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Article du journal Uniterre Novembre 2018 - Vanessa Renfer, paysanne et secrétaire à Uniterre


Produire des porcs en Suisse, ce n’est pas une sinécure, et cela depuis de trop nombreuses années. Nombre d’éleveurs se retrouvent à un tournant, car leurs écuries ne sont plus aux normes, et les prix sont au plancher. Quel avenir pour ce secteur, face aux bas prix et aux attentes sociétales ?

En Suisse, on dénombre actuellement près de 6400 fermes impliquées dans la production porcine. Le plus souvent, les différentes étapes de l’élevage sont morcelées entre les fermes, certains ne s’occupant que de la mise-bas, d’autres que de l’engraissement des porcelets après le sevrage. La moitié des porcs sont détenus dans des exploitations de plus de 200 animaux. 3 % des fermes travaillent en production biologique. Cette production indigène couvre plus de 95% de la consommation en Suisse, et la viande de porc représente le 44% de la viande consommée en Suisse. Une part non négligeable de la production est située aux abords directs des fromageries, puisque le petit-lait peut être facilement valorisé de la sorte. Ce modèle tend toutefois à disparaître car ce sont précisément ces bâtiments qui nécessitent aujourd’hui une rénovation. Or les sociétés de fromagerie ne sont plus motivées à assumer les frais qui en découleraient, alors que les prix de vente ne couvrent pas les coûts de production. Quatre cantons détiennent en Suisse la plus forte concentration de porcheries : Lucerne, Berne, Thurgovie et St-Gall. En Romandie, ce sont surtout les cantons de Vaud et de Fribourg qui comptent un nombre élevé de porcheries.

Il y a très peu d’importations dans notre pays. Les carcasses supportent mal le voyage, même si le trajet est court, et de toute façon, la production indigène est quasiment suffisante. La viande importée l’est surtout sous forme de produits prêts à la consommation.

Selon les données fournies par la faîtière SuissePorcs, l’affouragement des porcs est à 90% indigène.

Prix à la production

A côté d’un prix de base effondré, qui tourne actuellement à 3.60 frs par kg de poids mort en prix de base, (hors label), les producteurs suisses sont régulièrement confrontés au refus de chargement de la part de leurs acheteurs. Parce que l’écoulement est momentanément ralenti en magasin, les grands centres d’abattage refusent la prise en charge des porcs arrivés au poids exigé. Malheureusement, on ne peut pas mettre la croissance des animaux sur pause, et les porcs, une ou deux semaines plus tard, se retrouvent trop gras, et cela entraîne des déductions massives. Il vaudrait peut-être la peine de se poser la question de la race utilisée en engraissement. Ce sont des animaux très performants, mais exigeants, et leur engraissement est si intensif qu’une ou deux semaines de plus font une différence énorme sur la balance, et partant, sur le prix. Il pourrait dès lors être intéressant de se tourner vers des races plus rustiques, ce qui rendrait la production plus résiliente face aux besoins des acheteurs, en plus de tous les autres avantages que l’on peut y voir (moins de maladies, besoins en fourrage plus simples, moins de concentrés, croissance plus lente qui permettrait la formation d’une viande de meilleure qualité).

Ecuries en fin de vie

Les deux producteurs qui ont témoigné ont fait la même réponse : leurs écuries sont aux normes, mais si cela n’était pas le cas, aucun ne souhaiterait rénover ou construire un nouveau bâtiment, la faute à un prix insuffisant pour se mettre une telle charge sur le dos. En pays de Vaud, où l’on dénombre de nombreux engraisseurs, la diminution des unités de production a été vertigineuse, autant sinon pire que dans la production laitière. Au niveau suisse, si l’on comptait encore près de 10'000 éleveurs et engraisseurs il y a dix ans, leur nombre a diminué d’un gros tiers.

