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Les accords de paix entre FARC-EP et le gouvernement colombien devraient mettre fin au conflit armé « interne » le plus ancien du monde qui a causé des centaines de milliers de victimes et des millions de personnes déplacées. Le paramilitarisme et le trafic de drogue se sont développés à grande échelle en connivence avec les gouvernements successifs et la répression militaire était féroce. Les origines du conflit étaient les justes et ancestrales revendications des populations rurales et communautés indigènes pour l’accès aux terres agricoles, la justice sociale et la participation démocratique à la gestion du pays et ses ressources.

La Via Campesina est mandatée par les signataires des accords de paix pour l’accompagnement du processus de paix signé le 24 novembre 2016 à Bogotá sur le point 1, relatif à la réforme rurale intégrale, qui est en relation directe avec le point 4 concernant le remplacement des cultures d’usage illicite. Ce mandat s’exerce conjointement avec le PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement), la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) et l’UE (Union Européenne).

Si la Via Campesina s’implique dans la mise en œuvre des accords de paix c’est bien parce nous sommes une organisation de base paysanne et que plusieurs organisations paysannes et syndicales colombiennes sont partie prenante du processus.

La Via Campesina a organisé une première délégation internationale en septembre 2016 pour soutenir les accords de paix. Fin novembre 2017, une seconde délégation de vingt-six personnes, composée de délégué-e-s de 19 pays s’est rendue sur place pour se rendre compte des avancées du processus de paix et pour recueillir les témoignages des populations rurales, paysannes et communautés concernées. Les délégué-e-s ont sillonné cet immense pays et se sont rendus, outre dans la capitale Bogotá, siège du gouvernement et du parlement, dans cinq régions du pays (Arauca, Meta, Cauca, Caquetá et Nariño) qui ont été gravement touchées par le conflit armé.

La délégation a pu constater que les accords de paix négociés pendant plus de 4 années à La Havane sont accueillis avec espoir et soulagement ! La fin de la guerre est ressentie comme étant un tremplin essentiel vers une société plus juste qui devrait mettre fin aux inégalités sociales criantes et la pauvreté, et comme l’avènement d’une participation démocratique et la fin de la violence institutionnelle.

Malgré tout, le désenchantement et le découragement sont perceptibles car, un an après la signature des accords de paix, les engagements pris ne se concrétisent pas sur le terrain :

En bref, ce sont principalement les populations et communautés rurales qui ne voient pas d’améliorations : la réforme agraire n’avance pas, les terres promises ne sont pas mises à disposition ni légalisées, la pression sur les terres par l’agriculture industrielle et les exploitations minières s’accentue. La répression contre les producteurs de cultures illicites (coca, chanvre) reste violente sans que le remplacement de ces cultures se fasse d’une manière concertée. Les voies d’accès pour la commercialisation de la production agricole sont insuffisantes et l’absence d’infrastructures de santé est flagrante. L’insécurité augmente car le vide créé par la démobilisation des FARC a fait place à la présence de bandes armées Plis de cent vingt leaders communautaires et paysans, syndicalistes et ex-combattants ont été assassinés depuis un an sans que les responsables aient été traduits en justice.

La délégation a en outre constaté les lenteurs administratives, le retard des programmes de développement et la réticence de la majorité de droite parlementaire à voter les lois qui découlent des accords de paix. Les futures élections législatives et présidentielles de mars et mai 2018 ne laissent pas augurer le soutien déterminé nécessaire.

La Via Campesina pour sa part s’engage à diffuser ses observations auprès des organisations pour appuyer la mise en œuvre d’une économie agricole et paysanne dans le cadre des accords de paix, à soutenir le processus sur place par la formation de personnes à l’agroécologie, la création de banques de semences, à organiser des brigades internationales et à favoriser des jumelages avec des communautés paysannes, indigènes et espaces territoriaux de formation et réincorporation des FARC-EP.

Si le processus de paix réussit et si les droits humains sont rétablis, la Colombie pourra servir de modèle à tout le continent latino-américain et au reste du monde.


