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Aux Gouvernements et dirigeants de l'UE

Cette pétition est lancée par European Coordination of La Via Campesina

Les 2 milliards de personnes travaillant dans les zones rurales réclament leurs droits à la dignité et notre droit à une alimentation saine. Une déclaration de l’ONU sur leurs droits est l’instrument légal le plus puissant contre les abus comme l’accaparement des terres, la biopiraterie et l’exploitation au travail. Cela serait une base solide pour la défense de systèmes alimentaires sains et durables. Nous appelons les gouvernements européens à cesser de faire échouer cette initiative.

Pourquoi c'est important ?

Les négociations à l’ONU pour une Déclaration sur les droits du monde rural pourrait changer l’histoire: cela garantirait les droits des paysans à nourrir leurs communautés, protégerait leur subsistance ainsi que des systèmes alimentaires durables et divers qui nous nourrissent tous.

Cependant, après 15 ans de mobilisation par les organisations paysannes à travers le monde, cette initiative est maintenant en danger. Son avancée au sein de l’ONU risque d’être sabotée pour de bon par les gouvernements européens entre le 9 et 13 avril, lors de la prochaine session du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU. Inébranlables dans la défense de leur cause, pour cette occasion, une délégation internationale de paysans sera présente à Genève et nous appelle à nous unir pour défendre cette Déclaration!

Aidez-nous à défendre ce processus historique et l’avenir du monde

Envoyons comme message puissant, venu de toute l’Europe, aux gouvernements européens et leurs leaders qu’ils doivent appuyer cette Déclaration!
Nos signatures seront remises aux gouvernements européens au cours de cette prochaine session du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU (et, si nécessaire, à la suivante) comme preuve du soutien clair de l’opinion publique à la protection des communautés rurales et des systèmes alimentaires durables en Europe et dans le monde.

Servant de reconnaissance claire du rôle fondamental des petits producteurs, cette Déclaration leur donnerait des perspectives concrètes pour des conditions de travail et de vie décentes. En Europe, malgré une agriculture particulièrement industrialisée, les petits agriculteurs et leur modèle de production constituent la base d'une alimentation de qualité et garantissent la création de la plupart des emplois dans les zones rurales ainsi que la gestion durable des ressources naturelles et la lutte contre le changement climatique. Cependant, en raison d'un manque de revenus décents et de soutien insuffisant des pouvoirs publics et du fait de l’accaparement des terres, les fermes disparaissent à un rythme vertigineux au profit de l'expansion des grands complexes agroindustriels, qui capturent également l'alimentation des populations.

En Europe de l’Est, où est située la vaste majorité des fermiers en Europe, cette Déclaration est extrêmement importante. Les dix millions de personnes dans cette région qui vivent et travaillent dans les zones rurales ont besoin que leur gouvernements appuient cette Déclaration.

70% de la nourriture produite dans le monde provient de l’agriculture paysanne. Les éleveurs, les pêcheurs et les paysans sont les gardiens de la biodiversité et assurent une alimentation durable et de qualité en offrant des alternatives à l’agriculture industrielle de grande échelle. Toutefois, le financement public de l’agro-industrie, l’accaparement des terres, la biopiraterie liée aux semences et les toxiques accords de libre-échange minent les moyens de subsistance dans les communautés rurales ainsi que les systèmes alimentaires durables et sains. Ils ont donc besoin de notre soutien.

Les droits des paysans peuvent être protégés par une Déclaration unique de l’ONU et nous pouvons les aider à la faire adopter en faisant pression sur nos Ministres des affaires étrangères pour qu’ils l’approuvent! Une telle Déclaration serait un outil concret pour arrêter les violations contre les communautés rurales: les paysans seraient capables d’affirmer leurs droits spécifiques à l’image du droit à la terre, à un revenu décent et aux semences. De plus, cela serait un instrument international qui devra être respecté et protégé par les gouvernements et les institutions internationales.

Signez la pétition ici: https://you.wemove.eu/campaigns/UE-protege-nos-paysans-et-nos-systemes-alimentaires

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Nous avons déposé notre initiative au Palais fédéral en mars 2016 avec plus de 109’000 signatures. La première étape a été couronnée de succès grâce à la participation de nombreux bénévoles. Pour la deuxième étape qui nous mènera au vote, nous avons un immense besoin de votre soutien financier! Pour faire réellement aboutir ce beau projet il faut le faire connaître un maximum et en convaincre les gens! Avec votre aide, nous pouvons y parvenir! Prenez part au mouvement pour la souveraineté alimentaire. Chaque acte, chaque centime compte!

https://wemakeit.com/projects/ernaehrungssouveraenitaet-2018


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L'initiative pour la Souveraineté alimentaire propose des solutions qui concernent non seulement l'agriculture suisse, mais aussi les consommatrices et consommateurs et les conditions de travail et de production à l'étranger.

Sur ces points, nous rejoignons l'initiative pour des aliments équitables, car elle répond à nos préoccupations pour une agriculture mondiale équitable, respectueuse de l'environnement et des animaux et à l'écoute des mangeurs.

Nous rappelons que l'initiative pour la Souveraineté ne veut pas de mesures protectionnistes, mais une équité de critères et de normes entre les denrées alimentaires vendues en Suisse, qu'elles soient produites ici ou dans d'autres pays.


Initiative "pour des aliments équitables" ou "pour des denrées alimentaires saines et produites dans des conditions équitables et écologiques"

Portée par les Verts, elle prône un commerce équitable et une mondialisation plus juste. Elle demande des standards de durabilité minimaux pour les aliments produits en Suisse comme pour les produits importés.

Ne pourront être vendues en Suisse que des denrées alimentaires produites dans le respect des standards sociaux et écologiques minimaux. Donc pas de viande provenant de fabriques d'animaux, pas de tomates récoltées par des ouvriers payés un salaire de misère et pas de pollution des eaux par des pesticides.


Pour en savoir plus

www.aliments-equitables.ch




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A l'automne 2016, un petit groupe de sept Neuchâtelois a lancé son initiative "Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse". En cas d'acceptation par le peuple, tout produit phytosanitaire serait interdit sur le territoire helvétique au terme d'un délai de 10 ans.