Pression sociale

Les porcheries sont régulièrement la cible de violation de domicile par des organisations de défense des animaux, qui diffusent ensuite des montages vidéo desquels il est difficile de tirer des informations objectives, mais qui exacerbent la sensibilité des consommateurs. Paysannes et paysans sont victimes de dangereux raccourcis et amalgames, alors qu’ils ne sont qu’un maillon de la chaîne et que c’est l’entier du système qui mérite une réflexion en profondeur. La viande porcine reste la plus consommée en Suisse, probablement grâce à son bas prix, mais aussi grâce aux traditions qui entourent la consommation de cette viande (célébrations de la St-Martin au Jura, diverses spécialités de saucissons d’un canton à l’autre). Comme dans d’autres domaines, il devient difficile, voire impossible, de combler les attentes légitimes des consommateurs si l’on n’agit pas maintenant pour revaloriser le travail des paysans. Rappelons à cet effet que le prix payé en 2008 était encore de 5.- frs par kilo de poids mort, contre seulement 3.60 frs actuellement. Une perte de près de 30% en 10 ans. Naturellement, il est illusoire d’escompter la même baisse en magasin ! Une fois de plus, les intermédiaires ont très bien su tirer leur épingle du jeu.

Témoignages de deux producteurs

Jonas et Martina Strähl travaillent sur leur ferme d’une trentaine d’hectares dans le canton de Soleure, à Matzendorf. Ils sont en reconversion à la culture biologique, et en parallèle de la production laitière, ils engraissent annuellement environ 150 cochons, dont une partie est vendue à une boucherie locale, et le reste à un grand distributeur, en l’occurrence la Coop, par l’intermédiaire de son entreprise Bell. Dans un cas comme dans l’autre, ce ne sont pas les Strähl qui fixent leur prix de vente. Ils se plient à la décision de leur acheteur, ce dernier se basant sur les tabelles publiées de façon hebdomadaire par Proviande. Le prix est actuellement insuffisant, en particulier avec Bell. Ils n’ont pas été pénalisés par des refus de chargement et des déductions pour poids excessif, car ils passent par un marchand qui a toujours pu écouler leurs bêtes. Il est cependant probable qu’en production biologique, le risque de voir le marché saturé soit moins élevé. Leur bâtiment correspond aux normes actuelles en matière de détention ; cependant, si cela ne devait plus être le cas, ils n’envisageraient pas la construction d’un nouveau bâtiment.

Martin Häberli, de Rosshäusern dans le canton de Berne, engraisse quant à lui 650 à 750 cochons pour la grande distribution. Parce que son bâtiment date de 2003 et qu’il a fini de le payer, il estime que ses frais de production sont intégralement couverts, d’une part par le prix de vente, d’autre part par les paiements directs. Comme il travaille selon le cahier des charges IP Suisse, il reçoit une prime de quelques 30 centimes/kilo, en plus du prix annoncé par Proviande. Son bâtiment est aux normes, mais nécessite tout de même un entretien régulier et quelques réparations. A la même question de savoir s’il se lancerait dans la construction d’une nouvelle écurie si cela était nécessaire, il répond qu’au vu du marché actuel, il se poserait vraiment la question. Il a vécu cette année des périodes où ses cochons n’ont pas été pris en charge, et a dû subir les déductions qui s’en sont suivies, pour une situation dont il n’est absolument pas responsable.

Le marché du porc en Suisse est à l’image de toutes les productions industrielles. Il fonctionne selon un modèle dépassé qui montre toutes ses failles. Les prix insuffisants ne permettent pas aux familles paysannes d’investir dans des bâtiments qui répondraient mieux aux attentes des consommateurs. Les prix sont fixés semaine après semaine par un accord entre Suisseporcs, Proviande et les acheteurs (un marché dominé à plus de 80% par Bell et Micarna, autrement dit Coop et Migros). Comment dès lors planifier son travail et ses investissements ? De même que dans le lait, un effort doit être consenti en faveur des producteurs. Pour que nous puissions durablement consommer de la viande de porc suisse à l’avenir, les familles paysannes doivent pouvoir travailler dans des conditions dignes, avec un revenu équitable.

Et si on faisait autrement ?

