mardi, 22 novembre 2022

L'association des petits paysans et ses organisations partenaires, dont Uniterre fait partie, ont déposé le 21 novembre 2022 la pétition "Chaque ferme compte - stopper maintenant la disparition des fermes !" auprès de la Chancellerie fédérale. Au total, 13'367 signatures ont été récoltées en deux mois et demi. La pétition demande au Conseil fédéral de prendre des mesures concrètes contre la disparition des fermes et de promouvoir une agriculture à petite échelle, paysanne et diversifiée.

En effet, chaque jour en Suisse, entre deux et trois fermes mettent définitivement la clé sous la porte. Le nombre total d'exploitations agricoles a été divisé par plus de deux au cours des 40 dernières années et est tombé à moins de 50 000. De plus, l'accès à la terre, même en tant qu'agriculteurrice qualifiée, est très difficile – en particulier pour les jeunes, les collectifs et les femmes. Les transmissions de fermes hors du cadre familial sont financièrement désavantagées.

Les exploitations agricoles ont tendance à s'agrandir de plus en plus. Cela est également lié à la pression sur les prix : Les agriculteurrices de notre pays font face à des distributeurs, des transformateurs et des détaillants peu nombreux mais beaucoup plus puissants. Le marché alimentaire national est en effet contrôlé à près de 80% par deux entreprises seulement : Migros et Coop. Celles-ci possèdent un poids énorme quand il s’agit de fixer les prix. Les structures collectives, les ACP ou les fermes pratiquant la vente directe se trouvent structurellement désavantagées sur le marché. Ce rapport de force doit être inversé.

Une chose est claire : nous devons repenser nos pratiques agricoles, commerciales et alimentaires. L'exigence de prix équitables est un défi socio-éthique. En effet, la question de la répartition de la valeur au sein des chaînes d'approvisionnement est d'intérêt public et ne se limite pas aux aspects privés de l'économie. Nous ne pouvons plus nous cacher derrière le prétexte du secret commercial ou de la libre concurrence. Il est tout simplement injuste d'appliquer ces catégories à l'agriculture !

Nous dénonçons le rapport de force totalement déséquilibré entre les producteurrices et les grands distributeurs. La complicité de l'État en fait également partie : des prix équitables et des chaînes de valeur transparentes ne peuvent être obtenus que si la Confédération, et en particulier l'OFAG, assume ses responsabilités et adapte et promulgue les lois correspondantes. Nous demandons un cadre légal qui garantisse des prix couvrant les coûts de production.

Une agriculture durable ne peut exister que si les fermes elles-mêmes sont viables, et celle-ci ne peut à son tour être atteinte que grâce à des prix équitables et couvrant les coûts. Quand il n'y aura plus de paysannes et de paysans, il sera trop tard. Que mangerons-nous alors ?


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