Ils sont biologiste, vigneron ou encore entrepreneur. Ils ont décidé de lancer un grand coup de pied dans la fourmilière en soumettant un texte qui serait une véritable révolution dans le paysage agricole suisse. S'il est vrai que la part du bio n'a cessé de progresser depuis une trentaine d'années, les paysan-ne-s qui travaillent selon ces principes restent minoritaires, avec en 2016, un peu plus de 6 300 exploitations bio sur les quelques 53 000 exploitations au total, soit 12 %. (Source : rapport USP).

Interdiction totale. D'une grande simplicité, le texte demande l'interdiction totale des pesticides de synthèse (comprendre par là produit phytosanitaire au sens large) dans l'agriculture et l'entretien des espaces verts et du domaine public en général. Naturellement, les jardins privés sont également concernés. Il va cependant plus loin en étendant cette interdiction à l'importation de produits agricoles (denrées alimentaires, fourrages pour animaux) qui contiennent des pesticides ou qui ont été cultivés/élaborés avec l'aide de ces substances.

La cause est noble. La Confédération a déjà lancé un plan de réduction de l'usage de ces substances, c'est dire si l'on est conscient que la solution agro-chimique n'est pas dénuée de risques. Risques pour l'utilisateur en premier lieu, c'est-à-dire le paysan, qui doit user de mille précautions lorsqu'il manipule les différents produits pour effectuer les traitements. Risques pour l'environnement qui recueille par ruissellement, infiltration ou évaporation les molécules et leurs dérivés. Risques enfin pour les consommateurs que nous sommes en accomplissant l'acte quotidien de nous nourrir. Sujet sensible s'il en est, les études se contredisent et il n'est pas toujours facile de faire la part des choses, les enjeux économiques étant colossaux. L'affaire Monsanto et son glyphosate en est l'exemple le plus criant.

Face à un tel marasme, Future 3.0 a le mérite de poser une limite extrêmement claire et s'inscrit parfaitement dans le principe de précaution. Puisqu'on ne peut garantir la totale innocuité des produits phyto, alors bannissons-les définitivement ! Avec de telles dispositions, les buts des initiants sont nombreux, et sous l'angle de la Souveraineté alimentaire, cette initiative est intéressante à plus d'un titre et reprend plusieurs points défendus par celle d'Uniterre. L'appui des consommateurs étant vital aux paysannes et paysans, se tourner vers une agriculture 100 % biologique peut être une bonne chose. La nécessité d'embaucher des employés pour effectuer le travail supplémentaire, le retour des moyens de productions en mains paysannes, la plus grande valeur ajoutée, cela résonne bien aux oreilles des membres d'Uniterre.

Lacunes. Comme aucun projet ne saurait être parfait, il est utile de relever certaines lacunes de Future 3.0. En effet, elle ne résout pas les problèmes :

Des marges bien trop importantes dégagées par les grands distributeurs sur le Bio

Du renchérissement des produits alimentaires pour les personnes pour qui chaque franc compte (les retombées positives en termes de santé n'étant pas immédiatement palpables financièrement)

Du tourisme d'achat, concurrence déloyale fortement décriée

Des difficultés de trouver de la main d'œuvre qualifiée et de la payer décemment.

Enfin le texte n'aborde pas la question du revenu paysan, question pourtant centrale si l'on veut que les familles paysannes fournissent cet effort supplémentaire. Cela reste néanmoins un projet qui s'associe bien avec la Souveraineté alimentaire. •︎


Vanessa Renfer
Agricultrice et secrétaire d'UNITERRE

article paru dans le Journal Paysan Indépendant - février 2018

Plus d'infos ici www.future3.ch


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L'association politiquement indépendante "Eau propre pour tous" a déposé son initiative populaire "Pour une eau potable propre et une alimentation saine – Pas de subventions pour l'utilisation de pesticides et l'utilisation d'antibiotiques à titre prophylactique" le 18 janvier 2018 après seulement 10 mois de récolte avec 114'420 signatures. Une initiative qui suscite le débat, dont voici déjà 2 positions.


POUR

Franzisca HERREN - initiante de l'initiative "pour une eau potable propre"

Le nombre excessif d'animaux de rente en Suisse engendre trop de lisier. D'énormes quantités d'aliments sont importées pour élever un cheptel trop conséquent. Depuis l'entrée en vigueur des exigences liées aux prestations écologiques (PER) en 1996, les importations d'aliments pour animaux de rente sont passées de 263 000 tonnes à plus de 1,1 million de tonnes. 50 % de notre viande et 70 % des œufs et du poulet sont produits avec des aliments importés. Cet élevage intensif génère de l'ammoniac, toxique pour l'environnement, entraînant une sur-fertilisation des plans d'eau, des tourbières et des forêts et altère aussi la santé de nos poumons. En Suisse, 95 % des émissions d'ammoniac proviennent de l'agriculture, 90 % de l'élevage. De ce fait, depuis des années, le droit suisse de l'environnement et les accords internationaux sont transgressés.

En ce qui concerne le glyphosate, le pesticide le plus fréquemment utilisé faisant l'objet de controverses internationales et qui est aujourd'hui même interdit dans certains pays, le gouvernement fédéral souhaite augmenter la charge maximale admissible dans les eaux de surface de l'ordonnance sur la protection des eaux d'un facteur de 3600.

Et comme le confirme le rapport Bertschy 3 récemment publié par la Confédération, ce rapport mentionne que l'agriculture d'aujourd'hui n'est pas en mesure d'atteindre les objectifs environnementaux fixés.

L'élevage industriel favorise le développement de bactéries résistantes aux antibiotiques. Les bactéries résistantes aux antibiotiques figurent parmi les "plus grandes menaces pour la santé de la population suisse". Néanmoins, les antibiotiques continuent d'être utilisés en prévention dans les élevages en Suisse. La révision partielle de l'ordonnance du 1er avril 2016 sur les médicaments vétérinaires (OMédV) n'a malheureusement introduit que la restriction de l'approvisionnement en antibiotiques, mais aucune interdiction de l'utilisation d'antibiotiques à titre prophylactique.

L'agriculture intensive menace la qualité de l'eau potable. La Suisse est le château d'eau de l'Europe. Aujourd'hui, 70 % de l'eau potable est extraite directement des nappes phréatiques et des eaux de surface dans un état proche de la nature et sans traitement complexe. Ce privilège est fortement menacé par les substances nocives provenant de l'agriculture intensive. Afin de préserver la qualité de l'eau potable, l'initiative requiert que les subventions soient investies dans des exploitations qui produisent sans pesticides, préservent la biodiversité, élèvent leur cheptel nourri sur leur propre exploitation et n'utilisent pas d'antibiotiques à titre prophylactique dans l'élevage. L'initiative requiert que la recherche agricole, la vulgarisation et la formation ainsi que les aides à l'investissement ne soient financées que si elles tiennent compte des conditions susmentionnées.