Il existe de nombreux exemples de paysannes et paysans qui ont fait le choix de n’élever que quelques porcs, souvent avec des races plus rustiques, et de les commercialiser en vente directe. C’est une alternative qui mérite vraiment d’être valorisée. Voici donc le témoignage d’un troisième producteur, qui a décidé de ne fonctionner qu’avec la vente directe :

Joan et Joana Studer sont agriculteurs en Ajoie à la ferme de Mont-Lucelle. Leur ferme est bien diversifiée et propose en vente directe de la viande de porcs basques. Jusqu’à l’année passée, ils élevaient annuellement une petite centaine de têtes dans un espace totalement libre. Les bêtes avaient la possibilité de vaquer constamment à leurs occupations sur de vastes terrains offrant une grande variété de structures (pâturages, haies et bosquets, vergers…). Cette variété offrait non seulement beaucoup d’espace à chaque porc, mais favorisait aussi une alimentation variée et produite presque exclusivement sur la ferme, une alimentation qui correspond parfaitement à l’omnivorisme de ces animaux. Le couple a dû néanmoins fortement réduire son troupeau et changer un peu sa façon de travailler, puisqu’il détenait jusque-là des porcs portant une boucle nasale, et que cela est interdit par la Loi sur la protection des animaux. Les Studer notent toutefois que la demande pour de la viande issue de leur production est très très bonne, et que cela leur permet de fixer des prix justes à la fois pour eux et pour leur clientèle. A l’exception de la problématique de la boucle nasale, leur système de détention offre aux porcs un cadre de vie qui est largement supérieur aux normes requises par l’OPAn.

Plus globalement, les Studer remarquent que les porcs sont largement oubliés dans l’évolution vers des conditions de détentions plus éthiques. En Suisse, ils restent des animaux destinés à l’élevage industriel, comme l’explique Joan : « Il est parfaitement affligeant de savoir qu’en Suisse on a tout à fait le droit de détenir plus de 1.1 tonnes de porc sur 10 mètres carrés de béton dans un bâtiment sans accès direct aux rayons du soleil, en bafouant complètement leur régime alimentaire et en ayant un âge d’abattage entre 5 et 6 mois et que dans le même temps, il soit interdit de mettre une boucle nasale sous anesthésie à des porcs de races rustiques en échange d’une vie longue de plus de 18 mois en véritable plein air, ayant une multitude d’activité et de milieux naturels à disposition, le tout sans n’être jamais malade et donc sans avoir besoin d’avoir recours à des antibiotiques ! ».

Le lecteur désireux d’en savoir plus pourra visiter le site web consacré au combat des Studer pour leur élevage et leur manière de travailler : www.porclibre.ch.

Sources :

Office fédéral de la statistique : https://www.bfs.admin.ch/bfs/fr/home.html

Union suisse des paysans : www.usp-sbv.ch

Faitière Suisseporcs : www.suisseporcs.ch

24 Heures, article du 17.09.2016, Pascale Burnier :

https://www.24heures.ch/vaud-regions/filiere-cochon-industriel/story/19351554

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Difficile de parler de souveraineté alimentaire sans évoquer la multiplication des semences et la sélection de variétés adaptées à l’agriculture paysanne. L’ASPSP (l’association sénégalaise des producteurs de semences paysannes), organisatrice de la 6ème édition de la foire ouest africaine des semences paysannes, pose le débat avec comme fil rouge de l’événement: Souveraineté alimentaire – quel rôle pour la semence?

De Genève à Djimini

Nous sommes deux jardinièr-e-s de l’association Semences de pays, travaillant dans le canton de Genève, à nous être déplacé-e-s à Djimini, en haute-Casamance, à l’occasion de cette foire.

Depuis 2009, nous sélectionnons et multiplions des variétés de légumes issues de sélections paysannes. Le projet comporte des dimensions sociales, politiques et agroécologiques: de nos pratiques culturales à des projets avec des maraîcher-e-s, nous soutenons une démarche de souveraineté alimentaire. Nous réfléchissons à de nouvelles formes de système semencier, nous permettant de reconquérir et de gagner notre autonomie vis-à-vis des grandes industries, de nous réapproprier les choix variétaux et la multiplication des semences, au niveau local. Pour ce faire, nous nous inspirons de différentes formes existantes, à l'image d'un système initié il y a une dizaine d'années en Haute-Savoie par des maraîcher-e-s qui s’organisent pour produire en commun leurs graines dans le cadre d’une maison de semences.

