouw Vakbond (NAV)

Nederlandse Melkveehouders Vakbond (NMV)

Toekomstboeren


Norvège

Bondesolidaritet


Portugal

CNA - Confederação Nacional da Agricultura


Suisse

Uniterre

vendredi, 14 août 2020
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Souvenez vous, au mois d'avril, nous avons envoyé le courrier suivant au Conseiller Fédéral Parmelin suite aux annonces de ce dernier du 1er avril visant à faciliter certaines importations pour faire face à la crise actuelle du COVID-19. Ces mesures ne sont pas acceptables!

Vous trouverez au lien ici la réponse que nous avons reçu.

En voici quelques extraits ainsi que nos réactions :


Voici notre réaction par rapport à la filière viticole :

Les vins suisses ont perdu depuis le milieu des années nonante 40 à 50 millions de litres de part de marché. Sur une consommation de 310 millions de litre à la fin des années quatre vingt, la consommation des vins suisses était de 125 à 130 millions de litres. En 2019, la consommation était d’environ 250 millions de litres pour une part de seulement 85 millions de litres pour les vins suisses.

Cette diminution des parts de marché peut s’expliquer par les moyens mis par les vins étrangers, notamment européens, pour leur promotion en suisse. Mais ces grands moyens n’expliquent pas à eux seul le problème.

D’une part la réglementation des importations a changé en 1993 suite au référendum de la maison Denner contre l’arrêté viticole. La conséquence a été l’abandon de l’attribution des parts du contingent d’importation selon les prestations à la production suisse.

A elle seule, cette modification est responsable pour une large part de la perte des parts de marché. Cette mesure était encore la seule protection pour les vins suisses face à la distorsion de concurrence des vins à bas prix. Depuis, le vin est le seul produit agricole suisse ne bénéficiant d’aucune mesure de protection.

D’autre part, la consommation ayant perdu environ 50 à 60 millions de litres, le volume de 170 millions de litres du contingent tarifaire doit être reconsidéré.

Jusqu’au début du XXI siècle, le commerce transfrontalier ne pesait pas beaucoup sur les affaires du commerce suisse et l’importation par des particuliers bénéficiait d’une franchise de 2 litres par jour et par personne. Mais en 2014, la confédération, dans un souci de simplification des procédures douanières, a trouvé juste de mettre cette franchise à 5 litres, soit l’équivalent par jour et par personne d’un carton de 6 bouteilles. Pour un marché qui représente, selon les estimations, plus de 13 milliards de francs, c’est un coup de poignard dans le dos des vignerons suisses.

Monsieur le Conseiller fédéral et ancien vigneron, vous savez très bien que le marché des vins est déséquilibré et que la production suisse est la grande perdante.

Nous ne pouvons que vous répéter que la viticulture suisse a besoin de ce rééquilibrage et que c’est l’application de l’article 22 de la loi sur l’agriculture alinéa b « attribution des parts de contingent selon les prestations à la production suisse » qui doit être appliqué au plus vite.

Le volume du contingent tarifaire doit être adapté à la consommation actuelle avec un volume ramené à 100 millions de litres.

Et enfin, la franchise de douane de 5 litres par jour et par personne doit retrouver la valeur d’avant 2014, soit 2 litres par jour et par personne.


Voici notre réaction par rapport à la filière viande :

Dans sa réponse à notre courrier, le conseiller fédéral Guy Parmelin met en avant le fait que le CF ne disposerait d’aucune compétence pour freiner les importations, et qu’il n’a fait, avec l’OFAG, que répondre à la demande de Proviande de prolonger la période des importations.

Nous voyons toutefois au moins 2 bonnes raisons pour lesquelles le CF aurait pu intervenir en faveur des paysannes et paysans suisses.

Dès le début de la crise sanitaire, la fermeture des restaurants a entraîné un effondrement de la demande. La chute des prix ne s’est pas faite attendre et a touché de nombreux éleveurs de bétail. Ce sont pourtant les importateurs et les industriels qui ont bénéficié d’aide sous la forme d’un soutien financier à la congélation. Où est la logique ?