Genève, le 16 janvier 2018, pour les membres européens de la délégation, Philippe Sauvin


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Aux Gouvernements et dirigeants de l'UE

Cette pétition est lancée par European Coordination of La Via Campesina

Les 2 milliards de personnes travaillant dans les zones rurales réclament leurs droits à la dignité et notre droit à une alimentation saine. Une déclaration de l’ONU sur leurs droits est l’instrument légal le plus puissant contre les abus comme l’accaparement des terres, la biopiraterie et l’exploitation au travail. Cela serait une base solide pour la défense de systèmes alimentaires sains et durables. Nous appelons les gouvernements européens à cesser de faire échouer cette initiative.

Pourquoi c'est important ?

Les négociations à l’ONU pour une Déclaration sur les droits du monde rural pourrait changer l’histoire: cela garantirait les droits des paysans à nourrir leurs communautés, protégerait leur subsistance ainsi que des systèmes alimentaires durables et divers qui nous nourrissent tous.

Cependant, après 15 ans de mobilisation par les organisations paysannes à travers le monde, cette initiative est maintenant en danger. Son avancée au sein de l’ONU risque d’être sabotée pour de bon par les gouvernements européens entre le 9 et 13 avril, lors de la prochaine session du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU. Inébranlables dans la défense de leur cause, pour cette occasion, une délégation internationale de paysans sera présente à Genève et nous appelle à nous unir pour défendre cette Déclaration!

Aidez-nous à défendre ce processus historique et l’avenir du monde

Envoyons comme message puissant, venu de toute l’Europe, aux gouvernements européens et leurs leaders qu’ils doivent appuyer cette Déclaration!
Nos signatures seront remises aux gouvernements européens au cours de cette prochaine session du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU (et, si nécessaire, à la suivante) comme preuve du soutien clair de l’opinion publique à la protection des communautés rurales et des systèmes alimentaires durables en Europe et dans le monde.

Servant de reconnaissance claire du rôle fondamental des petits producteurs, cette Déclaration leur donnerait des perspectives concrètes pour des conditions de travail et de vie décentes. En Europe, malgré une agriculture particulièrement industrialisée, les petits agriculteurs et leur modèle de production constituent la base d'une alimentation de qualité et garantissent la création de la plupart des emplois dans les zones rurales ainsi que la gestion durable des ressources naturelles et la lutte contre le changement climatique. Cependant, en raison d'un manque de revenus décents et de soutien insuffisant des pouvoirs publics et du fait de l’accaparement des terres, les fermes disparaissent à un rythme vertigineux au profit de l'expansion des grands complexes agroindustriels, qui capturent également l'alimentation des populations.

En Europe de l’Est, où est située la vaste majorité des fermiers en Europe, cette Déclaration est extrêmement importante. Les dix millions de personnes dans cette région qui vivent et travaillent dans les zones rurales ont besoin que leur gouvernements appuient cette Déclaration.

70% de la nourriture produite dans le monde provient de l’agriculture paysanne. Les éleveurs, les pêcheurs et les paysans sont les gardiens de la biodiversité et assurent une alimentation durable et de qualité en offrant des alternatives à l’agriculture industrielle de grande échelle. Toutefois, le financement public de l’agro-industrie, l’accaparement des terres, la biopiraterie liée aux semences et les toxiques accords de libre-échange minent les moyens de subsistance dans les communautés rurales ainsi que les systèmes alimentaires durables et sains. Ils ont donc besoin de notre soutien.

Les droits des paysans peuvent être protégés par une Déclaration unique de l’ONU et nous pouvons les aider à la faire adopter en faisant pression sur nos Ministres des affaires étrangères pour qu’ils l’approuvent! Une telle Déclaration serait un outil concret pour arrêter les violations contre les communautés rurales: les paysans seraient capables d’affirmer leurs droits spécifiques à l’image du droit à la terre, à un revenu décent et aux semences. De plus, cela serait un instrument international qui devra être respecté et protégé par les gouvernements et les institutions internationales.

Signez la pétition ici: https://you.wemove.eu/campaigns/UE-protege-nos-paysans-et-nos-systemes-alimentaires

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Tous les représentants des syndicats paysans européens - membres de la Coordination Européenne de la Via Campesina (ECVC) - se sont retrouvés les 14,15 et 16 janvier 2018 à Bruxelles pour sa XIe Assemblée Générale. Michelle Zufferey et moi-même représentions Uniterre pour cette AG. Au total, nous étions environ 50 personnes à s’être réuni pour l’occasion.