L'initiative vise à garantir des moyens d'existence durables pour les paysans et pour la population : de l'eau propre, des sols sains et un niveau élevé de biodiversité. •︎



CONTRE

Ulrike MINKNER - paysanne et vice-présidente d'Uniterre

L'initiative pour une eau potable propre et une alimentation saine touche un nerf sensible. Qui ne veut pas d'un air propre, d'une eau propre, d'une alimentation propre et d'une chemise propre ? Les coupables : les paysannes et les paysans. Il ne faudrait plus octroyer de paiements directs à celles et ceux qui utilisent des pesticides et des antibiotiques à titre prophylactique. De plus, chaque exploitant devrait protéger l'environnement et nourrir ses animaux avec le fourrage produit sur l'exploitation, sinon le mandat de prestation ne serait pas rempli. Par rapport à l'affouragement, l'argumentaire de l'initiative exige que l'obtention de subventions soit liée à la condition de produire du lait et de la viande "sans apport de fourrage et concentrés alimentaires importés", tandis que le texte de l'initiative lui-même exige "des effectifs d'animaux pouvant être nourris avec le fourrage produit dans l'exploitation". C'est une différence majeure !

Une adoption de l'initiative signerait l'arrêt de nombreuses exploitations en raison d'une augmentation du travail et des coûts qui ne seront plus pris en charge par le marché. Qui voudra financer notre concurrence avec le marché mondial ? Qui voudra payer les frais supplémentaires, le vétérinaire, le sarclage et le désherbage, les salaires plus élevés de la main-d'œuvre, la biodiversité ? Répondre à ces questions de façon lapidaire en prétendant que le marché s'en chargera et que les consommateurs paieront le coût additionnel, est une réponse trop simpliste. Le délai transitoire de 8 ans pour adapter les exploitations est raisonnable, mais il ne résout aucunement les problèmes structurels.

Quel est le rôle de l'Office fédéral de l'agriculture ? Pourquoi n'a-t-il pas réglementé les autorisations des pesticides en y introduisant des limites raisonnables ? Les paysannes et les paysans utilisent les pesticides dans le cadre légal, non pas pour polluer l'environnement, mais parce qu'ils et elles doivent produire aussi bon marché que possible. Par ailleurs, la définition du terme "pesticide" n'est pas claire. Une interdiction de tous les intrants mettrait également sous pression l'agriculture biologique.

Il est surprenant que les géants de l'agrochimie ne soient pas contre cette initiative. Ils ont déjà trouvé leurs solutions : les nouvelles technologies de reproduction (CRISPR /Cas9) censées lutter contre la tavelure, le mildiou, le feu bactérien, etc. au moyen de l'édition génomique. Les plantes génétiquement modifiées, par exemple avec une résistance contre les pyrales, auraient également le vent en poupe.

Notre responsabilité ne s'arrête pas aux frontières de la Suisse, nos importations génèrent des déchets et pollutions ailleurs sur la Terre. Et si le changement structurel en Suisse se poursuit, l'importation de produits dont nous ne pouvons pas contrôler la qualité augmentera. Peut-être pouvons-nous convenir que l'initiative pour la souveraineté alimentaire d'Uniterre indique des solutions aux problèmes sociaux et structurels . L'adoption de notre initiative nous permettra de trouver un terrain de négociation avec tous les acteurs concernés par l'alimentation, les grossistes, les consommateurs-trices et les autorités fédérales, afin de trouver des solutions qui n'obligeraient pas les paysan-ne-s à cesser leur activité, tout en améliorant la qualité de l'écologie et de l'eau potable et en réduisant l'utilisation des pesticides. •︎


article paru dans le Journal Paysan Indépendant - février 2018


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Près de 25 000 signatures récoltées pour la pétition lait d’Uniterre!

Uniterre a déposé ce jour, mardi 27 mars 2018, auprès de la Chancellerie fédérale la pétition lait réclamant qu’1 franc par litre de lait soit payé aux producteur-trice-s de lait. Lancé le 23 novembre 2017, cette pétition a, en 4 mois, récolté 24 945 signatures. Un beau succès ! Cela montre que c’est un sujet qui touche les consommateur-trice-s, de plus en plus sensibles à la juste rémunération des paysans. En effet, les études de la FRC (Fédération Romande des Consommateurs) le montrent : les consommateurtrice-s sont prêts à payer plus cher le litre de lait s’ils sont assurés que la part supplémentaire revient aux producteurs.

> lire la suite

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Lancement de la pétition lait d’Uniterre:
«Pour Fr.1-/ litre de lait payé aux producteur-trice-s de lait afin qu’ils puissent vivre dignement!»

Jeudi 23 novembre Journée de mobilisation à BerneLancement officiel de la pétition lait équitablesuivi d’un petit dessert maison dont Uniterre a le secret...petit dessert maison dont Uniterre a le secret...

Nous voici presque 10 ans après la grève du lait et qu’en est-il? Eh bien, malheureusement force est de constater que presque rien n’a bougé! Le prix du lait payé aux producteurs de lait d’industrie est toujours aussi honteusement bas! L’émission «Les coulisses de l’événement: Lait amer et révolte paysanne» diffusée sur la RTS1, le 25 octobre dernier, nous a montré à quel point la nécessité de se battre reste d’actualité depuis plusieurs décennies! – Emission à voir à tout prix si ce n’est pas déjà fait! – Comme cette réalité foudroyante mise en avant dans l’émission: alors que la grève du lait a permis une augmentation du prix du lait de 6cts, nous apprenions que 6 mois plus tard, ce même prix du lait a été à nouveau baissé de 9cts. Après tant d’efforts, comment est-ce possible?!? Eh bien, c’est possible quand, au sein de l’Interprofession du Lait, les producteur-trice-s de lait sont sous-représentés et ne font pas le poids face aux transformateurs et à la grande distribution; quand la Confédération estime que d’autres intérêts priment sur ceux des producteurs. Mais Mesdames et Messieurs les politiques, ces producteurs sont aussi des citoyens qui devraient être défendus au moins autant que l’industrie, la grande distribution, le libéralisme économique…

Une grande distribution qui se moque complètement des consommateurs à coup de publicités mensongères : lait équitable par-ci (Aldi), publicité trompeuse avec le slogan «Equitable envers les paysans» (Denner) par-là ... Puis, la petite dernière de COOP: une augmentation gracieuse de 3cts le litre de lait accordée au producteur pour, quelques semaines plus tard, augmenter de 5cts les produits laitiers en magasin, alors que COOP avait indiqué noir sur blanc dans son magazine «Coopération» ne pas prévoir de répercuter l’augmentation! A croire, qu’en ce moment, le mot d’ordre est au mensonge.