L’ASPSP travaille depuis 13 ans à la création d’un réseau de semences paysannes au niveau national et international. Elle est constituée de producteur-trice-s et valorise les systèmes d’échange existants dans les communautés paysannes. Nous avons à apprendre de son travail et de ces systèmes semenciers paysans.

Face aux multinationales, il est nécessaire de s’organiser et de se renforcer entre militant-e-s, à travers des moments departage de pratiques et d’expériences. C’est dans cette optique que nous nous sommes rendu-e-s à Djimini.

Précisons que plusieurs langues étaient utilisées durant ces trois jours: le Moré, le Français, le Wolof et le Pulaar pour celles traduites lors des moments formels. Nous ne comprenions pas les langues majoritairement utilisées par les participant-e-s lors des moments informels.


Diversité des moments d’échanges et d’organisation politique

La base constituante de la foire est l’échange de semences, impressionnant de par son importance. Cet échange est formalisé à travers des fiches, sur lesquelles les données du/de la donneuse/donneur et celle du/de la receveur/receveuse sont inscrites, ainsi que le nom de la variétés et des renseignements liées à sa culture. Ces informations sont récoltées par l’ASPSP, afin de répertorier les variétés paysannes. Nous avons vu de nombreuses variétés de mil, riz, petit mil, sorgho, ainsi que des variétés de maïs, oseille, gambo, arachide, niébé, d’aubergines et pour finir quelques variétés de tomates et de piments. Chaque variété porte soit le nom de la personne qui a commencé à la diffuser, soit celui du village d’origine. Ce fonctionnement permet de retracer son chemin.

Ces semences viennent toutes de la sélection paysanne, c’est à dire issues d'un travail de sélection et de multiplication qui remonte parfois à plusieurs générations.s. Elles sont amenées par des collectifs ou organisations paysannes, actives dans la promotion de l’agriculture paysanne familiale et de l’agroécologie.

Cet échange permet de mettre en circulation des variétés paysannes. Dynamique indispensable à l'existence et à la qualité de la biodiversité cultivée, ellemet en connexion des paysan-ne-s multiplicateur-trice etleur permet de trouver de nouvelles variétés et d’échanger sur leur pratique de multiplication et de sélection. Nous avions amené quelques semences, ce qui nous a permis de prendre part à l’échange et de comprendre son importance : c’est un lieu de diffusion essentiel pour les semences paysannes, qui seront réellement utilisées dans la production.

En définitive, cet échange s’inscrit dans les pratiques des paysan-ne-s que nous avons rencontrées. Dans leur région, ils/elles produisent leurs propres semences (principalement de céréales) ou/et les échanges avec leurs voisin-e-s. Comme l’a souligné une paysanne de l’ASPSP: «la semence paysanne est une semence communautaire»; ces pratiques, complété par des échanges locaux, nationaux ou régionaux, forment les systèmes semenciers paysans autonomes basé sur la confiance. Ils sont mis en péril par les semences certifiées. Lors de cette foire, des propositions sont faitesafin de les renforcer. Par exemple, la construction de «cases de semences», qui permettent de mieux conserver les semences, de mettre à disposition les variétés paysannes de la région et de mieux les répertorier.


A côté de cet échange, plusieurs espaces ont permis de débattre et d'échanger sur les savoirs et les luttes paysannes, à travers des conférences,des ateliers et des animations culturelles. De notre coté, nous avions proposé de la documentation sur des luttes paysannes d’autres pays (Colombie, Inde, etc.) qui soulevait les questions de la pollution des eaux, des sols et de l’air par l’installation des multinationales, de la lutte contre les OGM et pour la préservation de l’environnement dans le but de maintenir une souveraineté alimentaire et une culture paysanne locale.

Le premier jour de la foire, s’est tenue une pièce de théâtre, en français, crée par la troupe de théâtre forum Kaddu Yaraax, de Dakar. Elle ouvrait le débat, avec humour, sur les réglementations touchant aux semences paysannes, et plus particulièrement sur leur vol par les multinationales. Les spectateurs et spectatrices ont pu réagir, et condamner le comportement de certains personnages. Il en est ressorti une méfiance vis à vis des scientifiques, plus particulièrement blancs et occidentaux.