Au programme: Assemblée des jeunes le dimanche matin - à laquelle j’ai participé. Nous avons discuté de l’importance de la formation politique pour les jeunes - jeunesse qui doit aussi prendre sa place au sein du mouvement de la Via Campesina. Nous avons également soulevé l’importance de la mise en commun de nos luttes.

L’assemblée des femmes s’est tenue le dimanche après-midi et a été suivie par Michelle. Les discussions on tourné autour de l’organisation de formations spécifiques pour les femmes, ainsi que des événements importants à venir (journée des femmes le 8 mars et l’événement sur les femmes en milieu rural qui aura lieu à l’ONU courant mars). Il a été rappelé l’importance de continuer la campagne contre la violence faite aux femmes. Une attention toute particulière a également été accordée à l’agroécologie puisque cette activité ancestrale est empreinte d’une vision plus féministe.


Une assemblée générale bien chargée !

Puis, nous avons assisté à l’assemblée générale les lundi et mardi. A l’ordre du jour :

  • Point à date et analyse en profondeur sur les grandes thématiques traitées au sein de la coordination: commerce international, semences, migration, PAC et droits paysans.
  • Election des nouveaux coordinateurs de la coordination européenne
  • Intégration de nouvelles organisations paysannes: polonaise et flamande au sein de la coordination européenne. Avec ces nouvelles adhésions, le mouvement paysan européen s’étend notamment à une région importante d’Europe de l’Est et consolide ainsi la coordination du mouvement et la diversité des contributions sur le continent.
  • Adoption de trois motions:
    • La production de soja et autres protéagineuses en Europe – il a été décidé de participer aux efforts pour parvenir à une plus grande auto-suffisance en protéines végétales durables et faire barrage aux importations de soja transgénique et aux monocultures industrielles de soja en Europe.
    • Motion de soutien pour la récupération des terres en Andalousie – soutien inconditionnel à la récupération des terres en Andalousie et appel à la solidarité envers les syndicalistes victimes de représailles dans le cadre de ces luttes. En Andalousie, 55,6% des terres cultivables sont détenues par 2% des propriétaires alors qu’il y a plus d’un demi million de paysan-ne-s sans terre ainsi que des saisonnier-ère-s souffrant de terribles conditions de travail. Aujourd’hui, deux fermes ont été récupérées, mais il y plane une forte menace d’expulsion: Somonte et Cerro Libertad. Les organisations membres de ECVC se sont engagées à communiquer en interne la situation en Andalousie et la lutte menée par le SOC-SAT et à leur apporter le soutien nécessaire.
    • Reconnaissance des surfaces pastorales et problème de la prédation – ECVC s’est engagée à rassembler des informations sur la reconnaissance des surfaces pastorales et l’indemnité compensatoire de handicap naturel dans les différents pays européens - question cruciale pour la protection du pastoralisme en Europe. Les aides aux surfaces pastorales sont remises en cause par la commission européenne et pourraient l’être dans la future PAC. Cette même motion a également engagé ECVC à rassembler des informations sur la situation de la prédation (loup, ours et autres grands prédateurs), les mesures mises en œuvre en la matière dans les pays touchés et les actions menées par les membres de ECVC.

Enfin, l’AG s’est clôturée par une action menée le lendemain matin face aux bureaux de la Commission européenne pour protester contre le processus actuel de réglementation des OGM mené par les institutions européennes et, en coulisses, par l’industrie biotechnologique. En effet, cette dernière orchestre une vaste campagne pour introduire ses nouveaux OGM sur le marché, sans évaluation ni étiquetage préalables.

Une nouvelle étape importante a été franchie lors de cette rencontre de lutte pour la souveraineté alimentaire, renforçant toujours plus le mouvement paysan et la convergence régionale en Europe.

Bilan

Nous sommes reparties la tête bien farcie après 3 jours intenses de réunions! Mais aussi le cœur rechargé à bloc de toute cette belle énergie militante, humaine et solidaire que nous partageons tous au sein du mouvement Européen!

Pour plus d’informations, http://www.eurovia.org/fr/

Berthe Darras

Le processus de ratification par l’ONU de la Déclaration sur les Droits des paysans et des personnes travaillant dans les zones rurales a franchi une étape décisive.

En effet, la résolution concernant cette déclaration a été acceptée à une écrasante majorité ce 29 septembre par le Conseil des Droits de l’Homme.