Que nous reste-t-il? Nous paysan-ne-s, nous consommatrices et consommateurs, nous citoyen-ne-s de ce pays, nous avons l’occasion de dire maintenant à nos transformateurs, distributeurs et politiques que c’en est assez de faire crever les paysans, de les voir s’éteindre un à un, jour après jour ; que nous ne voulons pas à l’avenir boire du lait ou déguster des produits laitiers importés de Pologne ou de je ne sais où ! Et nous ne parlons ici que du lait mais cette façon insensée de pratiquer le commerce se retrouve dans bien des secteurs.

Alors à Uniterre, nous avons décidé de prendre le taureau par les cornes et de lancer cette pétition lait, avec le texte explicatif que vous trouvez ci-après. C’est en la signant, en la diffusant auprès d’un maximum de personnes… que nous arriverons, toutes et tous ensemble, à gagner ce combat!




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Pour sauver l’agriculture paysanne, changeons les règles actuelles du commerce international agricole


12 décembre 2017


Lettre ouverte aux gouvernements réunis à Buenos Aires à la conférence ministérielle de l’OMC

Alors que nous faisons face à des défis majeurs en termes de sécurité alimentaire, changement climatique et transition écologique, nos politiques agricoles restent formatées par des règles du siècle passé. C’est le cas en particulier des règles du commerce international agricole, adoptées à Marrakech en 1994 et qui ont conduit à la création de l’OMC en 1995.

Ces règles ont des effets destructeurs pour les paysanneries du Nord comme du Sud : industrialisation des modes de production, accaparement des terres, financiarisation de l’agriculture, dumping économique, social et environnemental. Elles renforcent le pouvoir des sociétés transnationales, imposent des techniques de production qui nuisent aux écosystèmes et elles dégradent les régimes alimentaires. Elles ruinent les exploitations paysannes, pourtant à même de nourrir correctement la population et de préserver durablement la planète.

Le bon sens voudrait que la priorité d’une bonne politique agricole soit de nourrir la population ; pourtant c’est plutôt la « compétitivité sur le marché international » qui sert aujourd’hui de moteur des politiques agricoles. L’Union européenne, par exemple, est ainsi devenue première importatrice et première exportatrice alimentaire mondiale. Faut-il en être fier ? Le haut degré de dépendance de l’agriculture et de l’alimentation vis-à-vis de l’extérieur nous laisse à la merci d’aléas géopolitiques et, par la multiplication de transports inutiles, contribue aussi au réchauffement climatique. Elle contribue aussi à maintenir les agricultures du Sud dans la position de producteurs de matières premières à bas prix.

Lorsque des porte-conteneurs européens remplis de pommes pour la Chine croisent dans l’Océan indien des porte-conteneurs chinois remplis de pommes pour l’Europe, la planète chauffe, et certaines firmes s’enrichissent au détriment des producteurs.

Le récent livre de Jean-Baptiste Malet[1] sur le circuit mondial du concentré de tomates est un bel exemple de l’absurdité sociale et écologique des règles actuelles. Les firmes transnationales produisent là où les coûts de production sont les plus bas, pour vendre là où leurs marges bénéficiaires sont les plus grandes. On a ainsi mondialisé les marchés agricoles, entraînant les agriculteurs dans une spirale mortifère de baisse des coûts-baisse des prix.

A la base de ces règles (négociation de l’Uruguay Round, 1986-1994), les deux grandes puissances exportatrices agricoles de l’époque, USA et UE, ont réussi à blanchir le dumping de leurs excédents - bradés à bas prix vers les pays tiers- en remplaçant les subventions à l’exportation par des subventions aux exploitations agricoles découplées de la production. Ces subventions sont notifiées dans la fameuse boîte verte à l’OMC, qui n’est pas soumise à restriction et n’est pas visée par les discussions en cours à l’OMC

Les règles de l’OMC permettent à l’UE et aux USA de fournir des matières premières agricoles à l’agro-industrie et à la grande distribution à des prix souvent inférieurs au coût de production, en subventionnant les exploitations pour qu’elles continuent quand même à produire et à vendre à perte. Ces règles leur permettent aussi d’exporter vers des pays tiers pauvres incapables de subventionner leur agriculture. C’est une forme d’accaparement des marchés qui est institutionnalisée par les règles de l’OMC.

Pour le producteur de mil du Sénégal, par exemple, les farines européennes qui arrivent dans le port de Dakar sont une concurrence déloyale. Ces farines sont vendues à des prix inférieurs aux coûts de production européens, rendus possibles par les subventions de l’UE. Peu importe si ces subventions sont dans la boîte bleue, jaune ou verte de l’OMC : ces farines, comme avant l’Uruguay Round, sont vendues sur les marchés africains à des prix qui concurrencent déloyalement les producteurs de céréales locales. Le Commissaire européen à l’Agriculture et au développement rural Phil Hogan rétorquera que les subventions de la boîte verte n’ont pas d’effet distorsif sur les échanges : ce serait vrai si les produits issus des exploitations européennes n’étaient pas exportés. Sans ces subventions, un grand nombre d’exploitations de l’UE et des pays « développés » utilisant la boîte verte seraient en faillite. Il y a bien un effet distorsif par accroissement de la capacité de production et d'exportation.

Il est donc urgent de remettre en cause les règles actuelles du commerce international et d’établir des règles justes et solidaires adaptées aux défis de ce siècle. A notre avis, ces règles doivent répondre aux objectifs de souveraineté alimentaire, c’est-à-dire permettre aux Etats/Régions de définir leur politique agricole et alimentaire adaptée à leur contexte et leurs besoins, sans nuire aux économies agricoles des pays tiers, et intégrant d’autres priorités comme l’alimentation des populations locales, la valorisation des producteurs alimentaires, le travail avec la nature, etc…(comme souligné dans les 6 piliers de la déclaration du forum Nyeleni en 2007).