La question de la place de la recherche scientifique dans les luttes paysannes pour la souveraineté alimentaire est centrale. Plusieurs fois, il a été mis en avant que les paysan-ne-s sont des «chercheur-euse-s» dans leur champ, et que leurs savoirs et pratiques sont mis en péril par la recherche scientifique et ne sont pas considérés dans le cadre institutionnel. Il en émane un autre questionnement fondamental: comment se protéger et lutter contre les grandes entreprises semencières, qui s’accaparent les semences paysannes et qui disposent d’un important arsenal judiciaire et législatif (notamment via le brevetage)?

Plusieurs modes de lutte cohabitent pour répondre à cette problématique : d'une organisation locale, permettant aux communautés paysannes de se renforcer, à une voie plus légale pour une reconnaissance des semences paysannes hors du système de propriété intellectuelle. La loi Tirpaa (Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture) a fait par exemple le sujet d’une conférence. Plusieurs paysann-ne-s déplorent d'ailleurs par le manque d’engagement et de mise en pratique de ce traité au Sénégal.


Plus concrètement, une lutte qui nous a particulièrement intéressée était celle portée par le mouvement «Nous Sommes la Solution» (NSS), lancé initialement par douze femmes leader paysannes. Nous avons pu rencontré une militante active dans ce mouvement, Mariama Sonko, qui nous a expliqué son organisation et ses objectifs. NSS est présent dans sept pays: le Ghana, le Burkina Faso, le Mali, la Guinée-Bissau, la Guinée-Conakry la Gambie et le Sénégal. Lancé en 2011 à travers une campagne pour la promotion de la paysannerie familiale, il rassemble maintenant plus de 500 associations de femmes paysannes. Elles travaillent autours de trois objectifs:

  • promouvoir le savoir et les pratiques hérités des ancêtres qui ont toujours servis à soutenir la souveraineté alimentaire
  • influencer les décideur-eu se-s pour la prise en compte de la pratique agroécologique dans la politique national agricole
  • valoriser les produits issus de l’agriculture paysanne et de l’agroécologie

Elles s’organisent au niveau local, national et international et les différents projets de luttes sont reliés grâce à des comités de pilotage composés de coordinatrices. Leur structure leur permet d’être efficace, et de faire circuler facilement les informations entre des localités éloignées.

Etant les premières concernées par l’alimentation de leur famille et communauté, les femmes sont à même d’identifier les problématiques liées à la nourriture et de proposer des solutions pour atteindre l'autonomie . De la multiplication de semences à la transformation de produits, le travail qu’elles réalisent donne des outils concrets pour atteindre la souveraineté alimentaire. Par exemple, elles ont élaboré deux types de bouillon, l’un à base de crevettes et l’autre à base de néré, une légumineuse. Elles les présentent comme une alternative et une résistance aux cubes Maggi ou Jumbo, qui se sont imposés dans la grande majorité des plats de leurs pays.

Pour finir, Nous Sommes la Solution propose également des perspectives de luttes féministes : à travers des formations et la constitution de réseaux visant à enrichir les savoirs des femmes et la possibilité de générer des revenus, une des femmes rencontrées témoigne de la position d’autorité qu’elle et ses camarades ont pu acquérir dans leur village.

Durant ces trois jours, nous avons pu créer des liens avec différent-e-s militant-e-s, avec qui nous partageons des bases communes, comme la nécessité d’utiliser des variétés paysannes pour atteindre une indépendance semencière. Grâce à ces rencontres, nous sommes rentré-e-s avec quelques graines dans les poches, une bonne bouteille de miel, du bouillon et une confiance renforcé-e-s dans nos valeurs et actions.


par Olivia et Marlène, Semences de Pays
Photos: Eline Muller



La Commission Internationale d'Uniterre (CIU)