Par ce vote (34 voix pour, 2 contre et 11 abstentions), le Groupe de travail intergouvernemental à composition non limitée a reçu le mandat de négocier, finaliser et présenter le texte du projet de la Déclaration des Nations-Unies sur les Droits des paysan-nes et autres personnes travaillant dans les zones rurales jusqu’en juin 2018.


Un soutien croissant des pays membres

Il est extrêmement réjouissant de constater la croissance du nombre de voix favorables à ce projet. En 2012, on comptait 23 voix favorables, en 2014 : 29 et en 2017 : 34 ! (voir article Uniterre du 3 juillet 2014 sur le sujet) et nous devons saluer l’engagement du groupe de travail intergouvernemental (GT) présidé par la Bolivie et l’excellente collaboration avec la société civile.

Les prochaines étapes seront consacrées aux négociations sur les contenus de la déclaration et à des actions de lobby afin que le projet de texte soit accepté tout d’abord par les pays membres du Conseil des droits de l’homme à Genève et ensuite en Assemblée générale à New York.

Un important travail attend le GT, La Via Campesina et ses partenaires pour que l’année prochaine, après plus de 10 années de travail, la déclaration soit officiellement acceptée par les Nations-Unies.


La déclaration sur les droits des paysan-ne-s et autres personnes travaillant dans les zones rurales

La déclaration veut répondre à la situation spécifique des paysannes et paysans, travailleuses et travailleurs agricoles, sans-terre, pêcheuses et pêcheurs, bergères et bergers, nomades. Pour ce faire, elle s’appuie sur des droits préexistants (déclaration des droits de l’homme, de la femme et de la citoyenne, des peuples autochtones, etc.) en les adaptant à la situation des communautés rurales et propose aussi des droits qui répondent aux menaces nouvelles dont ces communautés sont les victimes, comme entre autres, l’accaparement des terres, la déforestation industrielle et la dégradation des sols par l’érosion et l’utilisation massive d’intrants.
Concrètement, les réponses à ces menaces sont le droit à la terre, aux semences, aux moyens de production, à la souveraineté alimentaire, à la biodiversité, à un revenu et niveau de vie décent.


Une déclaration bénéfique pour toutes et tous

Cette déclaration est bénéfique pour le monde, comme le dit Olivier de Schutter que nous résumons ci-après.
« Une agriculture à petite échelle rend de nombreux services à la société, elle contribue au maintien de la biodiversité et d’un sol sain. Elle a un rôle économique et vital, non seulement parce qu’elle nous nourrit, mais aussi parce qu’elle est à la base de toute une série de métiers, commerces, unités de transformation, restaurants qui font vivre une région. Intégrée dans une économie locale, l’agriculture à petite échelle met à disposition de la population des produits frais et sains, sans transport sur de longues distances. »

De plus, la déclaration répond aux objectifs du Millénaire pour le développement et elle est une voie concrète pour le développement d’un système alimentaire plus résilient.

La Déclaration ouvre des portes, donne des outils, permet de développer des solutions pour une paysannerie et des communautés locales vivantes, autonomes et novatrices.

Michelle Zufferey


Pour en savoir plus sur les contenus de la Déclaration :


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« Nous nourrissons nos peuples et construisons le mouvement pour changer le monde » : une expérience inoubliable… Récits de Berthe et Joël, délégués d’Uniterre.


Le samedi 15 juillet, me voilà partie avec mon gros sac à dos à Derio, à coté de Bilbao, au Pays Basque ou « Euskal Herria » - en Basque justement ! – pour ma 1ère conférence internationale de la Via Campesina. Etant « jeune » et « femme », j’ai tout d’abord participé à l’assemblée des jeunes qui a eu lieu les 16 et 17 juillet et à l’assemblée des femmes qui s’est enchaînée : 17 et 18 juillet pour donner suite à 5 jours de conférence !

Bref, au total, 9 jours de conférence, autant vous dire que j’ai fini sur les rotules ☺ ! Mais ça en valait la peine… J’ai décidé de surtout vous faire partager mon ressenti, ce que mes tripes, mon cœur ont exprimé pendant cette semaine… Les déclarations, le contenu qui en est ressorti – j’y reviendrai un peu après ainsi que mon collègue Joël qui était là aussi – et vous pouvez le trouver sur le site de la Via Campesina.