Il faut remettre le commerce international agricole à sa juste place, ni plus ni moins. L’import-export ne doit plus être la priorité des politiques agricoles, mais le complément de politiques axées d’abord sur une production agricole destinée à nourrir la population locale, nationale, régionale.

Mais les discussions au sein de l’OMC et l’ordre du jour de la conférence ministérielle en matière de réduction du « soutien interne » n’avancent pas dans ce sens, l’UE et les USA refusant de mettre les soutiens de la boîte verte en question. Nous appelons les gouvernements réunis à Buenos Aires à prendre la mesure des vrais enjeux et établir les bases de nouvelles règles, qui permettront des échanges internationaux plus coopératifs et d'autres politiques agricoles nationales et régionales.

Nous appelons les organisations paysannes, juristes, économistes, ONG à travailler ensemble à des propositions concrètes de nouvelles règles du commerce international agricole qui permettent aux agriculteurs du nord et du sud de vivre dignement de leur travail, d’avoir accès à leur marché local, de produire une alimentation saine et nutritive, de diminuer le réchauffement climatique et d’enrayer le déclin de la biodiversité grâce à des pratiques agricoles agro-écologiques.

Michel Buisson, auteur de 'Conquérir la souveraineté alimentaire' Harmattan, 2013

Gérard Choplin, analyste indépendant sur les politiques agricoles, auteur de 'Paysans mutins, paysans demain-Pour une autre politique agricole et alimentaire' Editions Yves Michel, 2017

Priscilla Claeys, Senior Research Fellow in Food Sovereignty, Human Rights and Resilience, Centre for Agroecology, Water and Resilience (CAWR), Coventry University (UK) and author of “Human Rights and the Food Sovereignty Movement: Reclaiming Control”, Routledge, 2015.

Co-signataires (ordre alphabétique, en gras = personne ou organisation signataire )

Aide au Développement, ADG, Gembloux, Belgique

ASEED, The Netherlands

Tony Allan, Prof. King's College London. Stockholm Water Prize Laureate 2008

Jean-Jacques Andrien, cinéaste, Belgique

Eric Andrieu, député européen, groupe Socialistes & Démocrates S&D, France

Asian Peasant Coalition, APC

Jacques Berthelot, agroéconomiste, analyste bénévole des politiques agricoles pour les organisations paysannes et ONG du Nord et du Sud, France

Michel Besson, co-auteur de “La bio, entre business et projet de société”, Editions Agone, 2013, et membre du bureau des Amis de la Confédération paysanne, France

Patrice Burger, Centre d'Actions et de Réalisations InternationaIes, CARI, France

BEES coop - Coopérative Bruxelloise, Ecologique, Economique et Sociale, Belgique

José Bové, député européen, groupe Verts-Alliance libre européenne, France

Lijbert Brussaard, Professor emeritus, Soil Biology and Biological Soil Quality, Wageningen University & Research

Guillaume Chomé, ing. agronome, Belgique

Corporate Europe Observatory, CEO

Ibrahima Coulibaly, président de la Coordination nationale des organisations paysannes du Mali, CNOP

Guillaume Cros, vice-président Eelv du conseil Régional d’Occitanie, membre du Comité européen des régions

Cultivate!, the Netherlands

Olivier de Schutter, former United Nations Special Rapporteur on the right to food (2008-2014)

Benoît De Waegeneer, Thematic Officer Sustainable Food System, Oxfam-Solidarité

Stéphane Desgain, chargé souveraineté alimentaire, CNCD-11.11.11, Belgique

Jan Douwe van der Ploeg, emeritus professor Wageningen University, the Netherlands

Marc Dufumier, Auteur de Famine au Sud, Malbouffe au Nord, Edition NiL, 2012.

Patrick Dupriez, co-président Ecolo, Belgique

Farmers For Action, UK

FIAN Belgium

Simon Fairlie, The Land magazine, UK.

Pierre Galand, président du Forum pour un Contrat de Génération Nord Sud asbl, Belgique

Fuensanta García Orenes, Responsible of environmental area of Miguel Hernandez University (Elche-Spain) and researcher of ISQAPER project.

Susan George, Fellow of the Royal Society of Arts, FRSA, Ph.D. Ecrivain

Michèle Gilkinet, MPOC, mouvement politique des objecteurs de croissance, Belgique

Bruno Goffart, administrateur Wwoof Belgium

Christophe Golay, auteur de "Droit à l'alimentation et accès à la justice", Bruylant, 2011

Jean-Claude Grégoire, ing. agronome, professeur honoraire à l'Université libre de Bruxelles

Elizabeth Henderson, organic farmer, Newark, New York, US

Danielle Hirsch, Director, Both ends, The Netherlands

Anita Idel, Dr. med. vet., Mediation and Project Management Agrobiodiversity, Feldatal (Germany)

Michel Installé, professeur émérite, Université catholique de Louvain

Intal Globalize Solidarity, Belgique

Kilusang Magbubukid ng Pilipinas, KMP

Nicolas Jaquet, Président de l’Organisation des Producteurs de Grains, France

Michel-Jean Jacquot, ex-directeur du Fonds européen d'orientation et de garantie agricole, FEOGA,UE

Thierry Kesteloot, chargé de plaidoyer sur les politiques agricoles et alimentaires à Oxfam-Solidarité, Belgique

Marie-Paule Kestemont, professeur, Université catholique de Louvain

Tom Kucharz, Ecologistas en Acción (Spain)

Landworkers’ Alliance, UK

Bernard Lannes, Président de la Coordination Rurale Union nationale, France

Paul Lannoye, Député européen honoraire, Président du Grappe asbl

Henri Lecloux, agriculteur retraité, Belgique

Patrick Le Hyaric, député européen, Vice-président, groupe Gauche unitaire européenne/Gauche verte Nordique,

René Louail, ancien membre du Comité de coordination de la Coordination européenne Via campesina, France

Gustave Massiah, économiste, France

Alicia Morugan Coronado, environmental researcher of ISQAPER Project, Spain

Mouvement d'Action Paysanne, MAP, Belgique

Mouvement Rural de Jeunesse Chrétienne, MRJC, France

National Family Farm Coalition, NFFC, USA

Maria Noichl, Mitglied des Europäischen Parlaments, S&D, Österreich

Kaul Nurm, Former secretary general of the Estonian Farmers Federation

Maurice Oudet, président du Service d'Editions en Langues Nationales, SEDAN, de Koudougou au Burkina Faso