Si le raisonnement du CF se justifie par la crainte d’un défaut de l’approvisionnement, alors il est temps que nos autorités réfléchissent à plus long terme et commencent par le b.a.-ba : c’est en soutenant la filière locale grâce à des prix équitables que l’on évitera le danger de la pénurie. C’est élémentaire ! Cela est même inscrit dans la Loi sur l’Agriculture, puisque les agriculteurs doivent disposer d’un revenu comparable à la moyenne des emplois de leur région, or ce n’est que très rarement le cas.

D’un point de vue plus général, les importations de viande à bas prix, en provenance d’Amérique du Sud bien souvent, répondent certes à la logique capitaliste de notre gouvernement, mais ignorent totalement la votation populaire de septembre 2017 sur la sécurité alimentaire, qui demande que les importations se fassent sur la base de critères de durabilité. Or il n’y a rien de durable dans les productions industrielles du Brésil ou d’Argentine.

La crise sanitaire est la preuve flagrante que nous devons penser autrement nos systèmes alimentaires.

lundi, 22 juin 2020
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Aujourd’hui le 22 juin 2020 à 11 heures, 59’928 signatures validées ont été remises à la Chancellerie fédérale à Berne. Les dernières semaines ont montré que l'Indonésie n'est pas disposée à mettre en oeuvre des normes
écologiques et sociales pour empêcher la destruction des forêts primaires riches en espèces.

Chaque année, environ un million d'hectares sont défrichés pour la monoculture de l'huile de palme, entre autres. Ce désert "vert" s'étend déjà sur près de 17 millions d'hectares, soit quatre fois la superficie de la Suisse et près de 10 % de l'Indonésie. D'autres lois et ordonnances doivent être mises en place dans la discussion sur les nouvelles concessions aux exploitations minières et d’extraction de charbon, les projets d'infrastructure, la cellulose et la sylviculture avec des conséquences dévastatrices pour le climat et l'environnement, les petits paysans et les peuples indigènes. Ronja Jansen, des Jeunes Socialistes, critique vivement l'accord. "Cet accord de libre-échange est un contrat des puissants. Nous ne devons pas nous laisser tromper : Les belles promesses de
durabilité qu'il contient ne valent pas grand-chose si des contrôles stricts ne sont pas garantis".

Le douteux accord de libre-échange de l'AELE n'apporte guère d'avantages significatifs à l'économie locale
d'exportation. La Suisse ferait bien d'oeuvrer plutôt pour un commerce véritablement équitable et durable.
Willy Cretegny, viticulteur bio et initiateur du référendum, déclare à l'occasion de la remise des signatures :
«Les manifestations pour le climat qui ont rassemblé des milliers de personnes dans le monde doivent
déboucher sur des véritables changements. Nous devons produire autrement, nous devons consommer
autrement, nous devons respecter notre environnement dans sa globalité, c’est-à-dire la nature, les ressources,
le paysage, les droits humains, le tissu qu’il soit social ou économique. Ce référendum est une pierre de ce
nouvel édifice que nous voulons construire ensemble ! »

Dossier de presse

mardi, 16 juin 2020
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Ce lundi 15 juin a eu lieu à Berne la conférence de presse qui lançait la nouvelle étude de la plateforme pour une agriculture socialement durable. Deux historiens, Gilles Bourquin et Jan Chiarelli, se sont penchés sur les conditions de travail dans le domaine de l’agriculture.

L'étude, bilingue est basée sur neuf cantons et couvre la période de 2000 à 2018.Cette étude reflète une réalité pas très reluisante de notre agriculture et des conditions de vie de toutes les personnes travaillant jour après jour pour produire notre alimentation.