Les émotions étaient au plus haut pendant toute cette semaine : je passais des larmes de joie provoquées par les sensations de lutte commune, d’inconscient collectif, où on se rend compte que partout sur cette planète, on rencontre les mêmes problèmes pour lesquels on se bat, ces moments où nous chantions tous ensemble un « Aleerta »… aux larmes de tristesse quand des collègues d’Amérique Latine nous racontaient la répression sanglante qu’ils vivent là-bas : les assassinats de paysans militants sont courants…les emprisonnements, les menaces… Ou encore cette jeune femme sud-coréenne qui a témoigné en plénière de l’assassinat de son père par un policier alors qu’il était JUSTE entrain de manifester pour ses droits dans la rue… Même certains interprètes ont eu du mal à continuer la traduction tellement l’émotion était forte…

En comptant les bénévoles, nous étions bien 600 personnes, de plus de 70 pays, lors des 5 jours de conférence. Essayez d’imaginer ! J’en ai le tournis rien qu’en y repensant. La conférence a fini en beauté avec une marche dans Bilbao le dimanche. Puis le lundi, des visites de fermes étaient organisées. C’était le moment de se dire au revoir… Mamma mia, autant vous dire qu’après cette semaine de très belles rencontres des 4 coins du monde, d’euphorie collective, les « au revoir » n’ont pas été faciles pour beaucoup…moi la première. Beaucoup m’ont dit en rentrant « ces rencontres remotivent beaucoup pour continuer la lutte », ce à quoi j’ai répondu que je n’avais pas encore eu le temps de me démotiver depuis ma prise de poste à Uniterre il y a 6 mois, mais que là, cela m’avait donné encore plus d’énergie pour avancer ! Ce que j’ai retenu de cette rencontre, c’est la belle énergie, la solidarité, l’ouverture et le respect entre tous, que l’on soit de cultures différentes, hommes, femmes, jeunes, etc : le beau côté de l’être humain…

Quelques extraits de la déclaration finale de la conférence qui m’ont particulièrement touchée : « L’agroécologie paysanne est le fondement de notre proposition et de notre vision de la souveraineté alimentaire des peuples du monde. Pour cela, nous devons nous battre pour une réforme agraire intégrale et populaire, pour la défense des territoires autochtones et paysans et pour la restauration de systèmes alimentaires locaux.

En plus de renforcer et de développer nos marché paysans locaux, nous devons construire de nouvelles relations entre les travailleur-se-s des campagnes et des villes, de nouveaux canaux de distribution et de vente ainsi qu’un nouveau modèle de relations humaines, économiques et sociales, fondées sur le respect, la solidarité et l’éthique. (…)

Il est temps de construire un monde plus fraternel, fondé sur la solidarité entre les peuples. »

Berthe Darras



http://viacampesina.org/fr



Changer le monde ! Le slogan de la 7e conférence internationale de la Via Campesina ne laisse aucune ambigüité sur le sens de notre regroupement. Nous nous unissons pour défendre nos droits paysans, nous résistons aux attaques de l’agrobusiness, en cela nous cherchons à survivre, mais au- delà de cette résistance, nous nous organisons pour une transformation qui change globalement le mode d’être ensemble de l’espèce humaine.

Pour cela, nous cherchons des alliés, nous cherchons à amener la préoccupation pour la souveraineté alimentaire à se développer dans les autres secteurs de la société, qui ne sont liés à la filière alimentaire que par son extrémité finale, les mangeurs. Et pourquoi les mangeurs ne pourraient-ils pas façonner le monde dans lequel ils vivent, vu qu’ils forment le 100 % de la population ? De plus, il n’y a pas si longtemps, eux-mêmes ou leurs parents étaient encore paysans. Un mirage leur a fait penser que la vie serait plus facile en ville, mais pour quelques bonheurs nouveaux auxquels ils ont eu réellement accès, combien de cauchemars ils doivent maintenant affronter, divisés, parce que ces bonheurs et ces cauchemars se vivent seuls ! A partir de là, pour reconstruire une action collective, il faut sortir de ces rôles de producteurs et consommateurs individuels dans lesquels nous sommes cantonnés, créer des alliances locales avec des organisations urbaines, des associations de quartier, des communautés villageoises pour construire ensemble la souveraineté alimentaire.