Österreichische Bergbauern Vereinigung, ÖBV-Via Campesina Austria

Raj Patel, Research Professor, L.B. Johnson School of Public Affairs, The University of Texas at Austin, USA

Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération Paysanne, France

Platform Aarde Boer Consument, the Netherlands

RIPESS intercontinental, Réseau Intercontinental pour la Promotion de l’Economie Sociale et Solidaire

Catherine Ronse, artisane en boulangerie, Belgique

Sir Julian Rose, Jadwiga Lopata, President/Vice President, International Coalition to Protect the Polish Countryside

Laurence Roudart, professeur, Université libre de Bruxelles

Seattle to Brussels Network – S2b

Michel Sorin, ingénieur agronome, membre du Mouvement Républicain et Citoyen,MRC 53, et à Réseau CiViQ

SOS Faim, Belgique

Marc Tarabella , député européen, groupe S&D , Belgique

Mark Tilzey, Senior Research Fellow, Governance of Food Systems for Resilience Centre for Agroecology, Water and

Resilience Coventry University, UK

Toekomstboeren, The Netherlands

Aurélie Trouvé, porte-parole d’ATTAC France

URGENCI, International network of Community Supported Agriculture

Arnaud Zacharie, secrétaire général du Centre national de coopération au développement, CNCD-11.11.11, Belgique

Védegylet Egyesület, Hungary

Women’s International League for Peace and Freedom, Dutch section, WILPF-NL



[1] « L’empire de l’or rouge, enquête mondiale sur la tomate d’industrie » - Fayard - 2017

Au mois d'août la commission de qualité de BioSuisse a décidé d'autoriser l'importation labellisée "Bourgeon" de vins argentins.

Les vignerons biologiques, membres de Bio Suisse, ont appris avec tristesse que leur propre organisation a décidé de violer une des règles importantes qui fondent leur action pour la nature. A savoir de donner l’autorisation à un preneur de licence d’importer des vins argentins qui arboreront le label des producteurs bio suisses. La décision se fonde sur un bilan écologique fourni par Coop et invoque également la demande des consommateurs.

Le bilan écologique semble cependant très douteux. De la zone de production Mendoza jusqu'aux ports argentins il faut déjà un transport routier de plus de 1000 km, à quoi s'ajoutent 20'000 km de transport par bateau et pour finir l'acheminement par route en Europe. Quant aux conditions sociales, le salaire horaire d'un ouvrier agricole argentin se situe entre 1,5 et 3 $/heure. De toute évidence les prix de production argentins sont largement inférieurs aux prix européens. Le bourgeon devient alors complice d'un dumping écologique et mine sa crédibilité vis-à-vis du public. Cette autorisation enfreint le cahier
des charges pour les produits importés qui stipule "que des produits importés de pays voisins ont la priorité".

Ne pas importer des produits d’Outre-mer que nous pouvons produire ici est une des bases de la politique du futur prôné par l'agriculture biologique. Consommer prioritairement les produits de proximité pour réduire la pollution et pour préserver un environnement social de
qualité participe à la cohérence de cette démarche.

La demande de Bio Genève d'un retrait immédiat de cette autorisation d’importation de vins argentins sera finalement traité à l'Assemblée des délégués du printemps prochain. La deuxième demande à savoir que toute décision reposant sur une dérogation à une de nos règles fondamentales soit soumise à l’Assemblée des délégués pourra également être débattue à ce moment.

Accès à la pétition

Il est encore possible de signer cette pétition.

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Dans les rayons des supermarchés suisses, 1 produit sur 6 contient de l’huile de palme. Pour produire cette huile de palme, des populations sont déplacées, leurs terres volées et la forêt équatoriale détruite.

L’huile de palme viole les droits humains et détruit l’environnement !

Tu peux agir contre cela : demande aux grands distributeurs suisses qu’ils réduisent le nombre de produit contenant de l’huile de palme de leur assortiment. Signe notre pétition dès à présent !

https://voir-et-agir.ch/stop-accaparement/

Pour plus d'informations:

https://www.facebook.com/voiretagir/

https://voir-et-agir.ch/medias/

Communiqué de presse :https://sehen-und-handeln.ch/content/uploads/2017/...

Campagne lancée par Pain pour le Prochain et Action de Carême


Article écrit par Jérôme Léchot suite à la campagne Denner "Fair zu den Bauern"


Dans une campagne publicitaire, Denner promet des produits bon marché – et des prix équitables aux paysans. Une contradiction ? Nous avons discuté avec Denner et appris une chose : cette pub est emblématiques des abîmes du commerce de détail.

« Trop cher ? Nous vous aidons » promettait Denner en mars. Avec un peu de chance, ceux et celles qui partageaient une photo avec #tropcher sur Facebook, Instagram ou Twitter obtenait l’article en question à un meilleur prix, voire gratuitement. Martina K. de Balsthal a posté sur zuteuer.ch une photo de ses achats avec le titre « famille de 5 personnes, nourriture trop chère ». Elle a reçu 177 « j’aime » de personnes qui sont d’accord avec elle ; seulement 3 personnes ne trouvent pas la/cette nourriture trop chère. Une action réussie pour Denner, qui se l’est offerte pour son 50e anniversaire, afin de redonner un nouvel élan à la mentalité « radin, c’est malin ».

En mai, Denner lançait sa prochaine campagne. Cette fois-ci, les affiches SGA arboraient le slogan « équité pour les paysans » avec, à l’arrière-plan, un tracteur archaïque qui roule vers un coucher du soleil. Avec cette campagne, Denner promet des prix équitables aux paysans. Et aux consommatrices, qu’elles peuvent acheter des produits bon marché sans mauvaise conscience. N’est-ce pas contradictoire ? Denner peut-il effectivement offrir des produits alimentaires bon marché à ses clients tout en rémunérant équitablement les paysannes et les paysans ?


Légende: Équité pour les paysans ?„Un écran de fumée pour les consommateurs qui permet aux distributeurs d’engendrer des profits sans retenue , écrit ainsi le syndicat paysan Uniterre dans une lettre à Denner et IP-SUISSE.


À notre question, Denner répond par la positive: « Grâce à la collaboration stratégique et durable avec IP-Suisse, les existences dans l’agriculture sont garanties pour aujourd’hui et pour les futures générations ». Denner serait en mesure d’offrir des prix bas « grâce à des structures légères et une logistique optimisée ».