Retrouvez le communiqué de presse ci après:
Si l'on examine les conditions de travail des salariés agricoles, un patchwork se dessine : de Genève à la Thurgovie, de Bâle au Tessin, les contrats-types de travail cantonaux sont très variés. Cela s'applique aux pauses (seuls 9 des 26 cantons accordent des pauses rémunérées de 15 minutes par demi-journée), aux heures supplémentaires (il peut être nécessaire de faire des heures supplémentaires) et aux jours de congé, ainsi qu'à la durée du travail hebdomadaire : le canton de Glaris se distingue par une semaine de 66 heures (mai - septembre) et le pendule oscille entre 50 et 55 heures par semaine dans la plupart des autres cantons. Seul le canton de Genève est en avance avec une semaine de 45 heures. L'assujettissement de l'agriculture au code du travail fixerait une durée hebdomadaire de travail de 45 heures (article 9) et représenterait une première amélioration.

Les salaires standards publiés annuellement par l'Union suisse des paysans (USP) s'élèvent actuellement à 3 300 francs bruts pour les auxiliaires saisonniers pour 55h semaine et à 2 625 francs bruts pour les stagiaires de moins de 4 mois (desquels sont déduits les frais de logement et de nourriture, à hauteur de 990 francs par mois). Un bref aperçu de l'évolution du salaire cible : depuis 2010, il n'a augmenté que de 395 CHF pour le personnel auxiliaire saisonnier et de 135 CHF pour les stagiaires. Une Convention Collective du Travail nationale peut fixer des salaires obligatoires. Avec la conférence de presse d'aujourd'hui, nous ouvrons le débat sur cette question urgente.

Mais ce débat ne peut être mené sans tenir compte de la situation des revenus des paysannes et paysans. La discussion sur la pression exercée sur les prix à la production par Coop et Migros vient de reprendre. Ce qui est en jeu, ce n'est rien de moins qu'une communauté agricole diversifiée et familiale, qui compte encore 50 000 exploitations. 2 à 3 fermes ferment leurs portes chaque jour. La baisse des prix à la production (-30% au cours des 30 dernières années) combinée à une forte pression de production est critique pour de nombreuses exploitations. Selon l’USP, l'agriculture représente 32 centimes du franc de consommation. L'étude menée par Agrisodu identifie également de graves lacunes dans les paiements directs, car "en 2018, les agriculteurs suisses n'ont effectivement bénéficié que de la moitié des 3,6 milliards. L'autre moitié va aux grandes chaînes de transformation et de vente au détail".

En 2018, le revenu agricole par unité de travail était d'un peu moins de 52’000 CHF (70’600 CHF par exploitation), ce qui correspond à 4’340 CHF bruts par mois. Le salaire médian suisse était de 6’538 francs bruts. Le revenu est encore plus faible pour les exploitations de montagne (40’580 et 34’321 francs respectivement). Ceci est contraire à l'article 5 de la loi sur l'agriculture, selon lequel les exploitations agricoles "peuvent, sur plusieurs années, atteindre un revenu comparable à celui de la population active d'autres secteurs économiques de la même région". Et au paragraphe 2, que "lorsque le revenu est nettement inférieur au niveau de référence, le Conseil fédéral prend des mesures temporaires pour l'améliorer". Mais rien ne se passe ! En outre, le temps de travail hebdomadaire est de 67 heures pour les hommes et de 63 heures pour les femmes. De plus, les agricultrices travaillent en moyenne 11 heures par semaine à titre accessoire. Au total, une charge de travail immense, avec une dette élevée d'environ 30 000 CHF par hectare et des salaires de misère. La situation est encore exacerbée par le dumping à l’importation, qui sape nos normes en matière de bien-être animal, de responsabilité sociale et d'écologie et entraîne une concurrence déloyale pour notre production intérieure.

Uniterre a déjà fait campagne pour la normalisation des conditions de travail et des prix équitables dans le cadre de l'initiative pour la souveraineté alimentaire.

L'Espagne montre la voie : Il est interdit par la loi de fixer des prix inférieurs aux coûts de production dans les contrats de vente de produits agricoles.

Nous pouvons briser cette spirale négative en défendant enfin un changement social avec les agriculteurs, les consommateurs et les travailleurs agricoles.