La Commission Internationale d'Uniterre (CIU), est une commission qui fait partie de notre syndicat paysan et qui s'occupe principalement de solidarité internationale, notamment en venant en soutien à certaines organisations également membres de La Via Campesina ou en offrant un appui technique aux délégations qui visitent Genève à l'occasion du processus de la Déclaration des droits des paysan-ne-s à L'ONU. La CIU, qui est également membre de la Fédération genevoise de coopération, mène aussi un projet pour la souveraineté alimentaire au Sud. Depuis 2016, elle travaille au Sénégal avec l'ASPSP, l'association sénégalaise des producteurs de semences paysannes, une association faîtière qui regroupe une trentaine d'organisations paysannes. Le projet commun, qui se déroule dans quatre régions distinctes du territoire sénégalais, vise à développer l’intégration des semences paysannes aux démarches agroécologiques. Plus d'informations sur le projet ici. Chaque année l'ASPSP organise une foire des semences, une fois sous-régionale comme cette fois-ci, une fois nationale comme l'année passée. C'est dans ce cadre qu'une petite délégation suisse, composée de membres de Semences de Pays et d'une personne de la CIU, volontaire pour fournir un soutien technique à ASPSP ont eu la chance de participer à la foire des semences paysannes de Djimini, un grand moment de la lutte pour la souveraineté alimentaire en Afrique de l'Ouest.



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Les accords de paix entre FARC-EP et le gouvernement colombien devraient mettre fin au conflit armé « interne » le plus ancien du monde qui a causé des centaines de milliers de victimes et des millions de personnes déplacées. Le paramilitarisme et le trafic de drogue se sont développés à grande échelle en connivence avec les gouvernements successifs et la répression militaire était féroce. Les origines du conflit étaient les justes et ancestrales revendications des populations rurales et communautés indigènes pour l’accès aux terres agricoles, la justice sociale et la participation démocratique à la gestion du pays et ses ressources.

La Via Campesina est mandatée par les signataires des accords de paix pour l’accompagnement du processus de paix signé le 24 novembre 2016 à Bogotá sur le point 1, relatif à la réforme rurale intégrale, qui est en relation directe avec le point 4 concernant le remplacement des cultures d’usage illicite. Ce mandat s’exerce conjointement avec le PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement), la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) et l’UE (Union Européenne).

Si la Via Campesina s’implique dans la mise en œuvre des accords de paix c’est bien parce nous sommes une organisation de base paysanne et que plusieurs organisations paysannes et syndicales colombiennes sont partie prenante du processus.

La Via Campesina a organisé une première délégation internationale en septembre 2016 pour soutenir les accords de paix. Fin novembre 2017, une seconde délégation de vingt-six personnes, composée de délégué-e-s de 19 pays s’est rendue sur place pour se rendre compte des avancées du processus de paix et pour recueillir les témoignages des populations rurales, paysannes et communautés concernées. Les délégué-e-s ont sillonné cet immense pays et se sont rendus, outre dans la capitale Bogotá, siège du gouvernement et du parlement, dans cinq régions du pays (Arauca, Meta, Cauca, Caquetá et Nariño) qui ont été gravement touchées par le conflit armé.

La délégation a pu constater que les accords de paix négociés pendant plus de 4 années à La Havane sont accueillis avec espoir et soulagement ! La fin de la guerre est ressentie comme étant un tremplin essentiel vers une société plus juste qui devrait mettre fin aux inégalités sociales criantes et la pauvreté, et comme l’avènement d’une participation démocratique et la fin de la violence institutionnelle.

Malgré tout, le désenchantement et le découragement sont perceptibles car, un an après la signature des accords de paix, les engagements pris ne se concrétisent pas sur le terrain :

En bref, ce sont principalement les populations et communautés rurales qui ne voient pas d’améliorations : la réforme agraire n’avance pas, les terres promises ne sont pas mises à disposition ni légalisées, la pression sur les terres par l’agriculture industrielle et les exploitations minières s’accentue. La répression contre les producteurs de cultures illicites (coca, chanvre) reste violente sans que le remplacement de ces cultures se fasse d’une manière concertée. Les voies d’accès pour la commercialisation de la production agricole sont insuffisantes et l’absence d’infrastructures de santé est flagrante. L’insécurité augmente car le vide créé par la démobilisation des FARC a fait place à la présence de bandes armées Plis de cent vingt leaders communautaires et paysans, syndicalistes et ex-combattants ont été assassinés depuis un an sans que les responsables aient été traduits en justice.