Toutefois, « pour des raisons de concurrence », Denner ne veut pas indiquer concrètement, à l’exemple du prix du lait au producteur, ce qu’il faut comprendre par « équitable ». Seul chiffre divulgué par Denner : pour le Lait des prés d’IP-Suisse, les paysannes et les paysans reçoivent un supplément de quatre centimes par kilo de lait. Ces 4 centimes suffisent-ils pour garantir les « existences dans l’agriculture » ?


Tout le monde veut être équitable. Personne ne l’est.

Nous avons refait le calcul. Résultat : quatre centimes, ce n’est pas assez, et de loin pas. Tout simplement, parce que le prix de base est beaucoup trop bas avec 60 centimes par kilo de lait (moyenne 2015, Statistique laitière de la suisse 2015). Tellement bas qu’il ne couvre nullement les coûts de production. Selon le syndicat Uniterre, les coûts de production se montent à 98 centimes en zone de plaine. En zone de montagne, ils peuvent grimper jusqu’à 164 centimes par kilo. Donc, les 4 centimes supplémentaires par kilo ne suffisent même pas si l’on rajoute les 20 centimes de payement directs que les paysans laitiers reçoivent de la Confédération. Voici pourquoi plus de la moitié des 50 000 exploitations laitières de 1990 ont disparu.

Les survivants survivent grâce à deux stratégies. La première consiste à louer les terres de ceux et celles qui ont abandonnés et à miser sur des vaches à haute productivité en important des aliments concentrés. Ainsi, avec 3,5 millions de tonnes de lait par année, les 21 000 exploitations laitières produisent 0,5 millions de tonnes de plus que les 50 000 exploitations en 1990. Simplement, industriellement.

La deuxième stratégie, beaucoup plus importante, s’appelle auto-privation. Avec une charge de travail similaire à celle d’un médecin en chef, le quart inférieur des paysans en zone de pleine (production de lait, de viande et de cultures confondus) atteint un salaire horaire de 6.30 francs (Rapport agricole 2016), en zone de montagne, le salaire horaire est de 4.60 francs et en zone de colline 4.30 francs. Un quart des paysans indique ne jamais prendre de vacances. Soit, parce qu’ils ne peuvent pas partir à cause du travail, soit, parce qu’ils n’ont pas assez d’argent.

Donc, parler de prix « équitables » pour les paysans, c’est dérisoire. Et à la dérision s’ajoute l’hypocrisie : les prix dumping n’arrivent pas à assurer ces « existences » de romance fermière, dont parlent les affiches de Denner. Ceux qui survivent avec des prix pareils sont les exploitations industrielles avec des robots de traite et des vaches à haute productivité. Les petites fermes, celles qui pourraient garantir un approvisionnement écologique de proximité avec des aliments de qualité, ne servent plus qu’à fournir des modèles esthétiques à des emballages et des spot publicitaires.

Toutefois, Denner n’est pas la seule entreprise à se lancer dans le pseudo-équitable. Aldi vient de lancer « Fair Milk » qui promet aux paysans 70 centimes par kilo de lait. Ce faisant, le magasin discount allemand dépasse Denner avec ses 4 centimes IP-Suisse supplémentaires au prix de 60 centimes de la Migros. Bien que tout le monde, y compris la Coop, nous assure de payer un « prix équitable » – nous devons parler d’un prix de consolation. Aussi honnêtes qu’aient été les intentions derrière ces augmentations de prix, même les 70 centimes ne résultent que dans un salaire horaire de 5 francs, comme nous le démontrent les calculs du syndicat Uniterre. Et à cette dernière de constater : « C’est de la publicité mensongère ! » Il est donc hors de question de parler d’équité, même pour le plus offrant Aldi (!), sans parler de Migros et Coop, qui se placent derrière Denner.


Paysans épuisés et caisses pleines dans les magasins font partie du système

L’hypocrisie et la dérision des campagnes publicitaires sont des symptômes d’un problème plus profond. Pour le comprendre, nous devons jeter un coup d’œil sur l’ensemble du système, soit l’industrie alimentaire, respectivement le commerce de détail. Il apparaît que Denner vient juste de mettre les pieds dans le plat. Au cours des 27 dernières années, ce sont surtout les grands acteurs du marché comme Emmi, Coop et Migros, société mère de Denner, qui ont fait pression sur les prix.

Contrairement aux paysans, les transformateurs et les détaillants sont bien organisés. Parallèlement à la dérégulation du marché alimentaire qu’ils ont soutenu (la libéralisation du marché du fromage avec l’UE en 2007 et la suppression des quotas laitiers en 2009 entre autres), ils ont réussi à faire baisser les prix à la production agricole en Suisse de 30 % depuis 1990. En soit, une bonne nouvelle pour les chasseurs de bonnes affaires. Malheureusement, dans le même laps de temps, les prix à la consommation en Suisse ont augmenté de 12 %!

Légende: Depuis 1990, les prix à la consommation ont augmenté de 12 %, tandis que les prix à la production ont chuté de 30 %. Les barres grises indiquent les marges supplémentaires engrangées par les transformateurs et les détaillants depuis 1990. Graphique : das Lamm. Données : prix à la consommation : OFS 2016, prix à la production : Agristat 2016. Idée pour le graphique : Uniterre.


Comment les détaillants ont-ils réussi à écumer 12 % de plus auprès des consommateurs, malgré leurs prix à l’achat nettement inférieurs ? La formule magique s’appelle « différenciation de prix » (aussi appelée « discrimination par les prix »). Les détaillants continuent à offrir des prix bon marché pour les aliments de base comme la farine, le sucre et le lait des lignes standard. Car, le kilo de farine, le litre de lait, les 100 g de gruyère, ce sont des produits de référence et la clientèle s’en souvient. Pour ces produits-là, la marge de Migros & Co. n’a pas changé, les baisses de prix ont été transmises à la clientèle. La raison pour laquelle les achats d’aliments sont tout de même plus chers, ce sont les « produits spéciaux » qui promettent une certaine plus-value. La société mère de Denner est championne dans la différenciation de prix :

Son lait Heidi, elle le promeut avec des images d’agriculture de montagne, un alpage, où les boilles de lait sont encore roulées en bas de la montagne. Pour la plus-value, c’est-à-dire pour la « collecte » de lait coûteuse et le marketing encore plus coûteux, la Migros se dédommage généreusement : avec 1.70 franc par litre, le lait entier Heidi coûte bel et bien 60 centimes plus cher que sa sœur Valflora (1.10 franc par litre de lait entier). La perfidie du système, c’est que pour l’image de Heidi sur l’emballage, le paysan des montagnes ne reçoit pas un seul centime de plus pour son lait. Au contraire, grâce au marché, ses prix sont durablement à la baisse : de 1.35 franc par kilo en 1990 en passant par 77 centimes en 2004 (introduction de la marque Heidi) à 62 centimes en 2015 (prix moyens,Statistiques laitières de la Suisse 1990, 2004 et 2015, niveau 2015).