Mathias Stalder, secrétaire syndicale Uniterre


Plus d'infos sur le site de la plateforme : http://www.agrisodu.ch/


Commandez le livre pour 10.- sur le site du Centre Europe - Tiers Monde (CETIM) https://www.cetim.ch/product/25676/


lundi, 01 juin 2020
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Ces derniers mois, le terme de souveraineté alimentaire a été repris en Europe et en Suisse par la société civile mais aussi par des décideurs politiques et des fonctionnaires. Il nous semble important de faire un petit rappel de ce qu’est la souveraineté alimentaire afin d’éviter qu’elle ne devienne un concept vide.

La base de la souveraineté alimentaire est le respect. Respect des hommes et des femmes et de la planète. La solidarité et la justice. La démocratie. La souveraineté alimentaire est une vision humaniste sur le long terme. La souveraineté alimentaire c’est aussi la clairvoyance et le courage de sortir du dogme néolibéral. La souveraineté alimentaire c’est l’espoir d’un monde juste et équitable.

Il n’est donc pas question de galvauder la souveraineté alimentaire, car elle est une réponse globale et systémique.

Un concept global

La « souveraineté alimentaire soutient une agriculture qui, dans un espace rural vivant et créateur d’emplois, produit une alimentation saine et de proximité permettant des prix, des conditions de travail et des salaires justes ; elle participe par ailleurs à un commerce international équitable et une exploitation durable des ressources[1]. »

La souveraineté alimentaire se construit dans une économie circulaire, inclusive, coopérative.

Une diversité de fermes à maintenir

Le paysage agricole suisse est composé d’unités agricoles très différentes les unes des autres. Certaines sont spécialisées et hautement mécanisées, elles peuvent être relativement grandes ou petites. D’autres sont plus diversifiées et extensives. Certaines produisent pour la grande distribution, d’autres pour le marché local, certaines encore transforment elles-mêmes leurs produits ou travaillent avec un artisan. Certaines travaillent de manière conventionnelle, conformément aux exigences de la politique agricole, d’autres selon les critères de l’agriculture biologique ou d’IP-Suisse. Et quelques-unes sont en biodynamie, agroécologie ou permaculture.

Il y aurait de la place pour toutes ces formes d’agriculture en Suisse. Mais il faudrait un soutien spécifique aux petites structures et aux collectifs : reconnaissance juridique, formation, recherche, finances et infrastructures, entre autres.

Promouvoir l’agriculture paysanne et les circuits courts

Environ quatre fermes disparaissent par jour en Suisse. Cette érosion est dramatique, car seules perdurent les entités agricoles hautement spécialisées. La souveraineté alimentaire a pour but de maintenir et de renforcer une agriculture paysanne et des collectifs de production qui cultivent (et élèvent leurs animaux) selon les critères de l’agriculture biologique ou de l’agroécologie et qui écoulent leur production en circuits courts. Il est vital socialement, économiquement que la population s’approprie de son alimentation et que le plus grand nombre possible puisse acquérir les compétences et des espaces de production et de transformation destinées à la vente directe.

Le marché c’est nous !

Les demandes et revendications d’Uniterre sont très souvent balayées par les nécessités de s’adapter au « marché ». Il y a bien les directives de l’OMC, les traités de libre-échange, mais en Suisse qui définit les besoins du marché ? Nous pouvons, par nos choix d’achat en tant que consommatrices et consommateurs, influencer les décisions des transformateurs et de la grande distribution. Mais il n’en reste pas moins que le cœur des décisions de ces entreprises est la rentabilité économique. Cela ne suffit pas ! Le commerce doit se mettre au service du développement durable et les coûts environnementaux, sociaux et sanitaires des produits devraient être pris en compte et répercutés sur les prix, ce qui les rendrait non attractifs. Actuellement, les dégâts sur l’environnement et les impacts négatifs sur la santé sont pris en charge par la société tandis que les bénéfices commerciaux restent en main privée !


[1] Voir les documents sur la souveraineté alimentaire sur le site https://initiative-souverainete-alimentaire.ch