La délégation a en outre constaté les lenteurs administratives, le retard des programmes de développement et la réticence de la majorité de droite parlementaire à voter les lois qui découlent des accords de paix. Les futures élections législatives et présidentielles de mars et mai 2018 ne laissent pas augurer le soutien déterminé nécessaire.

La Via Campesina pour sa part s’engage à diffuser ses observations auprès des organisations pour appuyer la mise en œuvre d’une économie agricole et paysanne dans le cadre des accords de paix, à soutenir le processus sur place par la formation de personnes à l’agroécologie, la création de banques de semences, à organiser des brigades internationales et à favoriser des jumelages avec des communautés paysannes, indigènes et espaces territoriaux de formation et réincorporation des FARC-EP.

Si le processus de paix réussit et si les droits humains sont rétablis, la Colombie pourra servir de modèle à tout le continent latino-américain et au reste du monde.


Genève, le 16 janvier 2018, pour les membres européens de la délégation, Philippe Sauvin


Dans le cadre des mobilisations pour la déclaration des droits paysans de l'ONU, ne manquez pas la soirée publique «Conserver et promouvoir le droit aux semences des paysan-ne-s; expériences pratiques au Sud et au Nord» jeudi 18 mai
Uniterre et l'association sénégalaise des producteurs de semences paysannes (ASPSP) ont initié début 2016 un partenariat sur la valorisation des semences paysannes1. Le projet est né des rencontres de la plateforme souveraineté alimentaire de la fédération genevoise de coopération, à laquelle Uniterre a contribué depuis ses débuts.
par Alice Froidevaux - Journal d'Uniterre fév2017
A Alunisu, la souveraineté alimentaire est une valeur vivante. Les petites exploitations agricoles roumaines y trouvent une école enseignant la production agroécologique et l'autosubsistance. Mais ce petit village idyllique dans les contreforts des Monts Apuseni n'est pas pour autant épargné par l'influence des politiques économique et agraire néolibérales. Notre visite dans le cadre du 2e Forum Nyéléni du mouvement européen pour la souveraineté alimentaire a été surtout marquée par le grand écart entre espoir et réalité déprimante.
...lire la suite
Depuis plus de 10 ans, La Via Campesina s'engage pour obtenir une déclaration de l'ONU sur les droits des paysan-ne-s et autres personnes travaillant en milieu rural. Depuis 2013, cette déclaration est en négociation au Conseil des Droits de l'Homme.
Découvrez plusieurs interviews de paysannes et paysans.
Eurovia: Cluj-Napoca, le 31 octobre 2016 - La lutte contre l'agriculture industrielle et pour un avenir juste et durable pour les paysans et l'agriculture paysanne a fait un bond en avant cette semaine grâce au plus grand Forum sur la souveraineté alimentaire jamais vu en Europe. [1]
"La souveraineté alimentaire en Afrique: expériences de terrain et nouveaux enjeux de coopération"
Une brochure éditée par la Plateforme Souveraineté alimentaire, avec le soutien de la FGC
 
Depuis l'adhésion de la Pologne à l'UE et l'abolition des quotas, le nombre de fermes laitières dans ce pays a diminué ; il y a moins de vaches et plus de lait. Mais toutes les exploitations n'ont pas grandi.
Pendant une semaine, plus d'une vingtaine de délégués paysans étaient présents à Genève. L'objectif était de s'assurer que nos revendications principales concernant le revenu, l'accès aux marchés, à la terre, aux semences, à la biodiversité, à la souveraineté alimentaire soient conservées dans le texte révisé de la Déclaration. Ci-après, nous publions 3 interview basé sur les interventions de nos collègues indonésiens lors de la soirée publique organisée à Genève. Ils ont effectué un travail admirable au niveau de leur législation nationale.
C'est au début des années 2000 que le syndicat paysan indonésien (SPI) a accepté d'être le leader du processus des droits paysans au sein de La Via Campesina. Les 3 délégués présents à Genève expliquent ce que cela a représenté.