Légende : Pour quel lait le paysan reçoit-il un meilleur prix ? La réponse qui semble évidente n’est pas la bonne. Il reçoit la même chose pour les deux.


Pour le nouveau Lait des prés IP-Suisse de Denner, qui ne coûte que 1.30 franc par litre de lait entier, le paysan reçoit un supplément de 4 centimes. Et la nature un supplément écologique. Toutefois, Denner ne nie pas avoir recours à une différenciation de prix miniature et écrit : « Pour des raisons de concurrence, Denner ne fait aucune indication quant à ses marges ».

Un autre exemple peut être illustré avec les spécialités de pain : d’un pain bis qui coûte 2.20 francs le kilo à la Migros, 50 centimes vont à la paysanne qui fait pousser le blé. Les mêmes 50 centimes vont à la paysanne pour un pain gourmet qui coûte 8.75 francs le kilo. Migros cache habilement cette différence de prix en vendant le pain gourmet à 400 g et non pas 500 g. Qui est-ce qui sait faire ce calcul de 400 g à 1000 g en un clin d’oeil? Les quelques graines ne peuvent pas justifier la différence de prix énorme entre le pain gourmet et le pain bis.

Donc, nous payons « plus », parce que les professionnels du développement de produit et de la publicité nous font croire à des produits « meilleurs ». En général, la plus-value n’arrive pas jusqu’à la paysanne qui fait un travail de forçat pour un salaire misérable. En réalité, il ne nous coûterait pas plus cher de payer des prix équitables. Il suffirait de rendre aux paysannes une partie de la plus-value empochée par les détaillants. Ou de payer un tout petit peu plus cher, afin que les paysannes reçoivent aussi quelque chose pour leur lait – pas seulement le service marketing de Migros, Denner & Co. qui se battent pour la clientèle avec des campagnes comme #tropcher.


Nos aliments sont-ils vraiment #tropcher ?

Le problème avec le faux-pas publicitaire de Denner n’est pas la contradiction flagrante entre prix équitables aux paysans et promesse de prix planchers aux consommateurs, le vrai problème, c’est l’impression laissée par cette campagne : nos aliments seraient trop chers.

Malgré l’augmentation de 12 % des prix à la consommation depuis 1990, nous ne payons pas cher pour notre nourriture. Avec en moyenne 7 % de notre revenu attribué à la nourriture, la Suisse occupe l’avant-dernière place dans l’Europe, avant la Norvège. À Genève, il faut travailler en moyenne 7 minutes pour pouvoir s’acheter un pain. À Paris, il faut travailler 15 minutes, à Rome 17 minutes. Et avec une même quantité de travail, on peut acheter deux fois plus de lait à Zurich qu’à Paris.

Si les paysannes recevaient 1 franc par litre de lait, au lieu de 60 centimes, comme le syndicat Uniterre le demande depuis des années, nous pourrions toujours acheter plus de lait que les Parisiens et les Parisiennes. Même si les détaillants gardaient leurs marges généreuses et les magasins discount leurs marges modestes. À la différence près que les paysannes pourront à nouveau se permettre d’acheter leur propre lait, même en le retrouvant dans un emballage Heidi dans une étagère de la Migros. Par exemple durant des vacances au Valais – vacances, qu’elles pourraient enfin se permettre pour se reposer d’une semaine normale de 55 heures.


La réponse de Denner

Denner réfute le reproche de faire pression sur les prix avec sa campagne #tropcher : dans le cadre de la campagne pour leur jubilé, Denner avait laissé la clientèle décider de ce qui était « trop cher ». Ou pas. Denner regrette : « S’il s’avère qu’il y a des consommateurs qui estiment que les aliments (suisse) sont trop chers, cela ne fait que confirmer un fait que vous avez mentionné vous-même : la valeur attribuée aux aliments par notre société est à la baisse. Toutefois, il ne s’agit sûrement pas d’une réaction intentionnée par la campagne que Denner a lancée pour son jubilé. » C’est une bien maigre consolation pour les paysannes et les paysans.

Bien évidemment, la campagne de Denner n’est pas à elle seule responsable du désastre laitier. L’entrée sur le marché suisse de magasins discount comme Aldi et Lidl, le tourisme alimentaire dans nos pays voisins et les dérégulations mentionnées contribuent également à la dépréciation des aliments. Mais, avec une campagne du genre « radin, c’est malin », Denner cultive une mentalité qui juge que la nourriture est « trop chère », même si la comparaison avec d’autres pays prouve que notre nourriture est « bon marché ». Trop bon marché. Puisque les paysannes et les paysans, qui travaillent d’arrache-pied, ne reçoivent presque rien.

Denner souligne aussi que sa campagne #tropcher ne porte aucun préjudice au monde paysan, au contraire. Et voici comment cela fonctionne : grâce à leur structure entrepreneuriale très légère et ses petites marges, Denner réussit à empêcher en partie le tourisme alimentaire et cet argent reste en Suisse. « C’est de l’argent qui échappe autant aux producteurs qu’au commerce de détail, nous sommes tous dans le même bateau. »

Il est possible que Denner réussisse à donner l’envie aux Suissesses et aux Suisses, qui font leurs achats de l’autre côté des frontières, pour qu’ils reviennent dans les magasins suisses et achètent des yoghourts suisses, peut-être même avec du Lait des prés IP-Suisse plus écologique. Denner arrive peut-être même à attirer la clientèle qui ne cherche pas à faire des affaires par avarice, mais par nécessité. Un but honorable, en soi. Mais est-ce qu’il arrive à convaincre la paysanne, le paysan, qu’ils sont assis dans le même bateau que les autres, grâce à ces 4 centimes supplémentaires, si leur salaire ne dépasse même pas la marque des 5 francs par heure ? Il me semble qu’il faudra une preuve bien plus payante pour y arriver. Et non seulement de la part de Denner, mais de tous les détaillants et tous les magasins discount.

Traduit de l'allemand - source originale