Ici, dans nos régions très urbanisées du nord, nous devons donc trouver des formules pour donner plus d’ampleur à ce que les anglophones appellent « agriculture soutenue par la communauté », et que nous pourrions, en faisant un pas supplémentaire vers une disparition de la division entre producteurs et consommateurs renommer « agriculture organisée par la communauté ».

Dans de nombreuses régions rurales des pays du sud, la souveraineté alimentaire est mise en pratique dans le cadre de territoires populaires, notamment en Inde et en Amérique Latine, mais là-bas aussi, sans une alliance avec les populations urbaines, ces espaces ne pourront pas opposer de vraie résistance au rouleau compresseur de l’exploitation industrielle des terres et des êtres vivants qui y habitent.

Accompagnant cette construction par en bas, nos organisations travaillent à inscrire les principes de la souveraineté alimentaire au niveau étatique: au Népal, elle a été inscrite dans la constitution, et elle pourrait l’être l’année prochaine en Suisse.

La Via Campesina se donne aussi comme mission d’aider à construire, avec son expérience, une internationale des mouvements populaires.

Parallèlement à ces alliances nécessaires à d’autres secteurs de la société avec lesquels construire ce mouvement, la Via Campesina continue son extension géographique. Des organisations paysannes partageant nos valeurs nous ont rejoint ou sont sur le point de le faire : une organisation palestinienne, une organisation marocaine et une autre de Tunisie ont été accueillies à Derio, posant les bases d’une nouvelle région Nord de l’Afrique et Moyen-Orient, s’ajoutant aux 9 régions structurant le travail de la Via Campesina. Par ailleurs, une organisation australienne a rejoint la région Asie du Sud-Est et de l’Est. Pour ce qui est de l’Europe, plusieurs organisations des pays de l’Est, fortement touchées par l’accaparement des terres, étaient présentes à la 7e conférence, et c’est une des priorités de notre région d’accompagner les mouvements paysans dans ces pays jusqu’à aujourd’hui quasi absents de la Via Campesina.

Nous nous sommes engagés à continuer, en retournant dans nos régions, à lutter localement pour la souveraineté alimentaire et contre les politiques libérales, pour un mouvement paysan libéré de ses pratiques patriarcales et soutenant ses jeunes, contre l’accaparement des terres, pour nos semences paysannes, contre l’agrobusiness et les agrotoxiques, à construire nos modèles paysans agroécologiques, seuls à mêmes d’enrayer le changement climatique, et à exprimer notre solidarité pour les peuples en lutte, en envoyant rapidement lorsque la situation l’exige des représentants de nos organisations sur le terrain.

Joël Mutzenberg, Semences de Pays



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Les paysan-ne-s de plus de 70 pays se retrouvent pour construire la souveraineté alimentaire

19 Juillet 2017, Derio – La septième Conférence internationale de La Via Campesina, le plus grand mouvement paysan au monde, commence aujourd’hui à Derio, une ville tranquille de la province de la Biscaye, au Pays basque. Elle s’y tiendra jusqu’au 24 juillet.

Plus de 450 représentant-e-s de mouvements paysans venus du monde entier se rassembleront pour continuer leur lutte contre le capitalisme et pour proposer des outils concrets de construction d’un autre monde, basé sur la dignité et la souveraineté alimentaire.

Cette conférence, organisée tous les 4 ans, est un rassemblement unique de mouvements paysans et l’espace de décision le plus important de La Via Campesina.

«Ce moment est unique car nous sommes un mouvement très divers et pourtant très uni dans les multiples luttes que nous menons. Nous sommes ceux et celles qui travaillent la terre et nourrissent le monde mais nos territoires sont constamment attaqués. Nous faisons face à une criminalisation croissance. Cette conférence est un pas de plus dans l’internationalisation de nos luttes et dans la création d’une stratégie pour contrer les forces mondiales du Capital et construire un mouvement pour le changement», déclare Elizabeth Mpofu, paysanne au Zimbabwe et coordinatrice générale de La Via Campesina.

«La Via Campesina continue de grandir, nous sommes maintenant près de 200 organisations. Nous sommes une force politique de référence à l’échelle internationale», ajoute Unai Aranguren, membre européen du Comité de coordination international de La Via Campesina.

La VIIe Conférence internationale a été précédée par la IVème Assemblée internationale des jeunes (du 16 au 17 juillet) et par la Vème Assemblée internationale des femmes (du 17 au 18 juillet), des espaces pour que les jeunes paysan-ne-s et les femmes du mouvement puissent exprimer les enjeux qui leur sont propres et faire des propositions dans cette lutte.

L’Assemblée des jeunes a fait écho au fait que les jeunes sont celles et ceux le plus concerné-es par les migrations. Il est aujourd’hui plus urgent et plus nécessaire que jamais pour les mouvements sociaux d’investir dans la jeunesse paysanne. Il fait d’une part promouvoir une réforme agraire qui permette aux jeunes paysan-ne-s d’accéder à la terre, aux territoires et de pouvoir les contrôler et d’autre part intensifier les formations sur les pratiques agro-écologiques paysannes. Les jeunes ont aussi témoigné de leur solidarité à l’égard de la « Marche pour la défense de la souveraineté alimentaire et de la Terre Mère », organisée par le mouvement pour la terre en Euskal Herria.

L’Assemblée des Femmes a souligné la multiplication des cas de violences faites aux femmes, qu’elles soient domestiques, dans le travail agricole ou ailleurs dans la société patriarcale. Les participant-e-s ont également réaffirmé leur engagement à poursuivre leur lutte pour aboutir à un changement, basé sur le féminisme et la souveraineté alimentaire.

Avec un intense programme de quatre jours, le mouvement paysan réfléchira et discutera sur de nombreux sujets, dont la souveraineté alimentaire, l’agroécologie paysanne, les réseaux autonomes de formation, les droits des migrants, le commerce, la justice climatique, la criminalisation des mouvements sociaux et la construction d’alliances. Il discutera également du projet de Déclaration des Nations unies sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales, initié par La Via Campesina et qui a déjà atteint un stade avancé de négociation au sein du Conseil des Droits de l’Homme des Nations unies. De nouvelles lignes d’action stratégiques seront définies, fixant le cadre de la lutte pour les 4 années à venir et accueillant de nouveaux membres et leaders.

Ce dimanche 23 juillet, La Via Campesina, EHNE Bizkaia (l’organisation hôte et membre du mouvement mondial au Pays basque) et leurs alliés marcheront, avec des paysans et des paysannes de la région, jusque Bilbao en solidarité avec toutes celles et tous ceux qui luttent pour défendre leurs terres et territoires contre les grands projets d’infrastructures.

Lundi 24, des visites de terrain seront organisées dans le Pays basque pour tou-te-s les participant-e-s. Des visites plus longues des 26 au 28 juillet sont également prévues pour les participant-e-s des 9 régions de La Via Campesina.

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Soirée publique «Conserver et promouvoir le Droit aux semences pour les paysan-ne-s ; expériences pratiques au Sud et au Nord»
Jeudi 18 mai 2017 au Palais Eynard à Genève
Soirée publique dans le cadre de la mobilisation «Ensemble pour la Déclaration des Droits des Paysans à l’ONU»

Les vidéos de la soirée ont été réalisées par Justice5continents

[pour un meilleur visionnement, utilisez Firefox]

Une semaine de dense mobilisation a commencé à 9h le lundi 15 mai avec une centaine de personnes sur la place des Nations. Les 30 délégué-e-s internationaux de La Via Campesina et ses alliés sont arrivés dans un char tiré par un tracteur d'Uniterre Genève.
Dans le cadre des mobilisations pour la déclaration des droits paysans de l'ONU, ne manquez pas la soirée publique «Conserver et promouvoir le droit aux semences des paysan-ne-s; expériences pratiques au Sud et au Nord» jeudi 18 mai
Uniterre et l'association sénégalaise des producteurs de semences paysannes (ASPSP) ont initié début 2016 un partenariat sur la valorisation des semences paysannes1. Le projet est né des rencontres de la plateforme souveraineté alimentaire de la fédération genevoise de coopération, à laquelle Uniterre a contribué depuis ses débuts.
                                                                                          Aux médias
Lausanne, le 9 mai 2017
Invitation à la presse
Ensemble pour la Déclaration des Droits des Paysans de l'ONU
Chère Madame, cher Monsieur,
Uniterre, membre Suisse de La Via Campesina, vous invite à une conférence de presse et un rassemblement qui se tiendront
Le lundi 15 mai à 9h00 sur la place des Nations à Genève